Au Burkina Faso, regain d'assauts sanglants du JNIM dans le nord et dans l'est

Le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM), branche sahélienne d'Al-Qaïda, a revendiqué ces derniers jours de lourdes pertes infligées à l'armée burkinabè et à ses supplétifs civils, dans un contexte de regain de ses attaques.

Fév 28, 2026 - 07:38
Fév 28, 2026 - 07:43
Au Burkina Faso, regain d'assauts sanglants du JNIM dans le nord et dans l'est
Un soldat en patrouille dans la région du Soum, dans le nord du Burkina Faso, le 9 novembre 2019 AFP/Archives MICHELE CATTANI

Le Burkina, pays dirigé par une junte militaire depuis septembre 2022, fait face depuis plus d'une décennie aux offensives meurtrières de groupes affiliés à Al-Qaïda et à l'Etat islamique sur de larges pans de son territoire.

En septembre 2025, "le rythme des attaques" du JNIM "avait diminué" dans le pays, ses combattants "ayant été déployés au Mali pour soutenir sa tentative de blocus" sur le carburant, indique un rapport de février du Conseil de sécurité de l'Onu.

"Les opérations du groupe au Mali ont constitué sa priorité depuis septembre dernier", dit Héni Nsaibia, analyste chez l'ONG ACLED, qui recense les victimes de conflits dans le monde.

Mais si leurs attaques n'ont jamais totalement cessé, les combattants du JNIM enchaînent depuis mi‑février des offensives d'envergure dans le nord et l'est du Burkina, faisant plusieurs dizaines de morts, y compris parmi les civils.

"Depuis le 14 février, le JNIM a revendiqué dix attaques dans différentes régions du Burkina", dit à l'AFP Hasret Kargın, chercheur Afrique au cabinet d'intelligence Mintel World.

"Plus de 130 personnes tuées"

Les plus meurtrières ont visé le 15 février la caserne militaire de Titao, importante ville du nord-ouest, où le groupe affirme avoir tué "des dizaines de soldats" et le même jour une cinquantaine d'agents des eaux et forêts à Tandjari, dans l'est.

Une dizaine de civils ont également été tués à Titao, dont sept commerçant ghanéens.

Cartes du Sahel en 2019, 2021, 2023 et 2025 localisant les affrontements impliquant des groupes jihadistes (Al-Qaida, l'Etat islamique ou leurs affiliés) et indiquant leur nombre de victimes AFP Valentin RAKOVSKY, Valentina BRESCHI

"Cette dernière vague a démontré un haut degré de coordination, compte tenu du nombre d'attaques d'envergure survenues entre le 12 et le 22 février", explique Héni Nsaibia.

"Plus de 130 personnes", dont des soldats burkinabè et leurs supplétifs civils ainsi que des combattants du JNIM, "ont été tuées dans cette série d'affrontements", détaille-t-il.

"Il n'y a eu aucune déclaration officielle du JNIM concernant la récente escalade des attaques qui avaient diminué pendant quelques mois", relève Hasret Kargın.

"Toutefois, il est bien connu que les groupes jihadistes intensifient souvent leurs attaques juste avant et durant le mois de Ramadan", poursuit le chercheur, ajoutant que "les conditions météorologiques actuelles (la saison sèche), qui facilitent les déplacements rapides sur le terrain (...) jouent aussi un rôle important dans cette montée en puissance."

Nord et Est, "zones de contrebande"

Les récentes attaques se concentrent dans le nord et l'est du pays, des régions importantes sur les plans opérationnels et financiers pour la branche sahélienne d’Al-Qaïda.

Des soldats en patrouille dans la région du Soum, le long de la frontière avec le Mali, le 9 novembre 2019 dans le nord du Burkina Faso

Des soldats en patrouille dans la région du Soum, le long de la frontière avec le Mali, le 9 novembre 2019 dans le nord du Burkina Faso AFP/Archives MICHELE CATTANI

"Ce sont des zones qui regroupent de nombreux sites d'or et d'importants axes qui alimentent la contrebande du groupe", dit à l'AFP un analyste sécuritaire burkinabè sous couvert d'anonymat.

"Le nord sert de pont vers le commandement central principal au Mali" et "l'est - qui abrite le complexe forestier WAP (W-Arly-Pendjari) aux frontières du Niger, du Bénin et du Burkina - permet au groupe d'étendre ses opérations vers les pays voisins", explique Hasret Kargın.

"Ces vastes étendues forestières protègent non seulement le groupe contre les frappes aériennes, mais génèrent également d'importants revenus grâce au commerce illégal du bois et au contrôle de sites d'orpaillage artisanal", ajoute-t-il.

L'attaque de Tandjari, située près de la capitale régionale de Fada N'Gourma, illustre la grande liberté d'action du JNIM qui "a gagné beaucoup de terrain ces dernières années dans l'Est", dit Héni Nsaibia.

"Ce que l'on doit interroger, ce n'est pas la multiplication des attaques car elles ont toujours lieu, mais la capacité des groupes terroristes à faire autant de morts quand on sait que l'armée affirme être mieux équipée, mieux organisée avec une meilleure capacité de réaction et d'appui feu", commente un politologue burkinabè.

L'armée burkinabè - qui ne communique que très rarement sur les attaques - a affirmé mi-février contrôler 74% du territoire, équivalent à "600 villages reconquis".

Selon le rapport onusien de février, le JNIM a récemment nommé un "haut dirigeant" dans l’est du pays. Sekou Muslimu, de nationalité burkinabè, a été "chargé d'étendre la présence du groupe au Bénin, en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Niger et au Togo."

[Source: TV5Monde]