Anne Hidalgo, un quart de siècle à l’Hôtel de ville de Paris et une ténacité à toute épreuve

Entrée au Conseil de Paris en 2001, elle a immédiatement été nommée première adjointe de Bertrand Delanoë, avant de devenir maire elle-même en 2014. Lors de ses deux mandats, la socialiste s’est distinguée par sa détermination, malgré les oppositions politiques fortes et les obstacles juridiques.

Mar 4, 2026 - 10:52
Anne Hidalgo, un quart de siècle à l’Hôtel de ville de Paris et une ténacité à toute épreuve
Anne Hidalgo, maire de Paris, dans son bureau de l’Hôtel de ville, le 25 novembre 2024. ADRIENNE SURPRENANT/MYOP POUR « LE MONDE »

Pour ses défenseurs, Anne Hidalgo serait la maire la plus courageuse que Paris ait jamais connue, dotée de convictions fortes et d’un volontarisme à toute épreuve pour chasser les voitures et réduire la pollution, afin de faire de la capitale une ville plus verte et respirable. Pour ses détracteurs, l’édile socialiste, qui quittera l’Hôtel de ville en mars, après deux mandats, serait une imposteuse, cachant son incompétence derrière des méthodes autoritaires pour prolonger des politiques lancées avant elle et dont les résultats laissent à désirer.

La réalité, comme souvent, se trouve quelque part entre les deux. Quand elle passera le relais à son ou sa successeur(e), Anne Hidalgo ne tournera pas seulement la page de deux mandats de maire. C’est un quart de siècle de vie politique qu’elle mettra dans ses cartons : entrée au Conseil de Paris dans le sillage de l’élection de Bertrand Delanoë, en 2001, elle a été nommée tout de suite première adjointe, et a tenu à ce poste jusqu’en 2014, avant de devenir maire elle-même. Son bilan est imbriqué avec celui de son prédécesseur, de la même manière que le candidat socialiste de l’union de la gauche (hors La France insoumise), Emmanuel Grégoire, ne peut se détacher de celui d’Anne Hidalgo, dont il a été le premier adjoint de 2018 à 2024.

Les pistes cyclables, la réduction de la place de la voiture, la piétonnisation des voies sur berge, le développement du logement social ou encore la tour Triangle, en cours de construction dans le 15ᵉ arrondissement, sont autant de projets qu’elle a fait aboutir mais dont la gestation remonte aux mandats de Bertrand Delanoë. Plutôt que par idéologie ou en fonction d’une vision originale de ce que doit être Paris, Anne Hidalgo s’est surtout distinguée par sa ténacité et sa capacité à tenir bon, envers et contre tous, malgré les oppositions politiques fortes et les obstacles juridiques.

Parfois pour le meilleur (comme la fermeture des voies sur berge aux voitures, sur laquelle aucun candidat raisonnable ne veut revenir), mais aussi pour le pire (comme la tour Triangle, que plus personne n’approuve vraiment aujourd’hui), y compris quand cela ne concernait pas les politiques municipales (à l’image de son entêtement à aller au bout de la présidentielle de 2022, pour finalement faire le score le plus bas de l’histoire du Parti socialiste).

Postures politiques

Paris n’est pas une île et, même si la maire a eu tendance à le considérer comme telle, ne collaborant quasiment pas avec ses voisins régionaux, les décisions prises pour la capitale sont imbriquées avec celles d’autres acteurs. D’où la difficulté, par exemple, à discerner ce qui résulte vraiment des politiques municipales dans la baisse de la pollution de l’air et du trafic automobile, ce qui est la conséquence des politiques régionales sur l’offre de transport en commun et ce qui dépend de l’évolution de nos modes de vie, comme le développement du télétravail.

Idem pour le logement, de plus en plus inaccessible dans la capitale : Anne Hidalgo a préempté et fait construire autant que possible pour amener Paris au seuil de 25 % de logement social, requis par la loi. Au prix d’un endettement massif et du renforcement du clivage Est-Ouest, avec des arrondissements de gauche où ce taux est de 45 % environ (dans les 13e, 19e et 20e) et des arrondissements de droite où il ne dépasse pas 4 % (6e, 7e et 8e). Mais la crise du logement parisien dépend aussi de contingences qui dépassent les compétences municipales : il a fallu, par exemple, attendre que le Parlement vote une loi de régulation des meublés touristiques pour que la capitale puisse abaisser de 120 à 90 jours par an le nombre de nuits autorisé à la location saisonnière.

Plus largement, le nombre important de logements disponibles mais inoccupés car trop mal isolés ou trop grands et trop chers dépend aussi du marché privé et du pouvoir d’achat des Parisiens, et ne peut être attribué à la seule responsabilité de l’exécutif municipal. Faire porter à Anne Hidalgo et à son équipe le chapeau de la baisse démographique historique de Paris qui résulte de cette crise du logement ne serait pas tout à fait honnête.

C’est peut-être ce qui manque le plus dans les postures politiques, au moment de dresser le bilan de l’ère Hidalgo : un peu d’honnêteté intellectuelle. Celle-ci s’est dissoute dans les débats souvent stériles des dernières années au Conseil de Paris, avec une cheffe de l’opposition, Rachida Dati (Les Républicains), qui torpillait la politique de la maire de formules assassines à l’emporte-pièce et une maire qui, du haut de son perchoir, coupait la parole à ses opposants sans masquer son exaspération et sans reconnaître le moindre tort.

D’autant que sa fin de mandat a été parasitée par des dossiers polémiques, entre son voyage contesté à Tahiti, fin 2023, qui fait l’objet d’une enquête au Parquet national financier, l’utilisation discutable de ses frais de représentation, sa campagne infructueuse pour le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés et ses fâcheries successives avec ses proches collaborateurs, dont Emmanuel Grégoire, dauphin autrefois adoré et désormais honni. Mais à qui elle préférerait mille fois remettre les clés de Paris, plutôt qu’à Rachida Dati.

[Source: Le Monde]