Bulgarie : la large victoire de l’ancien président Radev aux élections législatives, gage de stabilité pour le pays
Crédité d’environ 130 sièges sur 240 au Parlement, Roumen Radev obtient une majorité absolue dans un pays marqué par une grande fragmentation politique au cours des dernières années.
La Bulgarie n’avait pas connu une telle victoire électorale depuis 1997. Selon les décomptes des instituts de sondages basés sur plus de 80 % des suffrages dépouillés, l’ancien président Roumen Radev est arrivé largement en tête des élections législatives organisées dimanche 19 avril dans ce pays de 6,5 millions d’habitants avec quelque 44,2 % des voix.
Crédité d’environ 130 sièges sur 240 au Parlement, M. Radev obtient une majorité absolue qui va lui permettre de former le premier gouvernement stable en cinq ans, dans une Bulgarie qui a connu huit scrutins législatifs depuis 2021 en raison d’un paysage politique jusqu’ici très fragmenté. La participation a atteint un peu moins de 50 %, un score élevé pour la Bulgarie.
« Nous avons remporté une victoire sans appel, les citoyens ont rejeté l’arrogance et l’autosatisfaction des anciens partis », a assuré M. Radev, en s’exprimant brièvement devant la presse à Sofia dimanche soir. Cet ancien pilote d’avion de chasse âgé de 62 ans devrait devenir premier ministre courant mai après avoir accompli deux mandats de président entre 2017 et début 2026. Ancien membre du Parti communiste, il a souvent pris des positions ambiguës sur la Russie, considérant que la Crimée « est russe » ou critiqué les sanctions européennes prises en représailles de la guerre en Ukraine.
Bien qu’issu de la gauche, il a aussi affiché plusieurs fois sa proximité avec le premier ministre hongrois nationaliste sortant, Viktor Orban, battu dans les urnes le 12 avril. Pour autant, M. Radev s’est toujours défendu d’être proche du Kremlin et a toujours affirmé être favorable à l’appartenance de son pays à l’Union européenne (UE). Il a surtout axé sa campagne sur la « lutte contre l’oligarchie », dans un pays qui a été secoué, en décembre 2025, par de larges manifestations anticorruption qui ont fait tomber le gouvernement conservateur sortant.
Une justice minée par la corruption
C’est après ces manifestations que M. Radev a annoncé en janvier sa démission de la présidence pour se lancer dans la campagne des législatives à la tête d’un nouveau parti, nommé « Bulgarie progressiste » ; dans ce pays, le premier ministre est doté de pouvoirs nettement plus importants que le président. Pendant la campagne, il a affirmé que sa priorité serait d’établir un conseil de la magistrature fonctionnel, alors que la justice bulgare est notoirement minée par la corruption et paralysée par les divisions politiques.
Dimanche soir, M. Radev s’est engagé à ce que « la Bulgarie fournisse des efforts pour continuer son chemin européen », tout en plaidant pour plus de « pensée critique » et de « pragmatisme » sur la Russie en Europe, dans cette rhétorique floue dont il est coutumier. Rappelant qu’il était favorable à la reprise du dialogue avec Moscou sur les « questions énergétiques », il a assuré se placer, sur ce point, dans la lignée « du président Emmanuel Macron », qui a « déclaré que le dialogue devait être rétabli ».
« Les citoyens ne souhaitent pas un rapprochement avec la Russie, mais la poursuite d’une politique s’inscrivant dans le cadre de nos alliances stratégiques, ce qui permettra à la Bulgarie de participer activement à l’OTAN et à l’UE », avait affirmé auparavant Slavi Vassilev, un de ses proches. Ces messages postélectoraux visaient visiblement à rassurer ceux qui s’inquiéteraient d’un basculement sur une ligne prorusse de ce pays voisin de la mer Noire et qui fournit des munitions cruciales à l’armée ukrainienne.
En tant que président, M. Radev a certes souvent envoyé des messages au fort courant prorusse qui traverse la Bulgarie depuis la fin du XIXe siècle, mais sans vraiment rien faire pour bloquer le cours pro-européen de ce pays membre de l’UE depuis 2007. Seule exception, en 2025, lorsqu’il avait appelé à la dernière minute à l’organisation d’un référendum sur l’adoption de l’euro. Cette option avait été écartée par le gouvernement conservateur alors au pouvoir, et la Bulgarie est entrée sans obstacle dans l’union monétaire, début 2026.
Gouvernements éphémères
Après cinq ans de gouvernements éphémères et fragiles, les Bulgares espèrent surtout que M. Radev introduira un peu de stabilité dans la vie politique locale. Avec son profil d’ancien chef de l’Etat, il représente aujourd’hui un cadre rassurant, notamment dans les campagnes où la principale préoccupation est l’inflation déclenchée par guerre en Ukraine et l’adoption de l’euro.
Ses ambiguïtés de campagne sur la Russie lui ont permis d’aspirer l’électorat du parti nationaliste prorusse Renaissance, dont les résultats ont plongé à 4 % à peine. Sa coalition Bulgarie progressiste a aussi pris des voix au parti conservateur GERB de l’ancien premier ministre Boïko Borissov, qui arrive deuxième avec seulement 13,4 % des suffrages, le pire score jamais obtenu pour ce parti qui a longtemps dominé la vie politique locale.
M. Borissov est talonné par les centristes pro-européens de Nous continuons le changement, arrivés troisième avec environ 12,6 % des voix, qui ne cessent de perdre des électeurs depuis leur participation au gouvernement entre 2021 et 2022. Bien qu’ils défendent des positions très critiques envers la Russie, ils pourraient s’entendre avec M. Radev pour lui permettre d’atteindre une majorité constitutionnelle de 160 sièges, nécessaire pour réformer le système judiciaire.
Le parti de l’oligarque Delyan Peevski, qui est sanctionné depuis 2021 par les Etats-Unis pour son rôle dans la corruption, est aussi en recul, en quatrième position, avec environ 7,8 % des voix. Signe qu’un éventuel basculement de la Bulgarie sur une position prorusse similaire à celle de Viktor Orban en Hongrie n’était pas vraiment d’actualité à Sofia, où la principale préoccupation des commentateurs, dimanche soir, était de savoir si M. Radev aurait une majorité suffisante pour modifier la Constitution afin de réformer le système judiciaire.
[Source: Le Monde]