En Bulgarie, le nouveau premier ministre présente sa feuille de route en ménageant pro-européens et prorusses

Elu le 19 avril, Roumen Radev a obtenu le soutien du Parlement vendredi 8 mai avec une large majorité. S’il réitère sa volonté de faire du pays une nation « moderne en tant que nation européenne », il reste très mesuré quant à l’aide apportée à l’Ukraine.

Mai 11, 2026 - 18:00
En Bulgarie, le nouveau premier ministre présente sa feuille de route en ménageant pro-européens et prorusses
Roumen Radev (au centre), nouveau premier ministre, au parlement, à Sofia, le 8 mai 2026. SPASIYANA SERGIEVA/REUTERS

Le vendredi 8 mai, le nouveau premier ministre bulgare, Roumen Radev, a obtenu le soutien à son gouvernement avec une large large majorité, réaffirmant ainsi sa capacité légendaire à envoyer des signaux à la fois pro-européens et prorusses. Bien qu’il doive sa victoire du 19 avril notamment aux voix du courant prorusse qui traverse ce pays balkanique de 6,5 millions d’habitants, M. Radev s’applique depuis à ne pas inquiéter ses partenaires européens.

Dans un mouvement de balancier dont il était déjà coutumier lors de ses deux mandats de président, entre 2017 et 2026, M. Radev s’est engagé à la fois à « empêcher que la Bulgarie ne soit entraînée dans les conflits militaires qui nous entourent », tout en promettant « avoir un seul objectif, à savoir le développement moderne de la Bulgarie en tant que nation européenne contemporaine ». Le premier message était destiné à satisfaire l’électorat prorusse, tandis que le second visait plutôt les pro-européens, qui restent très majoritaires dans un pays qui a énormément profité de l’Union européenne depuis son adhésion en 2007.

Après avoir obtenu près de 45 % des voix et 131 sièges sur 220 au Parlement, cet ancien pilote de l’armée de l’air adepte d’une expression publique minimale est le premier chef de gouvernement depuis trente ans à avoir décroché une majorité absolue en Bulgarie, avec sa formation Bulgarie progressiste, qui se revendique de centre gauche. Son élection met un terme à cinq ans d’instabilité politique marqués par huit élections législatives successives. Vendredi, le nouveau premier ministre a ainsi promis de « rétablir un fonctionnement efficace et effectif » de l’Assemblée nationale.

« Démanteler le système oligarchique »

Bien loin de promettre des changements radicaux en matière de politique étrangère, il a assuré que ses priorités seraient de « lutter contre l’inflation », d’« adopter un budget » et d’« élire un nouveau Conseil de la magistrature », afin de renforcer un système judiciaire jusqu’ici incapable de lutter contre la corruption endémique. M. Radev a fait toute sa campagne en promettant de « démanteler le système oligarchique ». Même si elles ont voté vendredi contre son gouvernement, les forces centristes pro-européennes d’opposition ont d’ailleurs promis de « soutenir toutes les mesures appropriées pour lutter contre la corruption ».

M. Radev a présenté une équipe gouvernementale surtout constituée de proches peu connus du grand public, confirmant qu’il compte concentrer toutes les décisions, alors que le poste de premier ministre dispose de nettement plus de pouvoirs que celui de président en Bulgarie. Cherchant une nouvelle fois à envoyer des signaux dans les deux sens, il a, par exemple, nommé à la fois comme vice-premier ministre chargé des fonds européens l’économiste Atanas Pekanov, connu pour ses convictions pro-européennes, et l’ancien eurodéputé socialiste Ivo Hristov, qui est notoirement plus prorusse mais sera dénué de véritable portefeuille.

« La Bulgarie n’est tenue ni moralement ni politiquement de participer à la prolongation de ce bain de sang [en Ukraine] », avait ainsi affirmé M. Hristov le 24 avril, en justifiant le scepticisme de M. Radev quant au soutien à l’Ukraine. La nouvelle ministre des affaires étrangères, Velislava Petrova, est une spécialiste des maladies infectieuses peu connue qui s’est reconvertie dans la diplomatie, avec le soutien du parti populiste et nationaliste du chanteur Slavi. « Sur les questions liées à la Russie, c’est Radev qui aura le dernier mot, et non elle », estime Vessela Tcherneva, spécialiste de la Bulgarie au cercle de réflexion ECFR.

« Je pense qu’il adoptera une position conciliante vis-à-vis de l’Ukraine, prudente en matière d’approvisionnements énergétiques [venant de Russie], et qu’il pourrait remettre en cause le consensus européen sur des sujets spécifiques tels que l’élargissement », estime-t-elle. M. Radev laisse notamment planer le doute sur le retrait de la Bulgarie du prêt européen de 90 milliards d’euros à l’Ukraine, mais sans pour autant aller jusqu’à menacer de le bloquer, comme pouvait le faire le premier ministre hongrois sortant, Viktor Orban. Avec M. Radev à sa tête, la Bulgarie risque ainsi davantage de rejoindre le camp des pays rétifs à s’engager derrière l’Ukraine, comme la République tchèque d’Andrej Babis, mais sans aller jusqu’à basculer dans le camp prorusse.

[Source : Le Monde]