L’ascension de Panayotis Pascot, l’humoriste qui joue de ses fragilités

Des spectacles à guichets fermés, un récit d’autofiction best-seller, des rôles dans des séries et des films… A 27 ans, Panayotis Pascot collectionne succès et projets, faisant de sa mélancolie et de ses tourments la matière de son humour. Le stand-upeur sera à l’opéra Garnier, à Paris, le 5 juin, avec son deuxième seul-en-scène, « Entre les deux ».

Mai 23, 2026 - 06:56
L’ascension de Panayotis Pascot, l’humoriste qui joue de ses fragilités
ROBBIE LAWRENCE POUR M LE MAGAZINE DU MONDE

Il est bientôt minuit à Lyon et le Grand Café des négociants ne va pas tarder à fermer. Panayotis Pascot, qui a donné, ce soir du 17 mars, deux représentations de son dernier spectacle à l’ancienne Bourse du travail, est fatigué. Le dîner n’a pas duré, et il enfile son blouson sur son sweat à capuche quand l’un des serveurs lui lance, après l’avoir salué : « Vous étiez marrant à la télé ! » La télé ? Voilà presque dix ans maintenant qu’il a démissionné de la chaîne TMC, sur laquelle il a assuré pendant une année une chronique hebdomadaire loufoque et décalée dans « Quotidien ».

L’humoriste ne le montre pas, mais son équipe le sait : ce renvoi à celui qu’il était autrefois ne lui fait guère plaisir. Car en dix ans, « Pana », comme l’appellent tous ses proches, a vécu mille vies, laissant la première loin derrière lui : il est désormais auteur, stand-upeur, acteur, réalisateur, producteur, DJ à ses heures – un véritable « petit pays » à lui tout seul, plaisantent ses amis. Et pour effacer de nos rétines de téléspectateurs le visage de l’adolescent propret, gentiment coiffé avec sa raie de côté, il porte désormais la moustache et les cheveux plus longs.

Son deuxième spectacle, comme le premier, se joue à guichets fermés, à Paris et en province. Son livre, La prochaine fois que tu mordras la poussière (Stock, 2023), est devenu un best-seller, vendu à plus de 330 000 exemplaires, tous formats confondus (chiffre GFK). La pièce du même nom, montée par son frère Paul Pascot en 2024, a connu le même succès ; elle sera reprise au Festival d’Avignon cet été.

Et le 5 juin, à seulement 27 ans, Panayotis Pascot va présenter Entre les deux, sa dernière création, sur la scène du prestigieux Opéra Garnier, où seul Gad Elmaleh, déjà quadragénaire à l’époque, l’a précédé. Le voilà donc dans la cour des grands, lui qui n’a pas su être un enfant, qui a toujours cherché à s’imposer parmi ses aînés, sans connaître la légèreté de l’insouciance. En dix ans, il a réussi à faire un art de ses tourments.

Un culot impressionnant

Et pourtant. C’est vrai qu’il était « marrant » à 17 ans, avec son culot impressionnant, son sens de l’autodérision et son absence totale d’inhibition, chroniqueur déjanté dans les émissions de Yann Barthès, « Le Petit Journal » sur Canal+, puis « Quotidien » sur TMC. Parmi ses faits d’armes : le mot signé Karl Lagerfeld qu’il obtient pour justifier une absence au lycée, ou le chemin des toilettes de l’Assemblée nationale qu’il demande à son président, Claude Bartolone, pendant les Journées du patrimoine.

Marrant : un trait de caractère d’autant plus surprenant qu’il ne remonte pas à l’enfance. Né en août 1998, dernier d’une fratrie de six enfants, Panayotis Pascot est l’inverse d’un joyeux drille. C’est un petit garçon que la mort terrifie, au point de se lever la nuit pour écouter ronfler ses parents et vérifier qu’ils sont toujours vivants.

La famille vit à Bondoufle, dans l’Essonne. La mère est institutrice. Le père, Philippe Pascot, essayiste politique, adjoint de Manuel Valls à la mairie d’Evry, est un élu fort en gueule qui multiplie les coups d’éclat locaux. Au sein du conseil municipal, au moment de l’appel, il est celui qui crie « vivant ! » quand ses collègues répondent « présent ». Sa conception de la virilité, qui consiste à se jeter en caleçon dans les orties pour montrer à ses fils qu’un homme doit souffrir en silence, et son incapacité à exprimer ses émotions deviendront un jour la matière artistique de son benjamin.

Mais à l’époque, du haut de ses 8 ans, Pana cherche tous les moyens d’être considéré par les grands. A l’heure où les gamins s’échangent des cartes Pokémon, lui préfère compiler dans un classeur les personnalités politiques de droite et de gauche, soucieux d’être capable de les identifier pour faire valoir un point de vue étayé dans les débats, à l’heure des repas. Il veut être vu. Il veut être entendu. Il veut être reconnu. Le monde de l’enfance ne l’intéresse pas, c’est à la table des adultes qu’il se démène pour obtenir une place.

Adolescent obstiné

Il a 10 ans quand il découvre l’alternative aux positions tranchées pour s’imposer parmi ses aînés : les amuser. « Je me souviens de la première fois où j’ai fait rire, raconte-t-il, à la fin du mois de mars, dans un café du 5e arrondissement parisien. Dans un spectacle de fin d’année, en CM2, je faisais semblant de conduire une voiture. A un moment, sans que ce soit prévu, j’ai sorti un tube de ma poche et j’ai dit : “Attention à la colle au volant (l’alcool au volant) !” Encore aujourd’hui, quand je rencontre quelqu’un, je note toujours le premier moment où je le fais rire. »

Pana, enfant d’enfants de la télé, découvre les humoristes à la mode sur le petit écran et sur les réseaux sociaux balbutiants. Mais lui ne se contente pas de les regarder : comme le journaliste qu’il veut alors devenir, il les observe, il les étudie, il se met en tête de les rencontrer pour comprendre leur métier. L’adolescent, obstiné, multiplie les messages privés sur Twitter, qui ne s’appelle pas encore X, et harcèle les attachés de presse pour obtenir des invitations aux spectacles.

Dès 2012, pendant que les collégiens de son âge traînent sur le parvis de l’agora d’Évry, Panayotis Pascot, 13 ans, prend le RER pour aller à Paris interviewer des célébrités, accompagné de son frère aîné, Paul, derrière la caméra. Il poste les vidéos, qu’il a appris à monter, sur sa chaîne YouTube Cogitum Cogitum : Bapt (Baptiste Lorber), du duo comique 10 minutes à perdre, Vincent Mc Doom, Gad Elmaleh, Kyan Khojandi, le créateur de Bref, que le reporter en herbe présente très solennellement d’un : « Je vous qualifierais de HIO, humoriste-imitateur-observateur », ou encore Orelsan, saisi dans sa loge du Bataclan à quelques minutes d’un concert…

A partir de 2014, Panayotis se tourne vers les humoristes qui ont commencé à percer sur Vine, une plateforme qui diffuse sur Internet de très courtes vidéos humoristiques. La tactique est rodée, il multiplie les messages vers les « viners » les plus populaires, Freddy Gladieux ou Anis Rhali, pour leur proposer de collaborer avec eux. Il veut tout assimiler : du ressort des plaisanteries à la meilleure façon de faire des vues. Il a huit, parfois dix ans de moins que ses interlocuteurs, mais son aplomb, ses centres d’intérêt décalés et son insatiable curiosité séduisent ceux qu’il approche.

« Il était l’un des plus motivés, l’un des plus pros, alors qu’il était l’un des plus jeunes », résume son ami l’acteur-réalisateur Anis Rhali. « Au début, je me suis un peu méfié de ce gamin qui listait tous les gens qu’il avait déjà rencontrés, mais très vite, j’ai vu un vrai artiste, quelqu’un dont l’art était l’outil d’expression. » La précocité n’est pas un frein, Pana en est convaincu. Il est fasciné par Xavier Dolan, prodige canadien de 25 ans qui remporte le Prix du jury à Cannes, en mai 2014, avec le film Mommy.

Repéré à 16 ans par Canal+

Lui n’a donc pas 17 ans quand il est repéré par Canal+, qui traque encore à l’époque l’insolence des jeunes talents du Web. A la rentrée 2015, voilà Panayotis Pascot, élève de terminale S, intronisé « trublion » du « Petit Journal » de Yann Barthès. Grâce à Alex Lutz, l’un des nombreux humoristes qu’il a approchés, le jeune chroniqueur est représenté par Jean-Marc Dumontet. Ce producteur influent de la scène parisienne l’a repéré quelques années plus tôt, au Festival d’Avignon où, à peine sorti de l’enfance, il faisait le siège des loges d’artistes et distribuait des cartes de visite qu’il avait fait imprimer à son nom.

Jean-Marc Dumontet l’avait retrouvé, « avec sa tête de premier de la classe et les agacements que ça peut susciter », en octobre 2012, au lancement du spectacle d’Alex Lutz au Grand Point Virgule. « Il était tard, il était gosse, il n’avait rien à faire dans cette soirée, mais il était là. Ce qui différenciait Pana des autres, souligne le producteur aujourd’hui, c’est qu’il était à l’affût. Son envie de progresser sortait des sentiers battus. »

Amélie Brault, qui travaille aujourd’hui dans la société de production de Panayotis et était alors directrice de production dans la société de Jean-Marc Dumontet, se rappelle les nombreux coups de téléphone passés en 2016 pour prévenir le lycée des absences répétées du futur bachelier… Il décroche son diplôme en même temps qu’il éprouve l’ivresse étourdissante de la notoriété télévisée. On le découvre au cinéma, à 18 ans, dans Adopte un veuf (2016), une comédie de François Desagnat. On le retrouve sur TMC, où il suit Yann Barthès à la rentrée 2016 pour officier dans son émission « Quotidien ».

Reconnaissance, audience, popularité, le chemin de Panayotis Pascot semble tout tracé. Il crée sa société de production,Pillow Lava, du nom de ces « coussins » qui se forment lorsque la lave s’épanche sous l’eau. Il travaille comme un forcené, fait sonner différentes alertes sur son téléphone pour ne rien oublier, apprend la marche rapide pour plus d’efficacité. Au bout d’une année pourtant, il décide de tout arrêter. Il n’a pas encore 20 ans, mais il est comme un adulte épuisé, terrassé par le questionnement existentiel sur le sens de la vie et sur sa propre identité.

« Je veux monter sur scène », dit-il en 2018 à son frère Paul, comédien et metteur en scène. Mais pas pour faire rire. Il veut, expliquera-t-il dans Télérama en 2021, « crier un truc et voir si ça fait écho quelque part ou chez quelqu’un. Ecouter des histoires et en raconter, c’est la seule manière que j’aie trouvée pour me sentir connecté aux autres. » Il écrit donc son premier spectacle, Presque, qu’il teste pendant six mois au Paname Comedy Club. « Je l’ai vu affronter des salles où personne ne riait, se remémore Paul Pascot. Je l’ai vu tenter, tomber, se relever, recommencer, retomber, reprendre, se battre avec une incroyable maturité pour réussir à déployer son propre artisanat artistique. »

C’est Fary qui officie à la mise en scène. Les deux humoristes se sont croisés quelques années plus tôt, figurants sur le tournage d’une publicité pour la console de jeux Nintendo Switch. Comme tous ceux qui ont aperçu Pana à cette époque-là, Fary a conservé le souvenir d’un gamin « effrayant », jouant à l’adulte qu’il n’était pas. Le jeune homme qu’il retrouve en 2019 cherche à exprimer autrement ce qu’il ressent. « Je l’ai aidé à comprendre comment se comporter sur scène, comment entretenir une conversation avec la salle, dit Fary. La force de Pana, c’est d’exprimer des choses profondes, qui sont dures à dire, avec énormément d’humour. »

Fragilité de l’âme

Dans Presque, il dit, à 21 ans, la difficulté des relations humaines, tentant d’apporter des réponses personnelles à des questions universelles : accepter ses parents tels qu’ils sont, accepter ses sentiments quels qu’ils soient, faire entendre sa voix et trouver sa voie. Artiste singulier, Panayotis Pascot connaît sur scène un succès aussi fulgurant qu’à la télévision, sans y trouver l’apaisement. Il est rattrapé par sa dépression mélancolique. En janvier 2023, à la veille d’une représentation à l’Opéra Garnier pour laquelle les places s’étaient arrachées en quelques heures, son corps le lâche.

Cette fragilité de l’âme qui l’a poussé, jeune homme, à enjamber un balcon avant de renoncer, il va s’y confronter. En août 2023, il publie aux éditions Stock un récit d’autofiction, La prochaine fois que tu mordras la poussière, où il se fait l’archéologue de sa (courte) vie, en fouillant les strates, en grattant les stigmates invisibles dans une langue au scalpel pour tenter d’en apaiser les douleurs. Il revient sur les difficultés à communiquer avec son père, à assumer son homosexualité, à dénouer les nœuds du silence pour éloigner sa part d’ombre.

Comment devenir un adulte quand on n’a pas su être un enfant ? Comment s’accorder avec soi-même quand on pourrait faire siens les vers de Baudelaire dans L’Héautontimorouménos : « Je suis la plaie et le couteau !/ Je suis le soufflet et la joue !/ Je suis les membres et la roue,/ Et la victime et le bourreau !/ Je suis de mon cœur le vampire,/ Un de ces grands abandonnés/Au rire éternel condamnés,/ Et qui ne peuvent plus sourire ! »

Panayotis Pascot a commencé à écrire en 2019. C’est lui qui a contacté Paloma Grossi, à l’époque éditrice chez Stock : « Un jour, j’ai reçu un texto de quelqu’un qui disait être humoriste, se souvient-elle. Il avait écrit quelque chose qui, peut-être, disait-il, pourrait devenir un livre. Je n’ai pas la télé, je ne savais pas qui c’était… Le texte était très fort, avec un ton et une lucidité presque cliniques, une manière unique d’aller du plus précis d’une émotion vers l’universel. Le jour où ma grand-mère m’a dit qu’elle avait acheté le livre, qu’elle l’avait lu et qu’elle avait aimé, j’ai compris qu’il se passait quelque chose. »

Avant sa parution, Panayotis Pascot a donné une version de son manuscrit aux membres de sa famille. Chacun l’a laissé libre de ses mots, seul son père lui a envoyé une longue liste des précisions personnelles qu’il aurait souhaité voir intégrées. Phénomène de la rentrée littéraire, best-seller quelques mois après sa publication, ce récit est une fenêtre ouverte sur son intimité, sa sexualité, sa tentative de suicide. Certains de ses amis ne l’ont pas lu, presque embarrassés par cette mise à nu – « Tu n’as même pas fini le titre ! », lance souvent Pana à Fary.

Son propre frère Paul s’y refusera longtemps. Il faudra que le benjamin insiste, en lui disant qu’il souhaite l’adapter au théâtre, pour qu’il se plonge dedans. Paul Pascot choisit alors de donner une voix à leur père, et de recentrer la pièce sur cette incommunicabilité. Il confie le rôle de Pana à Vassili Schneider, qui commence à l’interpréter sans connaître son modèle, en s’appuyant sur d’anciennes vidéos familiales. « Est-ce que je l’ai ému ? Je pense que oui, sourit l’acteur, récompensé du Molière de la révélation masculine en 2025 et qui, en avril 2026, en était à sa 86e représentation. Il ne l’a jamais exprimé clairement, il est trop pudique, mais j’ai cru le lire dans ses yeux. »

C’est encore Paul Pascot qui, pour arracher son frère à la mélancolie, l’a emmené au Liban, où il avait des projets artistiques. Comme en écho d’un séisme intérieur, ils ont senti la terre trembler en Turquie en février 2023… Revenu en France, Panayotis est sur tous les fronts. Avec la scénariste Béatrice Fournera, il coécrit notamment la minisérie Enterrement de vie de garçon, diffusée en 2024 sur Canal+. Elle met en scène un quatuor de trentenaires qui traînent des pieds au seuil de leur vie d’adulte et se trouvent brutalement projetés dans l’apprentissage du deuil. Il en est aussi l’un des acteurs et le coréalisateur.

Cela n’a pas étonné Vincent Maël Cardona, qui l’a dirigé dans la série De Grâce, diffusée sur Arte en 2024, et dans LeRoi Soleil, film présenté à Cannes en mai 2025 et sorti l’été suivant : « Sur un plateau, Pana est curieux de tous les métiers, gourmand de toutes les informations. Bien sûr, il aime jouer, mais il m’a toujours posé des questions sur la mise en scène. Il était clair depuis longtemps qu’il avait envie de diriger. »

Un public varié

En même temps qu’il tourne avec Fary la troisième saison de « Loups Garous », adaptation pour Canal+ d’un jeu de société culte, Panayotis Pascot est mobilisé par le tournage de Parade nuptiale, une comédie sur la frontière, ténue, entre l’amour et le chaos. Ce film, coécrit là encore avec Béatrice Fournera et dans lequel il joue, sera diffusé sur la plateforme Prime Video en 2027.

Sans oublier, depuis un an, la présentation de son second seul-en-scène, Entre les deux, en tournée après des représentations parisiennes qui ont toutes affiché complet. Il y est encore question de filiation, de sexualité, de paternité, du métier de vivre et du désir de durer, autant de sujets qui parlent à toutes les générations. Le public de Pana n’a pas de profil bien défini, il a souvent vu son premier spectacle et lu son livre. A la Bourse du travail de Lyon, les spectateurs sont pour beaucoup des trentenaires, décontractés et sans enfant, mais aussi des adolescents venus avec leurs parents.

Au Théâtre Princesse Grace, à Monaco, le 21 mars, ils ont plutôt le cheveu blanc, le vêtement élégant, affichent moins d’affinités avec les plaisanteries sur le sexe ou sur le prince Albert, mais se disent touchés par « la sincérité » du propos et l’énergie de l’humoriste. « Du chat au sperme, le spectre est large, plaisante un couple de quinquagénaires. Ce sont nos enfants qui nous ont amenés, mais finalement, on s’est presque plus amusés qu’eux ! » Chaque fois, en tout cas, la salle l’applaudit debout.

Pour préparer Entre les deux, qui raconte ce moment où on n’est plus un enfant mais où on n’est pas encore parent, Pana a répété avec Louis Dubourg, un stand-upeur qui assure la première partie du spectacle. Il a fallu un peu de temps pour trouver comment susciter le rire en parlant de suicide… « Pana n’est pas sensible à l’air du temps, souligne Louis Dubourg, c’est un artiste qui parle avec ses tripes des sujets qui lui tiennent le plus à cœur. Il les aborde très sérieusement, mais très légèrement. »

« Je pensais avoir affaire à un stand-upeur un peu malin, j’ai découvert un artiste étoffé, confirme Guillermo Guiz, humoriste qui a tourné avec lui dans la série Enterrement de vie de garçon. Faire rire avec des choses noires, qui font pleurer, c’est infiniment compliqué ! » « Pana propose une alternative à la blague sèche et impactante, résume son ami auteur et réalisateur K. Gloire Savula Mbongo. Son stand-up est introspectif, jamais vain. » D’autant, rappelle Sara Bentot, directrice de création chez le média Brut, que « le stand-up est une forme de théâtre très intense, où vous êtes jugé toutes les deux minutes ! Il faut être un grand artiste pour en faire un mode d’expression ».

Sexualité et vie privée

Très proche de Panayotis, elle joue pour lui un rôle « d’accoucheuse d’idées ». C’est avec elle que l’humoriste tire les fils des histoires qu’il va déployer sur scène, des histoires qui naissent d’un dessin ou d’un poème comme d’une séance chez la psy ou d’une réflexion du garçon avec lequel il vit. De ce compagnon qu’il nomme « le Bonheur » dans son livre, Panayotis Pascot parle sans fard par écrit, confiant sur scène vouloir un enfant avec lui.

Mais celui qui parle beaucoup de sa vie intime en public ne nous en dira rien de plus : il protège sa vie privée. Le thème de la sexualité n’est qu’un biais parmi d’autres pour raconter des histoires : « Sentir leur écho dans la salle, être connecté au public, lâcher prise pour plonger avec lui dans mes émotions, moi qui suis en contrôle la plupart du temps, c’est une sensation extraordinaire, que j’aime plus que tout au monde. »

Son talent et sa notoriété font de lui aujourd’hui un artiste qui entend faire reconnaître le stand-up comme une discipline à part entière du spectacle vivant. Il a déjà ouvert des portes, comme celles de l’Odéon-Théâtre de l’Europe en décembre 2025, qu’aucun autre stand-upeur n’avait poussées avant lui. Pour se familiariser avec cette salle parisienne, austère par nature, avant la représentation, Panayotis Pascot et sa bande d’anciens « viners » s’en sont donné à cœur joie sur la chanson Lithonia, de Childish Gambino, chantant et dansant face à des fauteuils encore vides.

L’artiste n’est pas sujet au trac, capable d’arriver dans sa loge à quelques minutes de son entrée en scène. Une seule chose peut le déstabiliser, voire l’angoisser : la présence de proches dans le public. Son entourage professionnel a appris à le lui cacher. Pour le reste, Panayotis Pascot maîtrise tout et sait exactement ce qu’il veut, ou ne veut pas. Par exemple, il n’a pas voulu que son homosexualité soit LE sujet de son premier spectacle, au risque de le définir et d’effacer le reste.

Il a donc inventé le « presque coming out », comme dit une de ses proches, où tout est suggéré sans être jamais affirmé. C’est lui aussi qui a décidé que l’affiche d’Entre les deux, loin des codes habituels, serait tirée d’une photo de vacances prise par son ami « viner » Idriss Tidjani ; lui, enfin, qui a eu l’idée de créer une revue, Entre les deux, vendue à l’issue des représentations.

« Au départ, précise Idriss Tidjani, qui a assuré la direction artistique du fanzine, il s’agissait juste de présenter un making off de la tournée. Et puis c’est devenu un objet à part entière, fait de photos, de rencontres, d’entretiens avec des artistes, de petits mots, de dessins, de playlists… » Riche de tout ce à quoi tient Panayotis Pascot. Et de tous ceux avec lesquels il fait « famille ». Une manière de s’inclure dans l’espace et dans le temps, lui dont la hantise reste d’être mis à l’écart d’un territoire qu’il a enfin réussi à conquérir.

[Source : Le Monde]