En Suède, les Européens tentent de désamorcer les critiques de Donald Trump avant le futur sommet de l’OTAN à Ankara
Désorientés par la multiplication des annonces concernant l’implantation des troupes américaines sur le Vieux Continent, les Européens ont cherché à convaincre Marco Rubio, le secrétaire d’Etat américain, des efforts mis en œuvre pour prendre une plus grande part à leur défense collective ainsi que pour aider à la réouverture du détroit d’Ormouz.
Même quand il n’est pas là, il reste le centre de l’attention. En annonçant sur sa plateforme Truth Social dans la nuit du jeudi 21 au vendredi 22 mai, le déploiement de 5 000 soldats américains en Pologne après « l’élection réussie [en juin 2025] de l’actuel président de la Pologne, Karol Nawrocki », son allié MAGA en Europe, Donald Trump a une nouvelle fois pris de court ses alliés européens, réunis à Helsingborg, en Suède, ainsi que le Pentagone, qui n’était une nouvelle fois pas au courant de cette décision.
Cela survient quelques semaines après l’annonce du départ de 5 000 soldats d’Allemagne et l’interruption sans avertissement, par Pete Hegseth, le secrétaire d’Etat à la défense, du déploiement d’une brigade de combat de 4 000 hommes en Pologne.
Autant dire que dans le port suédois, qui accueillait les ministres des affaires étrangères de l’OTAN vendredi pour préparer le sommet d’Ankara, les 7 et 8 juillet, les dirigeants européens ont affiché leur perplexité sur les annonces désordonnées de l’administration américaine.
Le chef de la diplomatie polonaise, Radoslaw Sikorski, a remercié Donald Trump pour cette décision, permettant de maintenir le niveau de présence de troupes américaines dans son pays, tandis que ses collègues baltes se réjouissaient du renforcement du flanc oriental de l’Alliance. Mark Rutte, le secrétaire général de l’OTAN s’est aussi réjoui, tout en avouant que les « commandants militaires sont en train de regarder tous les détails ».
« C’est déroutant »
Le reste des alliés européens a été bien plus sceptique. « C’est déroutant, et ce n’est pas toujours facile de s’y retrouver », a commenté Maria Malmer Stenegard, la ministre des affaires étrangères suédoise, hôtesse de la réunion. « Ce qui est important, c’est que cela se fasse de manière structurée, afin que l’Europe puisse se renforcer lorsque les Etats-Unis réduisent leur présence », a pour sa part souligné le ministre norvégien des affaires étrangères, Espen Barth Eide, faisant écho à plusieurs de ses collègues, soucieux d’une transition progressive vers une défense collective assurée davantage par les Européens.
Marco Rubio a justifié la réduction des effectifs américains déployés en Europe. « Je pense que tout le monde au sein de l’Alliance comprend bien que la présence militaire américaine en Europe va être réajustée », a estimé le secrétaire d’Etat américain, reconnaissant que « cela ne plaira[it] pas à tous les pays ». « Il ne s’agit pas d’une mesure punitive [liée aux] frictions » que les Etats-Unis ont eues avec certains pays, a-t-il ajouté, alors que la Maison Blanche n’a cessé de menacer de représailles ses alliés qui lui ont refusé l’utilisation de leurs bases dans le cadre des attaques contre l’Iran.
En Suède, les alliés européens souhaitaient justement aplanir les différends avec l’administration américaine afin d’éviter de transformer le futur sommet dans la capitale turque en séance de règlement de comptes. Il s’agissait de donner assez d’arguments à Marco Rubio afin de convaincre son patron des efforts européens déployés pour prendre le relais des Etats-Unis dans leur défense collective et pour accompagner un retour de la circulation dans le détroit d’Ormuz.
Les ministres européens ont tenté de donner des gages sur leur engagement budgétaire pris à La Haye en juillet 2025. « La bonne nouvelle, c’est que les fonds commencent à affluer », a salué Mark Rutte, le secrétaire général de l’Alliance atlantique. En 2025, « l’Europe a augmenté de 20 % ses investissements en matière de défense cette année, comme l’année dernière », a rappelé Yvette Cooper, la ministre britannique des affaires étrangères. « Certains pays ont doublé leurs dépenses de défense au cours des dernières années. D’autres, en revanche, sont encore à la traîne », a évalué son homologue américain, à la façon d’un maître d’école.
A l’approche du sommet d’Ankara, les alliés devraient également multiplier les annonces de grands contrats d’achat d’armement, notamment auprès des Etats-Unis, pour amadouer l’hôte de la Maison Blanche. Et ce, même si l’industrie américaine de défense, comme sa rivale européenne, a beaucoup de mal à monter en cadence pour répondre à une demande croissante.
« Européaniser l’OTAN »
Pour Jean-Noël Barrot, le ministre des affaires étrangères français, les récentes annonces de redéploiement des troupes américaines donnent l’opportunité aux Européens de « développer leur vision, leurs capacités. Bref, d’européaniser l’OTAN. » Mark Rutte défend, lui, l’idée « d’une Europe plus forte et d’une OTAN plus forte, vis[ant] à garantir qu’au fil du temps, étape par étape, nous dépendrons moins d’un seul allié ».
Concernant le Moyen-Orient, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Belgique ou les Pays-Bas ont rappelé être aujourd’hui prêts à contribuer, si les conditions le permettent, à la liberté de navigation dans le détroit d’Ormouz, via la coalition de volontaires que Paris et Londres ont assemblée. Certains Etats suggéraient la création d’une mission spécifique de l’OTAN, mais l’idée ne fait pas consensus. Le ministre belge des affaires étrangères, Maxime Prévot, appelle, lui, à un rapprochement entre la coalition des volontaires et les Etats-Unis pour « articuler » les différentes initiatives en cours.
Pour Marco Rubio, le compte n’y est cependant pas. Il a confié espérer un accord avec l’Iran pour libérer le détroit, et pense laisser la coalition des volontaires sécuriser les passages, une fois la cessation des opérations. Néanmoins, il a remis la pression sur ses alliés afin de préparer un « plan B », si l’Iran refuse une réouverture pacifique de la voie d’eau.
« Quelqu’un devra réagir, juge le dirigeant américain. Il y a ici [en Suède] aujourd’hui des pays qui seraient encore plus durement touchés par cette situation que les Etats-Unis eux-mêmes. » En cas de refus iranien, conclut-il, « les Etats-Unis pourraient agir. Et certains pays ont manifesté leur intérêt pour une éventuelle participation [à cette opération]. »
[Source : Le Monde]