Coupe du monde 2026 : le Maroc, entré « dans une autre dimension », part à la conquête de l’Amérique

Quatrièmes du Mondial 2022 de football, les Lions de l’Atlas chercheront à prouver que leur parcours historique il y a quatre ans n’était pas une anomalie. Ils affrontent le Brésil, dimanche.

Juin 14, 2026 - 06:01
Coupe du monde 2026 : le Maroc, entré « dans une autre dimension », part à la conquête de l’Amérique
Le milieu offensif marocain Brahim Diaz (à droite) célèbre son but avec son coéquipier Achraf Hakimi, lors d’un match amical contre la Norvège, à Harrison (New Jersey), le 7 juin 2026. EDUARDO MUNOZ ALVAREZ/AP

Le Maroc a déjà remporté sa première grande victoire : le respect. Les Lions de l’Atlas l’avaient obtenu, un soir de décembre 2022, lors de la Coupe du monde de football au Qatar, après avoir terrassé le Portugal de Cristiano Ronaldo (1-0). Grâce à cet exploit, cette sélection, alors menée par Hakim Ziyech, atteignait les demi-finales du plus prestigieux des tournois, une première pour une équipe africaine. Elle s’était ensuite inclinée face à la France (2-0), puis contre la Croatie lors de la petite finale (2-1).

Quatre ans plus tard, dimanche 14 juin au MetLife Stadium d’East Rutherford (New Jersey), le Maroc commence son Mondial, organisé aux Etats-Unis, au Mexique et au Canada, en affrontant un monument cinq étoiles du football mondial : le Brésil. Un adversaire déjà croisé en 1998, qui l’avait dominé 3-0. Mais depuis, le Maroc a grandi. « On nous appelle les Brésiliens d’Afrique », avait réagi, juste après le tirage au sort, en décembre 2025, le sélectionneur Walid Regragui, visiblement heureux de se frotter à nouveau à la Seleçao. Deux ans plus tôt, ses hommes avaient battu l’équipe sud-américaine (2-1) lors d’une rencontre amicale.

Sans complexe ni tabou, le Maroc veut conquérir New York, l’Amérique, le monde. La meilleure nation africaine au classement FIFA – 7e, derrière le Brésil et devant les Pays-Bas – n’a plus « officiellement » perdu un match depuis janvier 2024. Officiellement ? Le 18 janvier, à Rabat, les Lions de l’Atlas avaient défié d’autres Lions, ceux venus du Sénégal, en finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN), et s’étaient inclinés (1-0) lors d’un match chaotique et tendu.

Cette nuit-là, les coéquipiers de Sadio Mané avaient pourtant quitté le terrain – plus de dix minutes – pour protester contre un penalty sifflé dans les ultimes minutes du match en faveur de leurs adversaires. Et contester une autre décision arbitrale, prise quelques minutes plus tôt, qui privait le Sénégal d’un but. Depuis ce duel se joue en dehors de la pelouse. La Fédération royale marocaine a cherché à remettre en cause la victoire des Sénégalais, en faisant valoir les articles 82 et 84 du règlement de la CAN : une équipe qui quitte le terrain sans autorisation de l’arbitre est déclarée perdante.

« On est attendus »

Le 17 mars, cet argument a été entendu : le jury d’appel de la Confédération africaine de football (CAF) a déclaré le Sénégal « forfait » et accordé à la sélection marocaine une victoire 3-0 sur tapis vert. Mais – car il y a un « mais » –, ce jury n’a pas souhaité attribuer le titre de champion d’Afrique, laissant le soin à la CAF de se prononcer, ce qu’elle s’est jusqu’à présent refusée à faire. L’instance attend le jugement du Tribunal arbitral du sport, saisi par la Fédération sénégalaise de football, qui a dénoncé le « braquage administratif le plus grossier de l’histoire de [ce] sport ».

La décision de ce jury d’appel a, en tout cas, guéri l’« injustice » que ressentaient les Marocains. Le public a pardonné à Brahim Diaz d’avoir raté, lors de la finale de la CAN, un penalty qui aurait permis au royaume de décrocher une deuxième étoile, attendue depuis cinquante ans. Une nouvelle page se prépare à être écrite à l’occasion du Mondial, mais elle se fera sans le fougueux sélectionneur Walid Regragui, qui a choisi de quitter ses fonctions au début du mois de mars. Il a été remplacé par Mohamed Ouahbi, 49 ans. Un coach porté vers l’attaque et au sens tactique affirmé, qui a remporté avec le Maroc la Coupe du monde des moins de 20 ans, en octobre 2025.

« Je suis quelqu’un de très ambitieux. Nous, ce qu’on veut, c’est faire le maximum, être performants, avoir assez d’humilité pour respecter tous les adversaires, a-t-il expliqué d’un ton posé. Aujourd’hui, le Maroc est arrivé dans une autre dimension. On ne va pas se le cacher, on est attendus aussi. » Le milieu de terrain brésilien Bruno Guimaraes ne dit pas autre chose, qui a assuré que la sélection marocaine actuelle était l’« une de leurs meilleures générations, avec de grands joueurs ».

Les Lions de l’Atlas veulent prouver que leur parcours héroïque et historique en 2022 n’était pas une anomalie. Pour y arriver, l’équipe compte sur plusieurs cadres expérimentés, comme le gardien Yassine Bounou, les défenseurs Achraf Hakimi et Sofyan Amrabat, ou encore l’avant-centre Ayoub El Kaabi. M. Ouahbi fait aussi le pari d’injecter du sang neuf en convoquant de jeunes talents de 20 ans à peine, tels l’ailier Ayoube Amaimouni ou les milieux Gessime Yassine et Samir El Mourabet. Une autre perle, venue de Lille, Ayyoub Bouaddi, Franco-Marocain de 18 ans, courtisé par les Bleus, a finalement opté pour le pays d’origine de ses parents.

Le sélectionneur a, en revanche, écarté certaines figures comme Youssef En-Nesyri, l’un des piliers de l’ère Regragui. « Je veux une équipe capable de souffrir quand il le faut, mais aussi d’attaquer, a insisté M. Ouahbi. Ce n’est pas parce que nous allons jouer le Brésil que nous passerons notre temps à défendre. » A la veille du premier match, le Maroc a toutefois dû faire face à ses premiers coups durs : les « tauliers » Nayef Aguerd et Abde Ezzalzouli, blessés, ont été remplacés par Marwane Saadane et Amine Sbaï, moins capés.

[Source: Le Monde]