En Corée du Nord, le 80ᵉ anniversaire du Parti du travail illustre le retour de Pyongyang sur la scène diplomatique mondiale

La Corée du Nord a organisé deux jours de festivités pour le 80e anniversaire du Parti du travail au pouvoir. Les célébrations se sont déroulées en présence de dignitaires étrangers, notamment chinois et russe, illustrant le retour de Pyongyang dans le jeu diplomatique mondial.

Oct 11, 2025 - 16:27
En Corée du Nord, le 80ᵉ anniversaire du Parti du travail illustre le retour de Pyongyang sur la scène diplomatique mondiale
Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, à Pyongyang, lors du 80ᵉ anniversaire du Parti du travail de Corée, le 9 octobre 2025. STR / AFP

Des milliers de militaires ont paradé place Kim-Il-sung, à Pyongyang, dans la soirée du vendredi 10 octobre, à l’occasion des 80 ans du Parti du travail de Corée, au pouvoir. Parmi eux, quelques unités ont reçu des honneurs particuliers : elles avaient participé à la reprise de la région russe de Koursk, temporairement occupée par les Ukrainiens, en 2024. Elles ont défilé au rythme du chant patriotique russe Servir la Russie. Véritable étalage de puissance, le défilé organisé à Pyongyang célébrait aussi le retour sur la scène diplomatique mondiale de la Corée du Nord, après des années d’isolement.

Les organisateurs ont aussi dévoilé le nouveau missile balistique intercontinental Hwasong-20, présenté par l’agence officielle KCNA comme « le système d’armes nucléaires stratégiques le plus puissant ». « Notre armée doit continuer à se développer pour devenir invincible, capable d’anéantir toutes les menaces grâce à sa supériorité politique, idéologique, militaire et technique écrasante », a appelé le dirigeant Kim Jong-un, depuis la tribune officielle surplombant la place pavoisée de drapeaux rouges floqués du symbole (faucille, marteau et pinceau) du Parti du travail de Corée.

Le défilé concluait les festivités commencées la veille au Stade du 1er-Mai, imposante enceinte de Pyongyang pouvant accueillir 110 000 spectateurs. Dans un discours, Kim Jong-un a promis de « faire de ce pays une terre plus prospère et plus belle, le meilleur paradis socialiste au monde ». Il a aussi rappelé l’histoire du parti, qui incarne « l’unité monolithique » du pays derrière son dirigeant.

« Menaces émanant de l’Occident »

Démonstration de force et d’unanimisme derrière le dirigeant Kim Jong-un, le défilé s’est déroulé dans une Corée du Nord qui retrouve une place dans le concert des nations, après les années d’isolement dû aux sanctions économiques imposées pour son développement nucléaire et à la pandémie de Covid-19.

En 2015, le 70e anniversaire du Parti du travail de Corée avait été célébré en l’absence de tout représentant étranger. Seul Liu Yunshan, l’un des sept membres du comité permanent du Parti communiste chinois, avait fait le déplacement. Cette fois, la liste des invités incluait le premier ministre chinois Li Qiang, le vice-président du Conseil de sécurité russe, Dmitri Medvedev, et les dirigeants vietnamien, To Lam, et laotien, Thongloun Sisoulith. La visite d’un premier ministre chinois à Pyongyang est une première depuis 2009.

Une étape majeure vers le retour de la Corée du Nord sur la scène diplomatique a été le rapprochement avec la Russie dès le début, en 2022, de la guerre en Ukraine. Pyongyang a fourni des troupes et du matériel à la Russie, en échange d’une aide économique et militaire. En 2024, les deux pays ont signé un partenariat stratégique « dans tous les domaines », impliquant notamment un pacte de défense mutuelle. Dmitri Medvedev a salué le renforcement de la coopération bilatérale face à ce que les deux partis considèrent comme « des menaces émanant de l’Occident », et les efforts pour « l’établissement d’un ordre mondial plus équitable ».

Ces relations ont quelque peu affecté celles avec le voisin chinois, traditionnel et principal partenaire économique de la Corée du Nord. La possible fin du conflit en Ukraine pouvant faire évoluer l’attitude de la Russie envers la Corée du Nord, et le souci de relancer une économie en difficulté, a amené M. Kim à se tourner à nouveau vers Pékin.

Le dirigeant nord-coréen a ainsi pu siéger à une place d’honneur, au même niveau que celle réservée au président russe, Vladimir Poutine, lors de l’imposante parade militaire organisée place Tiananmen le 3 septembre, à l’occasion du 80eanniversaire de la victoire sur le Japon. « Xi Jinping a surjoué la complicité parce qu’il faut montrer à l’Occident que tout va bien dans ce triangle sino-russo-nord-coréen, et rappeler que la Chine en est bien l’acteur essentiel. Il fallait replacer les cartes bien en évidence en Asie du Nord-Est », estime Valérie Niquet, spécialiste de l’Asie à la Fondation pour la recherche stratégique.

« Rapport à trois »

« Des experts chinois se sont récemment rendus à Pyongyang. Il semble que la Chine porte un réel intérêt au renforcement de la coopération économique avec la Corée du Nord », ajoute Cheong Seong-chang, de l’Institut Sejong. Des travaux sur des ponts transfrontaliers à Tumen et non loin de Dandong – deux villes chinoises – ont été relancés. La Corée du Nord souhaite attirer des touristes chinois dans la région côtière de Wonsan-Kalma, transformée cet été en zone de villégiature.

« Le facteur déterminant pour la Chine, ce sont les relations avec les Etats-Unis. Le fait que la Russie et la Corée du Nord soient des ennemis de Washington les rend attrayants pour la Chine. Mais il y a beaucoup de différences dans ce rapport à trois. En particulier, la Chine n’a pas le contrôle sur ces deux pays, elle n’a pas les leviers qu’on lui prête parfois », nuance un universitaire spécialiste des relations internationales à Pékin, qui préfère ne pas être cité. Le voyage du premier ministre chinois en Corée du Nord vise toutefois à rappeler aux Etats-Unis que la Chine conserve une influence sur le régime.

Outre le rapprochement sino-nord-coréen, Kim Jong-un a profité des festivités de vendredi pour s’entretenir avec les dirigeants vietnamien et laotien, l’occasion de plaider pour un renforcement des coopérations. Le Vietnamien To Lam a proposé de partager son expérience du développement économique avec la Corée du Nord. Les deux parties ont décidé de se soutenir mutuellement au sein des organisations internationales, notamment les Nations unies et l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est. M. Lam était accompagné du ministre de la défense vietnamien, Phan Van Giang, signe d’une possible coopération bilatérale potentielle dans le domaine militaire.

« Après avoir fait ses débuts dans un cénacle multilatéral lors du défilé militaire chinois du 3 septembre, Kim Jong-un exploite habilement l’opportunité offerte par le 80e anniversaire du parti pour élargir son champ d’action. Il n’est pas exclu qu’il s’active pour rejoindre une ou plusieurs organisations internationales », estime Hong Min, de l’Institut coréen pour l’unification nationale, basé à Séoul.

[Source: Le Monde]