Azerbaïdjan : arrestation du leader de l’opposition Ali Karimli

Les services de sécurité d’Etat ont effectué une perquisition à son domicile avant de l’interpeller. Le responsable du Front populaire d’Azerbaïdjan était l’une des dernières figures de l’opposition non encore incarcérée ni exilée.

Nov 30, 2025 - 11:54
Azerbaïdjan : arrestation du leader de l’opposition Ali Karimli
Le chef du Front populaire d’Azerbaïdjan, Ali Karimli, et ses partisans lors d’un rassemblement non autorisé pour réclamer la liberté de réunion à Bakou, en Azerbaïdjan, le 19 octobre 2019. AZIZ KARIMOV / REUTERS

L’ancien secrétaire d’Etat et opposant azerbaïdjanais Ali Karimli, 60 ans, a été arrêté par les services de sécurité de l’Etat (DTX en azéri), samedi 29 novembre, a annoncé au Monde le service de presse du parti du Front populaire d’Azerbaïdjan (PFPA), dont Ali Karimli est le dirigeant. Une perquisition a eu lieu à son domicile, ainsi qu’à celui de Mammad Ibrahim, membre de la direction du PFPA, qui aurait lui aussi été arrêté.

Figure majeure de l’opposition démocratique, Ali Karimli vivait à Bakou sous étroite surveillance policière depuis plusieurs années. Le dissident est l’un des tout derniers acteurs politiques de l’opposition azerbaïdjanaise à ne pas s’être exilé.

Peu de détails sur son arrestation sont connus. La police contrôle tous les accès autour de l’immeuble où vit Ali Karimli avec son épouse et son troisième enfant, âgé de 12 ans. « Les autorités ont coupé le réseau mobile et l’Internet. Personne n’est autorisé à se rendre à son domicile », selon une source proche de M. Karimli. L’opposant a été interrogé dans les locaux du DTX, samedi, puis ramené à son domicile pour assister à la suite de la perquisition. En fin de journée, le DTX a de nouveau embarqué l’opposant dans ses locaux.

Dans la matinée, le média officiel vesti.az reliait ces arrestations à la disgrâce de l’ancien chef de l’administration présidentielle azerbaïdjanaise Ramiz Mekhtiev, 87 ans. Considéré autrefois comme un pilier du régime Aliev (père et fils), dont il a dirigé l’administration de 1995 à 2019, M. Mekhtiev est désormais décrit comme une « éminence grise »par les médias du pouvoir. Il est tombé en disgrâce, mi-octobre, pour ses liens supposés très étroits avec le régime russe.

En fin de journée, samedi, le DTX expliquait aux médias officiels azerbaïdjanais qu’une « première version éditée et inédite d’une lettre écrite par Ramiz Mekhtiev, ainsi que d’autres documents, ont été trouvés au domicile de M. Karimli lors de la perquisition ».

Une arrestation au « caractère purement politique »

Une source au PFPA affirme que les deux affaires « n’ont aucun lien » et que le régime Aliev poursuit sa « campagne de répression contre le Front populaire », une organisation regroupant plusieurs partis de l’opposition démocratique azerbaïdjanaise. M. Karimli – qui fut brièvement secrétaire d’Etat, en 1993, avant que le gouvernement dont il était membre ne soit renversé par un coup d’Etat organisé par Heydar Aliev – a toujours condamné dans les termes les plus forts les liens unissant les régimes de Vladimir Poutine et de la famille Aliev, estimant que son pays doit rompre toute alliance avec la Russie et se rapprocher des démocraties occidentales.

« Nous affirmons que l’arrestation d’Ali Karimli a un caractère purement politique. Dans une situation où l’activité politique dans le pays est pratiquement interdite et les libertés civiles gravement restreintes, cette opération constitue un nouvel épisode d’une répression politique qui se durcit », affirme un communiqué du PFPA, qui appelle la communauté internationale, les organisations de défense des droits de l’homme et les gouvernements démocratiques d’Europe et du reste du monde « à réagir en urgence à ces événements et à exiger des autorités azerbaïdjanaises le respect de leurs obligations internationales en matière de droits humains ».

Pour l’historien Altay Goyushov, exilé à Paris, où il enseigne à Sciences Po, « les chancelleries européennes font une grosse erreur en cherchant à apaiser le régime Aliev. Non seulement cette politique ne porte pas ses fruits, mais elle renforce les régimes autoritaires et nuit en définitive aux intérêts européens ».

Le 23 février, le tribunal du district de Binagadi, à Bakou, a émis un mandat d’arrêt provisoire à l’encontre de M. Goyushov. Le parquet général azerbaïdjanais soupçonne l’historien d’avoir « lancé et diffusé des appels publics encourageant le recours à la force contre le gouvernement légal, en coordination avec un groupe de personnes ». M. Goyushov, qui n’est pas membre du PFPA, nie ces accusations, selon lui sans fondement.

Selon la Campagne pour mettre fin à la fin à la répression en Azerbaïdjan, un projet regroupant des avocats et des défenseurs de droits de l’homme, le nombre de prisonniers politiques dans le pays a triplé depuis 2023, et s’élève aujourd’hui 392.

[Source: Le Monde]