Les Africains qui ont marqué 2025 : « gen Z », Boualem Sansal, Himra, Achraf Hakimi…

Au cours de l’année, ils ont fait la une de l’actualité africaine. Politiques, écrivains, artistes, cinéastes, sportifs, chercheurs… Chacun d’eux a remporté des succès ou marqué les esprits et méritait, selon les journalistes du « Monde Afrique », d’être distingués.

Jan 2, 2026 - 09:59
Les Africains qui ont marqué 2025 : « gen Z », Boualem Sansal, Himra, Achraf Hakimi…
Le défenseur marocain Achraf Hakimi s’échauffe avant le match de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) entre son pays et les Comores, au stade Prince Moulay-Abdellah de Rabat, le 21 décembre 2025. SEBASTIEN BOZON / AFP

Certains ont remporté des trophées, d’autres ont été remarqués pour la qualité de leur œuvre artistique, leur contribution à l’ingénierie ou leur action politique. Retour en quinze noms sur ceux qui ont fait l’année 2025 en Afrique.

POLITIQUE

La « gen Z », génération engagée du Kenya au Maroc

Mille visages, mais une colère. Au Kenya, à Madagascar et au Maroc, l’année a été celle de la « gen Z », tel que se désignent les personnes nées entre la fin des années 1990 et le début des années 2010. Soit quelque 18 millions de Kényans sur 54,20 millions de Malgaches sur 32 et 9 millions de Marocains sur 38.

L’injustice fiscale au Kenya, les coupures d’eau et d’électricité à Madagascar et des scandales dans le système hospitalier public au Maroc ont poussé des milliers de jeunes dans les rues en particulier de juillet à octobre, malgré une répression parfois féroce.

Ces mouvements sociaux unissent une jeunesse souvent urbaine, parfois diplômée mais touchée par le chômage. Une jeunesse connectée aussi, qui manifeste à l’unisson de jeunes asiatiques, s’organise sur Discord, une plateforme initialement dévolue aux jeux vidéo, et emprunte à la pop culture, le manga One Piece notamment, un de ses symboles, un drapeau pirate.

Une jeunesse décomplexée enfin, qui mêle ultras des stades et intellos branchés, emprunte à différents registres idéologiques et se tient à l’écart des partis traditionnels, se présente comme patriote et exige précisément ce que les élites politiques sont promptes à promettre : probité, rationalisation de l’économie, reddition des comptes, justice sociale et développement humain. Une jeunesse qui ne disparaîtra pas en 2026.

Cyril Ramaphosa, président sud-africain

Le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, prononce le discours d’ouverture du G20 à Johannesburg, le 22 novembre 2025.

Pour le président de la nation sud-africaine, Cyril Ramaphosa, l’année 2025 a été celle d’un bras de fer médiatisé avec son homologue américain Donald Trump. Après avoir boudé le sommet du G20 en novembre à Johannesburg, M. Trump a annoncé que l’Afrique du Sud ne serait pas invitée à la prochaine rencontre du forum intergouvernemental en 2026 à Miami. Le président des Etats-Unis adhère en effet à l’idée – fausse – que l’Afrique du Sud se rend coupable d’un « génocide » des Afrikaners, les descendants des colons européens.

A la tête d’un parti historique, le Congrès national africain (ANC), affaibli sur le plan national, M. Ramaphosa s’active sur la scène internationale. L’attitude méprisante de Washington renforce la posture du président sud-africain qui se présente en figure du Sud global, plaidant en faveur du multilatéralisme, se montrant proche de son homologue brésilien de gauche Lula, ou encore défendant la cause palestinienne.

Ahmed Nejib Chebbi, homme politique tunisien

Son arrestation à son domicile le 4 décembre sonne comme un symbole : même sous l’ancien régime de Zine El-Abidine Ben Ali, Ahmed Nejib Chebbi, 81 ans, n’avait pas connu la prison. Avec son enfermement, c’est maintenant la quasi-totalité de l’opposition du pays qui est sous les verrous. Son visage est connu de tous les Tunisiens. Beaucoup admirent sa constance. Quelques-uns lui reprochent parfois le défaut de sa qualité : sa tempérance. M. Nejib Chebbi est une figure de la vie politique, formé à l’extrême gauche, devenu un opposant rassembleur à M. Ben Ali.

En 2011, après la révolution, il est un constituant de centre gauche écouté : il sait dialoguer avec les islamistes comme avec les destouriens dont tous n’ont pas été de francs opposants à M. Ben Ali. En 2022, il prend la tête d’une coalition d’opposition au président Kaïs Saïed à la suite de la dissolution du Parlement par ce dernier.

Condamné à douze ans de prison ferme en novembre 2025 pour « complot contre la sûreté de l’Etat » – en même temps que trente-quatre autres personnes –, il a été enfermé dans la prison de Mornaguia. Il rejoint derrière les barreaux d’autres figures politiques comme le leader islamiste Rached Ghannouchi.

Samia Suluhu Hassan, présidente de la Tanzanie

La présidente tanzanienne, Samia Suluhu Hassan, s’adresse au Parlement à Dodoma, le 14 novembre 2025.

En ayant recueilli près de 98 % des voix, la présidente tanzanienne Samia Suluhu Hassan, en exercice depuis le décès de son prédécesseur, John Magufuli, en 2021, aurait pu s’enorgueillir d’un score très généreux à l’élection présidentielle d’octobre. Mais la répression qu’elle a mise en œuvre entache durablement son mandat.

Le jour du scrutin, alors que des manifestants étaient descendus crier leur colère dans les rues des grandes villes du pays, quelque 1 000 personnes ont été tuées par les forces de l’ordre. Ils protestaient contre le verrouillage de l’élection. Ni l’opposant conservateur Tundu Lissu ni l’opposant de gauche Luhaga Mpina n’ont pu participer au scrutin.

Cette femme qui était vue comme une réformatrice et avait donné des gages de libéralisation de la vie politique en levant certaines des restrictions sur des médias critiques du pouvoir, s’est muée en autocrate. Avec Samia Suluhu Hassan, l’espoir se conjugue au passé.

CULTURE

Boualem Sansal, écrivain franco-algérien

L’écrivain franco-algérien Boualem Sansal arrive pour assister à la cérémonie de remise du prix Cino Del Duca à l’Académie française, à Paris, le 4 décembre 2025.

L’auteur franco-algérien, plusieurs fois primé en France, a retrouvé la liberté le 12 novembre 2025 à la suite d’une année de détention, dans un contexte de fortes tensions entre Alger et Paris. Il avait été arrêté le 16 novembre 2024, à sa descente d’un avion à l’aéroport d’Alger.

Il est alors incarcéré pour des propos sur les frontières algériennes tenus dans Frontières, un média français d’extrême droite. En juillet, il a été condamné à cinq ans de prison pour « atteinte à l’unité nationale ».

Grâce à une médiation du président allemand Frank-Walter Steinmeier, Boualem Sansal a obtenu une grâce du chef d’Etat algérien Abdelmadjid Tebboune. Après une escale à Berlin, l’écrivain de 81 ans a été reçu par Emmanuel Macron lors de son retour en France. Ce critique du régime algérien s’est dit « pour la réconciliation entre la France et l’Algérie » lors d’une interview sur la chaîne de télévision France 2.

Le journaliste sportif français Christophe Gleizes est quant à lui toujours détenu en Algérie, où il a été condamné au début de décembre à sept ans de prison ferme en appel pour « apologie du terrorisme ».

Nathacha Appanah, autrice mauricienne

Une autrice et une œuvre multirécompensée. La plume de l’écrivaine mauricienne Nathacha Appanah l’a portée dans les listes de nombreux prix littéraires à la rentrée 2025. Avec son treizième roman, La Nuit au cœur, l’autrice et journaliste de 52 ans a séduit la jeunesse et le monde littéraire français. Finaliste du prix Goncourt de cette année, elle a remporté le Femina le 3 novembre, puis a été distinguée par le Renaudot des lycéens le 13 novembre et le Goncourt des lycéens le 27 novembre.

Nathacha Appanah a bouleversé les lecteurs qui l’ont plébiscitée avec son enquête poignante sur les violences conjugales, trois récits de l’emprise jusqu’au féminicide : celui de sa cousine Emma, morte écrasée par son mari en 2000 à l’île Maurice, celui de Chahinez Daoud, brûlée vive par son ex-mari à Mérignac en mai 2021, et sa propre histoire avec un homme de 50 ans alors qu’elle avait 17 ans.

Himra, rappeur ivoirien

Le rappeur Himra lors du 17e Festival des musiques urbaines d’Anoumabo (Femua) à Abidjan, le 19 avril 2025.

Himra, Abdul Rahim Souleymane Bakayoko de son vrai nom, a conquis les plateformes de streaming et les dancefloors en son pays, la Côte d’Ivoire, mais aussi à l’étranger, du Sénégal à la France. Sur scène, il parade maintenant avec ses différents disques d’or, de platine et de diamant.

Si la compétition sur le sol ivoirien est toujours tendue, à l’international c’est plié : Himra est bien le porte-étendard du « rap Ivoire ». Après un carton fin 2024 avec son album Jeune et riche, il a connu une année 2025 plus souriante encore. Egrenant les sorties de titres de son album Dachiba Koumgba Tchaiba et les featurings avec les stars Gazo, Ninho et Aya Nakamura tout au long de l’année, il s’est assuré un succès continu.

Des paroles mêlant nouchi, l’argot d’Abidjan, la capitale ivoirienne, et français, un style tourné vers l’egotrip et le bling-bling et des thématiques issues de la rue : Himra est récompensé pour ses années passées à produire une musique drill dure, jusque-là peu écoutée en Côte d’Ivoire.

Augustin Holl, universitaire camerounais

L’archéologue camerounais Augustin Holl, professeur à l’université de Xiamen (Chine), a présenté le 17 octobre au siège de l’Unesco, à Paris, les trois derniers tomes de l’Histoire générale de l’Afrique (HGA) en sa qualité de président du Comité scientifique international.

Avec quelque 200 chercheurs, il a travaillé un peu plus de dix ans à l’édition des tomes IX, X et XI de cette gigantesque encyclopédie, lancée en 1964 avec une ambition sans précédent : écrire une histoire du continent africain dépouillée des mythes et des préjugés notamment induits par la colonisation.

A la suite des travaux de noms mythiques, comme le Guinéen Djibril Tamsir Niane ou le Sénégalais Cheikh Anta Diop, M. Holl et ses confrères ont axé les trois derniers volumes sur « l’influence de l’Afrique à travers ses diasporas, et ses contributions essentielles aux sociétés du monde » et sur l’histoire du continent « comme une partie centrale et interconnectée de l’histoire et de la culture mondiales ».

Kaouther Ben Hania, réalisatrice tunisienne

Kaouther Ben Hania lors du Festival international du film de Toronto, le 8 septembre 2025.

La réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania, primée pour plusieurs de ses films, se préparait pour présenter son film Les filles d’Olfa aux Césars lorsqu’elle découvre, en même temps que le reste du monde, le sort de Hind Rajab, fillette palestinienne de 6 ans, tuée à Gaza en janvier 2024 par l’armée israélienne, alors qu’elle attendait les secours, entourée des cadavres d’autres membres de sa famille.

De cette histoire, Mme Ben Hania a tiré un film hybride – elle est habituée au genre – entre le documentaire et la fiction, récompensé par un Lion d’argent à la Mostra de Venise. La Voix de Hind Rajab repose sur l’enregistrement de l’appel de l’enfant au Croissant-Rouge palestinien et des comédiens jouant le personnel humanitaire tâchant de la secourir. Le film s’impose sans doute comme l’un des documents les plus parlants de l’époque.

Akinola Davies Jr, réalisateur anglo-nigérian

Le quadragénaire anglo-nigérian a mis un terme à une quasi-anomalie : son pays, qui possède une industrie cinématographique massive et dynamique, Nollywood, n’avait jamais reçu de prix au Festival de Cannes. Le réalisateur Akinola Davies Jr a reçu une mention spéciale Caméra d’or pour son premier long-métrage, My Father’s Shadow(L’Ombre de mon père). Après Cannes, le film a continué à recevoir ovations et prix aux Etats-Unis, en Inde…

Drame familial sur fond politique, My Father’s Shadow est une promenade dans un Lagos en ébullition, alors que le pays connaît ses premières élections libres depuis une décennie, en 1993. Ce film tranche avec de nombreuses productions nigérianes, souvent dépolitisées, toujours plus centrées autour de la vie de la bourgeoisie. Se revendiquant de l’héritage de cinéastes africains engagés comme le Sénégalais Ousmane Sembène, Akinola Davies Jr assure vouloir continuer à filmer dans son pays.

SPORT

Achraf Hakimi, footballeur marocain

Le défenseur marocain Achraf Hakimi s’échauffe avant le match de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) entre son pays et les Comores, au stade Prince Moulay-Abdellah de Rabat, le 21 décembre 2025.

Enfin reconnu à sa juste valeur. Voilà ce que beaucoup d’analystes sportifs ont pensé lorsque l’international marocain, capitaine des Lions de l’Atlas et star du Paris Saint-Germain (PSG) Achraf Hakimi a reçu le Ballon d’or africain 2025 à 27 ans, le 19 novembre. Cette année, le joueur a notamment qualifié son pays pour la Coupe du monde 2026 et offert à son club sa première étoile en Ligue des champions.

L’arrière droit est venu chercher son trophée en botte orthopédique, suite à une blessure. C’est tout le peuple marocain qui s’est inquiété à l’idée de voir le capitaine du onze national ne pas être sur la pelouse pour la Coupe d’Afrique des nations (CAN), qui s’est ouverte en décembre au Maroc - à laquelle il peut finalement participer.

Un sourire ravageur, une polyvalence sur le terrain, une complicité avec la superstar Kylian Mbappé et des clichés feel good en pagaille avec sa mère, ancienne femme de ménage : Achraf Hakimi a conquis le public. Mais cette image pourrait bien être sérieusement atteinte. Le joueur doit faire face à une accusation de viol pour une affaire remontant à 2023 en France.

Kaylia Nemour, gymnaste franco-algérienne

Kaylia Nemour participe à la finale des barres asymétriques lors des Championnats du monde de gymnastique artistique à Jakarta, le 24 octobre 2025.

A 18 ans, la jeune athlète franco-algérienne, qui concourt sous les couleurs de l’Algérie depuis 2022, s’est offert son premier titre mondial aux barres asymétriques, lors des Championnats du monde de gymnastique artistique qui ont eu lieu en octobre en Indonésie. Elle avait décroché la première médaille olympique africaine de l’histoire en gymnastique lors des Jeux olympiques de Paris en 2024, déjà aux barres asymétriques, déclenchant une « Kayliamania » en Algérie.

2025 est aussi l’année de révélations pour la gymnaste. Elle a publié un livre, L’ombre de l’or, dans lequel elle raconte la dureté, voire la brutalité du quotidien d’une jeune sportive de haut niveau, fait de privations, d’un contrôle autoritaire des entraîneurs sur l’alimentation, le corps et les envies et, parfois, d’une non-prise en compte des douleurs et des peurs. Après avoir enchanté le public par ses prestations, elle lui révèle l’envers du décor, avec tout autant de succès.

Letsile Tebogo, sprinteur botswanais

Le Botswanais Letsile Tebogo au cours des séries du 200 m lors des Championnats du monde d’athlétisme à Tokyo, le 17 septembre 2025.

Premier sprinteur africain à avoir été sacré champion olympique du 200 m et premier athlète botswanais médaillé d’or, Letsile Tebogo était attendu au virage des Championnats du monde d’athlétisme, en septembre à Tokyo. S’il n’a pas brillé lors des épreuves individuelles, le Botswanais de 22 ans et ses coéquipiers ont raflé le titre de champions du monde du relais 4 x 400 m, en 2 min 57 s 76, dimanche 21 septembre, aux Américains, pour quelques millièmes de seconde (2 min 57 s 83). Une nouvelle médaille au palmarès de la nouvelle pépite du sprint, qui défend l’importance de la pratique d’activités sportives.

« Sans le sport, je serais probablement un criminel aujourd’hui », a-t-il confié dans le cadre d’un événement du programme Kids Athletics de la Fédération internationale d’athlétisme, qui vise à inciter les enfants de 4 à 14 ans à faire du sport, le 2 avril. Letsile Tebogo est désormais très courtisé. Trois pays, le Qatar, les Emirats arabes unis et la Tunisie, lui ont proposé de changer de nationalité sportive.

Des offres que le champion a refusées, comme il l’a révélé dans une interview pour la radio locale Duma FM, le 10 décembre. En cas de changement de nationalité, le sportif serait privé de compétitions internationales durant trois ans.

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE

Elly Savatia, entrepreneur kényan

L’entrepreneur kényan Elly Savatia a remporté le prix Afrique 2025 de l’innovation en ingénierie décerné par l’Académie royale d’ingénierie du Royaume-Uni. Sa trouvaille : Terp 360, une application basée sur l’intelligence artificielle (IA), développée avec son entreprise Signvrse, en collaboration avec des personnes sourdes ou malentendantes et qui traduit la parole en langue des signes à l’aide d’avatars en trois dimensions. Le but est d’offrir des solutions aux secteurs de la santé et de l’éducation pour mieux accueillir le public malentendant.

Les dirigeants et les institutions africaines sont conscients du besoin pour le continent de ne pas rater la possible révolution technologique que représente l’IA, notamment dans les domaines de la santé, de l’agriculture et de la défense. L’Union africaine s’est dotée d’une stratégie continentale en la matière, le président rwandais Paul Kagame a initié un projet de Conseil africain pour l’IA… Mais, sur le terrain, ce sont bien les chercheurs, informaticiens et ingénieurs du public ou du privé qui, pour le moment, assurent au continent de maintenir le cap sur l’innovation.

[Source: Le Monde - edité]