Coupure d'Internet, répression, intimidation... En Ouganda, "tout est fait pour verrouiller" la présidentielle et les législatives

Internet a été coupé dans ce pays d'Afrique de l'Est ce mardi 13 janvier, deux jours avant les élections présidentielle et législatives du 15 janvier en Ouganda. Une coupure qui rappelle celle de la précédente présidentielle de 2021, remportée par l'indétrônable Yoweri Museveni. Il est confronté de nouveau à Bobi Wine, son principal adversaire. Quels sont les enjeux du scrutin de ce jeudi? Analyse de Kristof Titeca, professeur à l'université d'Anvers.

Jan 14, 2026 - 16:43

Internet a été coupé dans ce pays d'Afrique de l'Est ce mardi 13 janvier, deux jours avant les élections présidentielle et législatives du 15 janvier en Ouganda. Une coupure qui rappelle celle de la précédente présidentielle de 2021, remportée par l'indétrônable Yoweri Museveni. Il est confronté de nouveau à Bobi Wine, son principal adversaire. Quels sont les enjeux du scrutin de ce jeudi? Analyse de Kristof Titeca, professeur à l'université d'Anvers. 

Ces élections en Ouganda suscitent de vives tensions, notamment en raison des préoccupations concernant la transparence du processus électoral. Selon Kristof Titeca, professeur à l'université d'Anvers en Belgique et spécialiste de l'Ouganda, "ces élections ne seront pas transparentes. Ce soir, à 18 heures, heure locale, les autorités ougandaises ont de nouveau coupé Internet. Les réseaux sociaux comme Facebook n'ont d'ailleurs jamais été rétablis depuis les élections de 2021 et ces derniers jours plusieurs ONG ont été suspendues. Presque tout est fait pour verrouiller le processus et en plus de cela, l'opposition comme on l'a vu a presque été systématiquement empêché de faire campagne."

Dans une lettre adressée aux fournisseurs d'accès à Internet, la Commission ougandaise des Communications a demandé la suspension du réseau mardi 13 janvier, dès 18h (15h GMT) et pour une durée indéterminée, afin d'"atténuer la propagation rapide de la désinformation (...) en ligne, la fraude électorale et les risques connexes, ainsi que pour empêcher l'incitation à la violence".

Deux journalistes de l'AFP à Kampala ont perdu l'accès à Internet et certains appels internationaux ne passaient plus peu après l'heure dite. L'ONG de surveillance de la cybersécurité Netblocks a fait état sur X d'une "perturbation à l'échelle nationale de la connectivité à Internet en Ouganda".

"Faire taire les voix dissidentes"

La Commission des droits de l'Homme du Kenya (KHRC), une ONG kényane, a "exhorté les citoyens ougandais à documenter soigneusement tout cas de fraude électorale ou de violence de la part des forces de sécurité". Nombre d'ONG dénoncent une entraide entre les dirigeants kényans, ougandais et tanzaniens pour faire taire les voix dissidentes dans ces trois pays. 

L'exécutif ougandais avait pourtant répété que le réseau ne serait pas bloqué pendant les élections. Le 5 juillet, il avait même posté sur X que "les affirmations suggérant le contraire sont fausses, trompeuses et destinées à provoquer une peur et une tension inutiles au sein du public".

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Un panneau d'affichage de campagne pour le président Yoweri Museveni est visible à Kampala, en Ouganda, le mercredi 7 janvier 2026.  @Photo AP/Hajarah Nalwadda

La suspension d'Internet est intervenue quelques heures après le dernier meeting de campagne du président Museveni, auquel des milliers de personnes, dont de nombreux sympathisants habillés de jaune, sa couleur, ont assisté mardi.

Lors de la présidentielle de 2021, l'indéboulonnable Yoweri Museveni, désormais âgé de 81 ans, l'avait emporté face à l'ancien chanteur populaire devenu homme politique Bobi Wine, de son vrai nom Robert Kyagulanyi, son principal adversaire, qui avait alors dénoncé une "mascarade" électorale, entachée de dizaines de morts. Aujourd'hui encore, Bobi Wine reste le rival numéro 1.

De nombreux reporters étrangers, malgré une accréditation du gouvernement, se sont vu refuser l'accès au meeting présidentiel et plusieurs ont été menacés d'arrestation. L'ONG Reporters sans frontières a regretté mardi "une violence contre la presse en augmentation" en Ouganda, affirmant qu'au moins cinq journalistes y ont été agressés depuis septembre.

"Intimidation généralisée" 

De son côté, Human Rights Watch (HRW) a vu dans l'ordre récemment donné par les autorités ougandaises à au moins dix ONG de cesser leurs activités jugées contraires à la loi, "une preuve supplémentaire du mépris de l'Ouganda pour la liberté d'expression et la liberté d'association".

Les élections en Ouganda se déroulent "dans un climat marqué par une répression et une intimidation généralisées", a souligné le bureau du Haut-Commissaire onusien pour les droits de l'Homme. Au moins 400 partisans de la Plateforme d'unité nationale (NUP), le parti de Bobi Wine, ont été arrêtés ces derniers mois simplement pour l'avoir soutenue, estime l'ONG Amnesty international.

Désir de changement

Une grande partie de la population, notamment les jeunes de moins de 30 ans qui représentent environ 80 % de la population, exprime un désir de changement. Pour cette génération, Museveni est le seul président qu'ils aient connu, et ils aspirent à des améliorations en matière d'emploi et d'infrastructures.

"Le président Museveni est au pouvoir depuis 40 ans, il y a un énorme sentiment de frustration pour une grande partie de la population et un désir réel de changement."

Kristof Titeca, professeur à l'université d'Anvers

Qui pour succéder à Museveni ?

La question de la succession de Museveni est cruciale. Depuis plus de dix ans, le "projet Muhoozi", du nom de son fils Muhoozi Kainerugaba, est évoqué comme un scénario possible pour la succession. Cependant, les prises de position radicales de Muhoozi sur les réseaux sociaux, où il a notamment menacé des leaders de l'opposition et exprimé des opinions controversées, compliquent ce projet. Le président Museveni, autrefois salué comme un espoir pour l'Afrique, est aujourd'hui critiqué pour son régime autoritaire.

Bien que le pays soit accusé de soutenir le groupe rebelle M23, l'armée ougandaise est officiellement présente pour soutenir l'armée congolaise. Cependant, ses actions sur le terrain semblent viser à sécuriser ses propres intérêts économiques.

"L'Ouganda joue en réalité un rôle particulièrement important dans l'est de la République Démocratique du Congo (RDC), dans le conflit, il est présent sur de larges portions du territoire. En théorie, l'Ouganda est là pour soutenir l'armée congolaise dans la lutte contre un groupe rebelle ougandais mais en pratique ces troupes sont bien au-delà de la zone d'opération de ce groupe rebelle et l'armée ougandaise est là pour défendre ses propres intérêts, pour construire des routes", explique Kristof Titeca. 

[Source: TV5Monde]