Ecosse-France : les Bleus passent à côté de leur match à Murrayfield et se mettent en difficulté dans le Tournoi des six nations
Alors qu’ils auraient pu assurer le titre et rêver du grand chelem, Antoine Dupont et ses coéquipiers ont été débordés par le XV du Chardon, samedi à Edimbourg. Ils gardent néanmoins la tête du classement grâce au point de bonus offensif inscrit en fin de partie.
Peut-on toujours parler de piège quand on sait qu’il est tendu juste devant soi ? La question, qui n’aurait pas détonné dans l’épreuve de philosophie au baccalauréat, avait animé les jours précédents la rencontre entre l’équipe de France et celle d’Ecosse, samedi 7 mars dans le cadre de la quatrième journée du Tournoi des six nations. Et Patrick Arlettaz avait un avis bien à lui : « Un piège, ce serait quelque chose auquel on ne s’attend pas », avançait l’entraîneur de l’attaque des Bleus. Difficile dans tous les cas de rater le traquenard géant qu’est Murrayfield, un stade au cœur d’Edimbourg qui vibre pour le rugby au rythme des cornemuses.
Visible ou pas, les Bleus sont tombés dedans. Lourdement. Débordés de toutes parts, Antoine Dupont et ses coéquipiers se sont inclinés 40 à 50. Jamais depuis que Fabien Galthié a repris en main la destinée de la sélection en 2020 ses Bleus n’avaient encaissé autant de points. Le tout, alors que l’ambiance s’annonçait pourtant à la fête. Vainqueurs avec le point de bonus offensif de leurs trois premiers matchs, les Français pouvaient s’assurer le gain du Tournoi en cas de nouvelle victoire bonifiée.
Même le soleil était au rendez-vous, chose rare pour un après-midi hivernal en Ecosse. Ne manquaient que le trophée – irrémédiablement endommagé fin février dans un incendie et remplacé au pied levé par une réplique – et, surtout, une performance de haut vol des Bleus. A la place, ils se sont « pris une belle claque » des mots de François Cros, notamment entre la 27ᵉ et la 64ᵉ minute, intervalle durant lequel ils ont encaissé la bagatelle de 40 points sans en marquer un seul. « On n’a pas été à la hauteur de ce qu’on se devait de faire. On a manqué un peu de caractère et de réaction », a ajouté le troisième ligne.
Comme en 2020
« Ils nous ont pris dans les bases du rugby, dans les essentiels, au moins deux tiers du match. Il y avait une équipe qui jouait en avançant, et une équipe qui jouait en reculant », a, de son côté, commenté Fabien Galthié, le regard sévère. Tout avait pourtant bien commencé pour ses troupes. Certes, l’Ecossais Darcy Graham avait inscrit le premier essai de la rencontre en prenant par surprise la défense tricolore au milieu de terrain.
Comme à chaque fois ou presque, Louis Bielle-Biarrey y était allé de sa réalisation, lui aussi, imité quelques instants plus tard par l’autre ailier Théo Attissogbe après un ballon volé par Antoine Dupont dans les bras de Sione Tuipulotu. Le capitaine du XV de Chardon avait conscience que les Bleus « savent vous punir quand vous faites des erreurs »comme il l’avait expliqué vendredi en conférence de presse. Il l’a expérimenté.
On ne l’y a pas repris. Comme l’ensemble de ses coéquipiers, meilleurs dans « la conquête, l’engagement, l’agressivité, la présence collective sur les ballons à gagner en l’air ou au sol » a énuméré Fabien Galthié, qui aurait pu y ajouter la possession du ballon, largement en faveur des Ecossais (60 %), ou la discipline (10 pénalités pour les Bleus contre quatre en face).
Les Français étaient prévenus du danger. Les derniers déplacements à Murrayfield avaient en effet rarement pris des airs de triomphe. Lancés vers le grand chelem avec trois victoires, ils y avaient notamment connu la première défaite de l’ère Galthié en 2020. « Il ne faudra pas faire les mêmes erreurs car elles nous ont coûté cher », avait alerté Antoine Dupont, l’un des dix Tricolores déjà de la partie à l’époque. « On n’avait pas l’expérience de jouer les premiers rôles dans le Tournoi. Aujourd’hui, on peut mieux appréhender ce genre de matchs », espérait-il.
« Une petite leçon de rugby »
Lui qui rêvait d’un « match spectaculaire » a été servi avec pas moins de treize essais. Mais le demi de mêlée a surtout rendu une copie indigeste comme rarement. « Même nous, parfois, on ne sait pas ce qu’on va faire. Ça peut être une qualité comme un défaut », expliquait celui qui a plutôt penché pour la seconde option samedi, avec notamment une passe interceptée terminant en essai écossais et une autre en en-avant dans son propre en-but.
Habituelle assurance tous risques des Bleus, Thomas Ramos n’a pas été plus en réussite. Son match a démarré par un en-avant sur la première action et s’est finalement résumé « à une petite leçon de rugby » de la part de locaux qui ont fait rugir de plaisir les tribunes tout au long de l’après-midi. En face, les 15 000 supporteurs français à avoir fait le déplacement ont rapidement été réduits au silence, qu’ils soient déguisés en Astérix, en poule ou aient adopté pour un jour le kilt.
Contrairement à 2020, les Bleus ont au moins eu le mérite de réagir en fin de match. Auteurs des quatre derniers essais de la rencontre dans le dernier quart d’heure, ils ont arraché dans la déroute un point de bonus offensif qui pourrait s’avérer salutaire. Il leur permet de rester en tête du classement, à égalité avec l’Ecosse (16 points), mais une meilleure différence de points (79 contre 21).
Pour conserver leur titre pour la première fois depuis 2006-2007, les Bleus devront gagner samedi 14 mars, au Stade de France, face à l’Angleterre. Au moins auront-ils l’avantage de se présenter sur le terrain avec une idée très précise de la situation. Avant le début de leur match, celui entre l’Ecosse et l’Irlande – la troisième équipe à pouvoir encore mathématiquement soulever le trophée (14 points) – aura déjà rendu son verdict. « J’espère qu’on a payé pour apprendre. On a encore l’opportunité de gagner ce Tournoi. Il faut la saisir », veut croire François Cros. Une chose est sûre, pas grand monde ne se demandera si le « crunch » à venir a lui aussi des allures de piège.
[Source: Le Monde]