Donald Trump ouvre une crise avec les catholiques américains après avoir attaqué le pape et partagé un photomontage

Le président américain a prétendu, contre toute vraisemblance, que l’image qu’il a postée le représentait en « bénévole de la Croix-Rouge », mais il a dû la retirer. Cette publication et sa longue diatribe contre Léon XIV ont consterné les fidèles, une indignation touchant même la mouvance MAGA.

Avr 14, 2026 - 10:42
Donald Trump ouvre une crise avec les catholiques américains après avoir attaqué le pape et partagé un photomontage
Ce montage a été réalisé le 13 avril 2026 à partir d’une photo de Donald Trump et d’un message publié sur sa plateforme Truth Social, avec une image générée par l’IA le représentant sous les traits de Jésus. MANDEL NGAN/AFP

Donald Trump a fini par effacer l’image générée par intelligence artificielle, l’incarnant, selon de nombreux observateurs, en Christ guérissant un malade devant un drapeau américain et des avions de chasse. « Ce n’était pas une représentation [de moi en Christ], a prétendu Donald Trump, lundi 13 avril. Je l’ai bien publiée, mais je pensais qu’il s’agissait de moi en tant que médecin. Et cela avait trait à la Croix-Rouge – en tant que bénévole de la Croix-Rouge, une organisation que nous soutenons ; il n’y a que les fake news pour inventer une histoire pareille. »

Face au tollé, le président a néanmoins reculé comme il l’avait fait en février après avoir posté une vidéo caricaturant Barack et Michelle Obama en singes. L’image de Trump en Christ guérisseur avait été précédée d’un post virulent contre le pape, qui venait de condamner la politique du président américain en Iran. « Je ne veux pas d’un pape qui estime qu’il est acceptable que l’Iran possède l’arme nucléaire », avait accusé Donald Trump.

« Je n’ai aucune crainte ni de l’administration Trump ni de proclamer haut et fort le message de l’Evangile – ce que je crois être ma mission ici-bas », a déclaré, lundi, le pape aux journalistes alors qu’il faisait route vers Alger. Samedi soir, à Rome, le pape avait déclaré : « Assez de l’idolâtrie de soi et de l’argent ! Assez de l’étalage de puissance ! Assez de la guerre ! La véritable force se manifeste dans le service de la vie. »

« Le pape Léon n’est pas son rival »

Le vice-président américain, J. D. Vance, catholique converti et dont l’hostilité à l’offensive en Iran est connue, a tenté d’éteindre l’incendie, lundi en début de soirée sur Fox News. « Je pense que le président publiait une plaisanterie. Et, bien entendu, il l’a retirée car il a compris que beaucoup de gens ne saisissaient pas son humour, a-t-il expliqué. Il est salutaire que le pape défende les causes qui lui tiennent à cœur. Cela dit, il nous arrivera d’avoir des désaccords sur des questions de politique publique. Le pape a émis des critiques à l’égard de notre politique d’immigration mais, en fin de compte, c’est Donald Trump qui définit la politique d’immigration des Etats-Unis. »

En conclusion, le vice-président a renvoyé le pape à son magistère spirituel : « Dans certains cas, il serait préférable que le Vatican s’en tienne aux questions de morale – qu’il se concentre sur ce qui se passe au sein de l’Eglise catholique – et qu’il laisse le président des Etats-Unis s’occuper de définir la politique publique américaine. »

C’est que les attaques de Donald Trump, cette fois, n’ont pas été tolérées comme l’avait été le photomontage de lui-même en pape posté lors du conclave de mai 2025. Dimanche soir, l’archevêque Paul Coakley, président de la Conférence des évêques catholiques des Etats-Unis, a publié un communiqué pour prendre la défense du pape Léon XIV. « Je suis consterné que le président ait choisi de coucher sur le papier des propos aussi désobligeants à l’égard du Saint-Père, a-t-il affirmé. Le pape Léon n’est pas son rival ; pas plus que le pape n’est un homme politique. Il est le vicaire du Christ, qui s’exprime au nom de la vérité de l’Evangile et par souci du salut des âmes. »

La hiérarchie catholique a protesté, tandis qu’un nombre important de soutiens de Donald Trump, y compris la base populaire MAGA (Make America Great Again) a fait part de sa consternation. Ainsi, la nageuse Riley Gaines, qui milite contre la présence d’athlètes transgenres dans le sport de compétition : « Sérieusement, je ne comprends pas pourquoi il a publié cela. Pense-t-il vraiment cela ? Quoi qu’il en soit, deux choses sont vraies : un peu d’humilité lui ferait le plus grand bien ; on ne se moque pas de Dieu », s’est-elle affligée. Même réaction du podcasteur catholique Michael Knowles : « Il incombe au président, tant sur le plan spirituel que politique, de retirer cette photo, quelles qu’aient été ses intentions. »

Invitation déclinée

L’affrontement public inédit de Donald Trump avec le Vatican met les catholiques conservateurs en porte-à-faux. Selon une enquête du Pew Research Center, en 2024, 55 % des catholiques (62 % des Blancs et 41 % des Latinos) ont voté pour le républicain.

Les protestants ne sont pas en reste, à l’image de l’écrivaine et commentatrice conservatrice Megan Basham, sur X :« Je ne sais pas si le président pensait être drôle, s’il est sous l’emprise d’une substance quelconque, ou quelle explication possible il pourrait bien avoir pour ce blasphème SCANDALEUX. Mais il doit retirer [ce montage] immédiatement et demander pardon au peuple américain, puis à Dieu. » Pour couronner l’affaire, le président de la République islamique d’Iran, Massoud Pezeshkian, est venu en soutien du pape sur X : « Je condamne l’insulte adressée à Votre Excellence au nom de la grande nation d’Iran, et je déclare que la profanation de Jésus – le prophète de la paix et de la fraternité – est inacceptable pour toute personne libre. »

L’histoire des Etats-Unis avec les catholiques n’a pas été simple. Le pays n’a connu que deux présidents de cette confession, John Fitzgerald Kennedy (1961-1963) et Joe Biden (2021-2025), et les catholiques furent proscrits des colonies américaines jusqu’à la déclaration d’indépendance et n’ont été acceptés à New York qu’à partir de 1784. Avec l’arrivée des Irlandais puis des Italiens au XIXe siècle, l’anticatholicisme se mêle à une xénophobie envers les nouveaux arrivants, qui va en s’atténuant à mesure de leur intégration dans la société américaine.

Les relations de Donald Trump avec le pape François, natif d’Argentine et soupçonné d’aversion envers les Etats-Unis, n’ont jamais été bonnes. Celles avec l’Américain de Chicago Léon XIV ont commencé à se détériorer lorsqu’il a critiqué, en septembre 2025, le traitement des migrants aux Etats-Unis. Parfois, c’est son absence qui agace : en février, le pape américain a décliné l’invitation de Donald Trump aux célébrations du 250e anniversaire de la déclaration d’indépendance du 4 juillet 1776. Ce jour-là, le pape a inscrit à son agenda une visite sur l’île italienne de Lampedusa, terre où échouent les migrants qui ont traversé la Méditerrannée.

[Source: Le Monde]