Présidentielle 2027 : « Face à la multiplication des candidatures, les sondages, naguère si décriés, semblent le seul arbitre »
Le Parti socialiste et Les Républicains, qui ont dominé la Vᵉ République, sont incapables de faire émerger un candidat incontestable à l’Elysée, observe dans sa chronique Françoise Fressoz, éditorialiste au « Monde ».
Le grand risque que court le Parti socialiste (PS) est de ne plus intéresser grand monde, hormis un dernier carré de militants réduit à la portion congrue. La énième crise de gouvernance qui secoue le parti au lendemain du scrutin municipal des 15 et 22 mars est d’autant plus profonde que s’y mêlent une querelle d’ego, une difficulté à définir une ligne et à construire des alliances en conséquence, alors que la gauche, dans son ensemble, pèse à peine 30 % de l’électorat, selon les derniers sondages d’opinion.
Les opposants au premier secrétaire, Olivier Faure, lui reprochent d’avoir laissé certains maires socialistes sortants en difficulté, comme Johanna Rolland, l’édile de Nantes, l’une de ses proches, conclure des alliances d’entre-deux-tours avec La France insoumise (LFI). Or la direction du PS avait clamé, quelques semaines plus tôt, sa rupture avec Jean-Luc Mélenchon, en réaction à ses outrances et à ses dérapages. Ce double discours passe d’autant plus mal que, dans certaines municipalités comme Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) ou Vaulx-en-Velin (Métropole de Lyon), dans lesquelles un élu « insoumis » est parvenu à battre un maire socialiste, des règlements de comptes parfois violents sont intervenus, montrant à quel point la gauche est à la fois fracturée et difficilement conciliable.
Le problème est que, face à cette réalité, personne, dans le camp social-démocrate, n’est capable d’avancer une solution crédible : Boris Vallaud, le président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, jusqu’à présent soutien d’Olivier Faure, n’a pas, à ce jour, démontré sa capacité à formuler une proposition plus crédible que la primaire de la gauche non mélenchoniste prônée par le premier secrétaire du PS. François Hollande, qui s’appuie sur son expérience d’ancien président de la République pour tenter de revenir dans le jeu, reste handicapé par l’accusation de trahison qui a entaché son quinquennat (2012-2017) : de candidat qui prétendait faire de la finance son « ennemie », il est devenu le chef de l’Etat à l’origine de la politique de l’offre. Celle-ci a eu beau donner des résultats, elle reste largement impopulaire dans la partie de la gauche la plus hostile au libéralisme économique.
Quant à Raphaël Glucksmann, le coprésident de Place publique, qui apparaît aujourd’hui le mieux placé dans les sondages pour contrer Jean-Luc Mélenchon, il n’est pas parvenu à trouver la façon de rallier tous ceux qui estiment que la gauche réformiste a encore un avenir en France.
Parallélisme édifiant
Le comportement d’Olivier Faure, qui occupe les fonctions de premier secrétaire depuis 2018, résume à lui seul toutes les contradictions du PS. Tour à tour proche de Michel Rocard (1930-2016), de Martine Aubry, de Jean-Marc Ayrault, l’élu de Seine-et-Marne est ce même dirigeant politique capable un jour de négocier des accords avec un premier ministre de droite, Sébastien Lecornu, pour éviter une crise de régime, et incapable le lendemain de rompre complètement avec l’idéologie radicale de Jean-Luc Mélenchon. La rhétorique qu’il développe consiste à faire la distinction entre le héraut de LFI, qui se serait laissé emporter par une forme d’hubris, et ses électeurs, qu’il ne faudrait surtout pas insulter. Elle est très proche de celle qu’avait développée la droite républicaine lorsque celle-ci avait commencé à vivre sous la menace de l’extrême droite.
Le parallélisme entre la crise que traverse le PS et celle que vit le parti Les Républicains (LR) est, à cet égard, édifiant. A un an de l’élection présidentielle, aucun des deux anciens grands partis qui ont, à un moment donné, dominé la vie de la Ve République n’est capable de définir des modalités susceptibles de faire émerger un candidat incontestable. La primaire, ouverte ou fermée, qui leur a servi de béquille dans le passé (en 2006-2007, 2011 et 2016-2017), a perdu de son prestige : personne, ni à droite ni à gauche, n’est capable de s’entendre sur son périmètre ni sur ses modalités, et les prétendants les mieux placés – Jean-Luc Mélenchon à gauche, Raphaël Glucksmann au centre gauche, Edouard Philippe au centre droit – la refusent.
Au nom du nécessaire rassemblement, certains, comme Laurent Wauquiez, le président du groupe Droite républicaine à l’Assemblée, la souhaitent le plus large possible. Invoquant, à l’inverse, le besoin de cohérence, d’autres la veulent resserrée. Les arrière-pensées personnelles ne sont jamais loin. Et l’irruption, depuis 2017, d’un centre macroniste complique encore la donne.
Crainte de la radicalité
Dans ces conditions, l’hypothèse la plus probable est une multiplication des candidatures dans ce qu’on appelle l’« espace central », avec pour seul arbitre les sondages – ces études d’opinion naguère si décriées, soit parce qu’on leur reprochait de n’être pas suffisamment crédibles, soit parce qu’on les accusait de peser sur le choix de l’électeur avant même que celui-ci ait mis son bulletin dans l’urne. S’ajoute à ces critiques légitimes la volatilité des intentions de vote. Un moment au faîte de la popularité, Alain Juppé, Edouard Balladur ou Michel Rocard ont été soit battus, soit contraints de renoncer à se porter candidat.
Cette crise majeure vécue par le PS et par LR reflète les tensions qui agitent le champ politique et que confirme l’enquête électorale, menée par Ipsos BVA-CESI Ecole d’ingénieurs, dont les résultats ont été publiés dans Le Monde le 13 avril. D’un côté existe un puissant désir de changement chez les Français, sur lequel surfent aussi bien le Rassemblement national que LFI. Chacune à sa façon, ces deux formations politiques ont réussi à renouer avec le militantisme, à séduire une partie de la jeunesse, à remobiliser un morceau de l’électeur populaire. De l’autre côté s’expriment une crainte de la radicalité et un appel au compromis, sur lesquels pourraient jouer tous les autres partis pour peser sur le réel et combattre le sentiment délétère que l’action publique est devenue inefficace. Cela supposerait que les « vieux » partis soient capables de briser les codes sur lesquels ils se sont construits. A ce jour, ils s’en montrent incapables.
[Source: Le Monde]