Après des pluies torrentielles sans précédent, le sud de la Thaïlande sous les eaux
L’inondation de Hat Yai, grande ville du sud du pays, intervient après une succession d’événements climatiques extrêmes en Asie du Sud-Est, notamment aux Philippines, frappées par de très violents typhons en novembre.
Des habitants réfugiés sur un toit pendant dix-neuf heures avant d’être secourus par jet-ski, une famille entière qui s’extirpe de sa maison submergée par un trou dans la charpente, 90 patients évacués d’un hôpital par hélicoptère… Les scènes qui se sont déroulées ces deux derniers jours à Hat Yai, grande ville du sud de la Thaïlande, sur la péninsule malaise, témoignent de l’ampleur d’un désastre qui a pris par surprise les habitants et, manifestement, les pouvoirs publics.
Tous les arrondissements de cette ville d’environ 150 000 habitants ont été touchés par les inondations, parfois jusqu’à 2 mètres de hauteur. D’innombrables véhicules sont noyés sous les eaux, ainsi que le rez-de-chaussée des habitations, voire le premier étage.
L’ensemble de la province de Songkhla, dont Hat Yai est la plus grande ville, a été désigné « zone de désastre ». Au moins 33 personnes ont perdu la vie dans tout le pays, a fait savoir le gouvernement, mercredi 26 novembre. Un millier de touristes, pour la plupart malaisiens et singapouriens, sont restés bloqués, dimanche 23 novembre, à l’aéroport de Hat Yai en raison des routes devenues impraticables. L’hôpital de Hat Yai, dont les patients en état grave ont été évacués mardi 25 novembre, continue de fonctionner avec 800 patients et un pont médical aérien.
Un « épisode La Niña faible »
L’agence météorologique thaïlandaise attribue le déluge au fait qu’un creux de mousson a placé la zone sous des pluies soutenues depuis le 19 novembre, alors que la présence d’un système de haute pression, venu de Chine, plus au nord, avait par contraste favorisé l’instabilité et les précipitations intenses dans le sud du pays. Ces facteurs locaux auraient été renforcés par un « épisode La Niña faible ». Cette anomalie climatique, caractérisée par des températures de surface de la mer plus fraîches que la normale dans l’océan Pacifique équatorial, tend à accentuer les précipitations saisonnières en Asie du Sud-Est.
A Hat Yai, les pluies sont devenues torrentielles à partir du vendredi 21 novembre, battant, selon la météo thaïlandaise, un « record pour la quantité d’eau enregistrée en une journée depuis trois cents ans », aucun relevé antérieur n’existant. Des « bombes de pluie » se sont alors abattues sur les montagnes, un peu à l’est de la ville.
Ce phénomène météorologique, ont expliqué les experts, a lieu quand une masse d’air froid à l’intérieur d’un nuage d’orage descend brusquement, puis se disperse violemment en touchant le sol, provoquant un souffle similaire à une explosion. L’eau a ensuite dévalé les pentes à grande vitesse en direction du centre urbain, sans passer par les canaux de dérivation, en particulier le plus grand d’entre eux, celui d’U-Tapao, conçu pour réduire la pression hydrologique. Tous ces flots convergent en principe vers l’immense lac Songkhla, le long du golfe de Thaïlande. Or, sa capacité à les absorber était elle-même largement limitée par les pluies.
Les précipitations tombées de vendredi à mardi auraient atteint environ 850 millimètres, générant 1 200 à 1 500 millions de mètres cubes de ruissellement, selon les estimations, mardi, de Seree Supratid, directeur du centre sur le changement climatique et les catastrophes de l’université Rangsit, à Bangkok.
Typhons aux Philippines
Les inondations de Hat Yai interviennent après une succession d’événements climatiques extrêmes en Asie du Sud-Est, comme aux Philippines, frappées coup sur coup par de très violents typhons en novembre, ou au Vietnam, pays qui a connu des crues exceptionnelles dans la région montagneuse centrale de Dak Lak, du 15 au 21 novembre, ayant fait au moins 90 morts, notamment en raison de glissements de terrain.
Les crues de Dak Lak ont d’ores et déjà été désignées comme « extrêmement rares, presque sans précédent en plus de cinquante ans de relevés », par les autorités vietnamiennes. Les régions côtières centrales autour de l’ancienne capitale impériale de Hué ont, elles, traversé deux cycles d’inondations : le premier, d’une ampleur historique, du 26 octobre au 3 novembre, puis de nouveau autour du 17 novembre ; 2025 est d’ores et déjà décrite au Vietnam comme l’« année des catastrophes naturelles », avec un bilan à ce stade de 409 morts et des pertes estimées à 2,8 milliards d’euros.
A Hat Yai, le déluge d’eau qui a englouti la ville a conduit à la mobilisation tous azimuts des secours sous l’égide des autorités locales et de l’armée, mais la réponse du gouvernement central, du moins dans les premiers jours, a été critiquée, considérée comme trop lente et insuffisante. Plusieurs experts, dont le professeur Supratid, ont déploré l’absence, dès le début du phénomème, de structure de commandement central.
La Thaïlande, dénoncent-ils, n’a pas pris la mesure des conséquences du changement climatique. Le département météorologique est accusé de n’avoir pas anticipé des pluies aussi dévastatrices ni émis d’alerte à un niveau suffisamment élevé. Il a fallu attendre mardi pour que le premier ministre, Anutin Charnvirakul, décrète l’état d’urgence dans la province de Songkhla. Le commandant suprême de l’armée, le général Ukrit Boontanon, a été nommé coordinateur en chef des opérations de secours.
[Source: Le Monde]