Pour Victor Crouin, la route vers les JO de Los Angeles 2028 passe par les championnats du monde de squash en Egypte
Le Toulonnais de 26 ans, numéro cinq mondial dans sa discipline, est déjà tout entier tourné vers l’échéance olympique. Dans sa préparation, les Mondiaux de squash, qui commencent à Gizeh, vendredi, représentent une étape importante.
Depuis le 16 octobre 2023, et l’ajout du squash au programme des Jeux olympiques (JO) après quatre candidatures infructueuses, Victor Crouin n’a qu’une obsession : réussir sa ruée vers l’or, à l’occasion des JO de Los Angeles (Californie), à l’été 2028. Cependant, pour briller sous les projecteurs hollywoodiens – le tournoi olympique de ce sport de raquette se déroulera dans les studios de cinéma de la société Universal –, le Toulonnais de 26 ans doit encore franchir plusieurs étapes.
Les championnats du monde de squash à Gizeh (Egypte), du vendredi 8 au samedi 16 mai, ne représentent que le premier cap, mais celui-ci est essentiel dans sa préparation aux Jeux. Car, pour satisfaire aux critères de l’Agence nationale du sport (ANS) et être soutenu financièrement, un athlète doit justifier de résultats lors de compétitions de référence. « Pour l’ANS, les championnats du monde en font partie », observe celui qui n’a encore jamais dépassé le stade des huitièmes de finale en sept participations aux Mondiaux.
En Egypte, Victor Crouin, numéro cinq mondial – le meilleur classement de sa carrière –, nourrit l’ambition de faire mieux et de rallier au moins le dernier carré. « Jusque-là, le championnat du monde n’avait pas autant d’importance à mes yeux que les autres tournois de la saison. J’étais encore dans une démarche où je disputais beaucoup de tournois. Ces deux dernières années, j’ai revu mes objectifs et l’ambition olympique prédomine », assure-t-il.
Dans cette montée en puissance, le Français peut compter sur son père, qui est également son coach. Enfant, Victor Crouin avait commencé par le tennis, avant de rejoindre définitivement l’école de squash, où Emmanuel Crouin était bénévole. « Je l’ai suivi jusqu’à maintenant, confie ce dernier. On a fait nos classes ensemble puisque je n’étais pas professeur de squash ni entraîneur professionnel. »
Diplômé de l’université Harvard
Le père a suivi les conseils de Paul Sciberras, ancien coach de Thierry Lincou, champion du monde 2004 et ex-numéro un mondial. « J’ai eu la chance de le connaître. C’est le seul Français à avoir écrit plusieurs livres sur le squash. Il prônait le double projet et ça m’a beaucoup parlé », témoigne Emmanuel Crouin, qui n’a jamais transigé sur l’importance des études. « Mes parents utilisaient le sport comme une carotte dans le cadre de l’école », se remémore Victor Crouin.
A 18 ans, grâce à ses rencontres sur le circuit junior, le Toulonnais a l’occasion d’intégrer l’une des huit universités de l’Ivy League, ces institutions du nord-est des Etats-Unis réputées pour la qualité de leur enseignement et l’excellence de leur programme de squash. Son choix se porte sur Harvard, qui avait accueilli par le passé Ali Farag, le quadruple champion du monde égyptien, son « inspiration principale ». « On a la chance de pratiquer un sport de classes aisées. Les universités offrent ainsi accès aux meilleurs entraîneurs et aux meilleures infrastructures », détaille Victor Crouin, diplômé en économie de la prestigieuse université américaine.
Sur le terrain, le Français se démarque rapidement des autres joueurs. « Je n’ai pas les qualités physiques et la puissance de certains. J’ai toujours été plus petit que les autres. C’est aussi ce qui m’a permis de développer des forces tactiques et une intelligence de jeu qui font toute ma force aujourd’hui », estime-t-il. Lors d’une visite à Harvard, Ali Farag est impressionné par Victor Crouin, qui « étudie le squash sous tous ses aspects. C’est un “nerd” [intellectuel] de ce sport, au sens positif du terme ».
« Sur 100 jeunes joueurs, je n’aurais pas misé sur Victor quand il avait 18 ans en disant qu’il allait devenir numéro cinq mondial. Mais il est allé au-delà de ses capacités, il s’est construit et je respecte cela plus que tout », analyse le récent retraité. « Mon état d’esprit et mon professionnalisme dès le plus jeune âge m’ont servi. C’est aussi un talent en soi de réussir à être organisé et discipliné », juge Victor Crouin.
« Les Jeux sont tout en haut pour moi »
Pour élaborer son plan de bataille olympique, le Toulonnais a mis à profit cette organisation presque militaire. « J’ai été surpris de voir qu’il y avait encore peu de joueurs qui avaient fait des JO leur objectif principal. On doit être trois ou quatre dans ce cas. La plupart sont dans une démarche de court terme, à courir après les cachets », affirme-t-il. Lui a déjà diminué sa participation aux tournois, pour enchaîner des phases d’entraînement plus longues. « Les Jeux sont tout en haut pour moi, sachant que l’on n’est pas certains d’être présents au programme des JO de Brisbane [Australie]2032. »
Sa préparation l’a conduit à disputer les Jeux mondiaux, une compétition réservée aux sports non olympiques, en 2022 et 2025 – il a remporté le tournoi de squash de la dernière édition, à Chengdu (Chine). Suivant une démarche plus globale, Victor Crouin a également multiplié les rencontres avec des athlètes de diverses disciplines, dans le cadre d’un rassemblement organisé par le Comité national olympique et sportif français, et s’est aussi déplacé à Montpellier pour s’entretenir avec les frères Alexis et Félix Lebrun, vedettes du tennis de table. « On a discuté de la préparation olympique et de la manière dont ils ont vécu l’événement sur place », déclare-t-il.
A l’approche des JO de Los Angeles 2028, Emmanuel Crouin continue « d’inculquer à Victor le fait que les joueurs ont des droits mais aussi des devoirs, comme ceux de décrocher des médailles pour leur pays et de disputer les championnats nationaux ». « C’est normal, il a fréquenté trois ans le pôle fédéral pendant ses études et a bénéficié d’un peu de subventions », avance-t-il. Une médaille en Egypte lors des Mondiaux, puis sur la côte Ouest des Etats-Unis lors des JO, serait une manière prestigieuse de remplir ses responsabilités.
[Source : Le Monde]