Derrière le bouleversement de la puberté, des mécanismes hormonaux complexes à l’œuvre

L'étape charnière de la puberté avant l’entrée dans l’âge adulte est marquée par de profondes transformations physiques et psychiques. La durée moyenne des changements physiques dure entre quatre et six ans.

Jan 28, 2026 - 13:34
Derrière le bouleversement de la puberté, des mécanismes hormonaux complexes à l’œuvre

Entre l’enfance et l’âge adulte, la puberté constitue une période de profonds bouleversements physiques et psychiques, orchestrés par les variations hormonales. Comment s’organise ce grand chamboulement ? Abordée avec humour au cinéma par Riad Sattouf dans Les Beaux Gosses (2009), la puberté peut être définie de différentes façons. Pour les biologistes, « elle correspond à l’augmentation de la sécrétion de l’hormone GnRH, par l’hypothalamus, lequel vient alors stimuler l’hypophyse », explique Jean-Claude Carel, chef du service endocrinologie et diabétologie pédiatriques à l’hôpital Robert-Debré (AP-HP), à Paris.

Sur le plan clinique, c’est plus concret : « Tout commence par le développement des seins chez les filles », soit le passage du stade 1 (pas de seins du tout) au stade 2 (apparition d’un léger bourgeon mammaire) de l’échelle de Tanner (une classification médicale qui décrit les différentes étapes du développement pubertaire), précise le professeur Carel. Chez les garçons, « c’est plus discret : c’est l’augmentation du volume des testicules ». Dans cette série en deux épisodes (le second sera publié le 1er février), nous nous sommes concentrés sur les filles et les garçons, sans inclure, faute de données, les personnes qui naissent avec des caractéristiques sexuelles (chromosomes, hormones, organes génitaux) qui ne correspondent pas aux définitions types des corps féminins ou masculins, et sont appelées intersexes.

La durée moyenne des changements liés à la puberté est de quatre à six ans, avec une très grande variabilité selon les personnes.

La période d’apparition de la puberté diffère entre les sexes : entre 8 et 13 ans chez les filles, entre 9 et 14 ans chez les garçons. Ces fourchettes varient selon le temps, le lieu et la population.

Le début de la puberté est influencé par de multiples facteurs (la génétique, la nutrition, les facteurs environnementaux, familiaux, etc.) et par la mise en place de mécanismes hormonaux spécifiques.

L’axe gonadotrope

Le système gonadotrope s’active in utero. Après être resté en veille durant l’enfance, il se remet en marche à l’approche de l’adolescence. Il agit en quelque sorte comme un véritable chef d’orchestre de la puberté.

Tout commence dans le cerveau, plus précisément dans l’hypothalamus, zone d’échange entre le système nerveux et le système endocrinien.

Dans l’hypothalamus, des neurones dits « à kisspeptine » vont, en libérant une hormone du même nom, stimuler d’autres neurones, dits « à GnRH ». C’est un processus indispensable au déclenchement de la puberté.

Ces neurones larguent en réponse l’hormone de libération des gonadotrophines hypophysaires (GnRH) dans le réseau sanguin qui relie l’hypothalamus à l’hypophyse.

Au niveau de l’hypophyse, la GnRH active la sécrétion de l’hormone lutéinisante (LH) et de l’hormone de stimulation folliculaire (FSH). Ces deux hormones jouent un rôle central dans la régulation des fonctions de reproduction.

Les deux hormones passent ensuite dans le système sanguin et voyagent jusqu’aux gonades (organes sexuels). Chez la femme, ce sont les ovaires.

Les deux hormones passent ensuite dans le système sanguin et voyagent jusqu’aux gonades (organes sexuels). Chez l’homme, il s’agit des testicules.

Sous la stimulation de la LH et de la FSH, les ovaires se mettent à produire des hormones sexuelles : des œstrogènes, dont l’œstradiol, qui va circuler dans le système sanguin et agir entre autres sur le développement des seins et de l’utérus.

Chez le garçon, la LH active les cellules de Leydig, situées dans les testicules, qui produisent la testostérone. Cette hormone sexuelle est à l’origine de modifications physiques comme la pilosité, l’allongement de la verge, les modifications musculo-squelettiques, etc. La LH et la FSH entraînent aussi la maturation des testicules et la production des spermatozoïdes.

Tout au long de la vie, cet axe gonadotrope (qui lie l’hypothalamus, l’hypophyse et les gonades) régule le système hormonal, contrôlant les fonctions sexuelles et reproductives.

Une existence rythmée par la LH et la FSH

Les pics des hormones LH et FSH ne surgissent pas à l’adolescence. « Cette production a lieu tout au long de l’existence, mais elle va être inhibée à certains moments », note Nicolas de Roux, responsable de l’équipe Inserm « Génétique et physiologie de l’initiation de la puberté » à l’Institut Robert-Debré du cerveau de l’enfant.

Le système gonadotrope s’active très tôt, dès le développement in utero. Cela se produit au début de la période cruciale dite « des mille jours », qui va de la grossesse aux 2 ans de l’enfant. Au cours de cette période, les gonades (organes sexuels) se forment puis se différencient en testicules ou en ovaires.

Ce que l’on appelle la minipuberté dure de 0 à 3 mois chez le garçon et de 3 à 18 mois chez la fille. L’axe gonadotrope est temporairement activé durant cette phase, avec une production transitoire d’hormones sexuelles. Certains bébés garçons naissent avec un peu d’acné du nourrisson. Des bébés filles peuvent avoir les seins qui poussent légèrement vers 18 mois, ce qui n’est pas lié à une puberté précoce, rassure Jean-Claude Carel.

Pendant l’enfance, l’axe hypothalamo-hypophyso-gonadique est fortement inhibé, avec une faible sécrétion de GnRH et de LH-FSH, donc de stéroïdes sexuels. S’ensuit une réactivation pubertaire survenant généralement entre 8 et 14 ans, selon le sexe et les individus.

Le frein se lève, l’axe gonadotrope reprend son activité : la puberté démarre. La LH et la FSH vont stimuler les ovaires et les testicules, et entraîner le développement des caractères sexuels.

La fabrication pulsatile (qui se produit par pics) de la LH et de la FSH continuera, entraînant, chez la femme, la maturation d’un follicule pour la production d’ovules et, chez l’homme, la formation des spermatozoïdes.

Pour résumer, la minipuberté désigne la brève activation de l’axe gonadotrope chez le nourrisson, entraînant une production temporaire d’hormones sexuelles. Ce phénomène n’a pas de conséquences à long terme.

Ordre d’apparition des caractères secondaires

Malgré des variations dans l’âge de démarrage de la puberté, l’apparition des caractères sexuels secondaires suit toujours le même ordre :

Chez les filles, le début de la puberté est défini par le développement des glandes mammaires (thélarche). Il peut se faire de façon asymétrique et devient complet en trois à quatre ans.

Chez le garçon l’augmentation du volume des testicules, qui passent d’environ 2 à 3 millilitres à plus de 4 millilitres, marque le début de la puberté, avec également leur allongement.

L’accélération de la croissance chez les filles coïncide presque avec le démarrage pubertaire. En général, les filles atteignent leur taille définitive aux alentours de 16 ans, environ trois ans après les premières règles.

Côté garçons, le développement de la verge prend la suite du développement testiculaire.

Chez les filles, les ovaires stimulés par les hormones LH et FSH maturent.

Chez les garçons, la poussée de croissance arrive à peu près un an après les premiers signes pubertaires, pour atteindre la taille définitive du sujet vers 18 ans.

Enfin, deux à trois ans après les premiers signes pubertaires arrivent les premières règles (ménarche) chez les fille.

La mue de la voix est l’un des signes les plus tardifs chez les garçons, elle apparaît en général vers 14-15 ans.

La puberté s’accompagne de profondes métamorphoses physiques, avec le développement des glandes mammaires, chez les filles, et l’augmentation de la taille des testicules, puis de la verge chez les garçons.

Une silhouette qui change

Une phase de croissance se poursuit ensuite tout au long de l’adolescence, toujours guidée par l’action des hormones sexuelles, notamment l’axe gonadotrope.

L’œstradiol et la testostérone impulsent la sécrétion de l’hormone de croissance qui provoquera l’allongement des os par les épiphyses (extrémités).
Le corps acquiert 40 % de densité osseuse durant l’adolescence, la maturation osseuse étant plus ou moins synchrone avec le début de la puberté.
Entre le début de la puberté et la fin de la croissance, les garçons prennent en moyenne de 25 à 28 centimètre et les filles de 20 à 25 centimètres (7 centimètres/an).

Le corps ne fait pas que grandir, il s’étoffe en muscle et en graisse. C’est à ce moment que l’on note un dimorphisme anatomique : le corps féminin prend un peu plus de graisse, tandis que le corps masculin prend un peu plus de muscles en moyenne.

Avant la puberté, la masse grasse et la masse maigre sont peu ou prou équivalentes dans les deux sexes. La masse de graisse, qui est d’environ 5 % durant l’enfance, atteint entre 25 % et 28 % de la masse corporelle chez les filles. Elle passera à environ 15 % chez les garçons en fin de puberté.

En même temps que se développent les organes sexuels, les glandes surrénales maturent (adrénarche) et se mettent à sécréter des androgènes surrénaliens. Ce sont ces hormones qui contribuent en grande partie à la pilosité pubienne et des aisselles avec la production de testostérone.

L’apparition des poils pubiens est à peu près synchrone avec celle des seins chez les filles. Chez le garçon, elle apparaît un an à un an et demi après l’augmentation du volume des testicules.

Ces changements corporels s’inscrivent dans un continuum dont l’un des marqueurs les plus visibles reste l’apparition des premières règles, dont l’âge moyen a diminué au cours des siècles.

L’âge des premières règles a reculé depuis le XVIIIe siècle

L’âge des premières règles n’a cessé de baisser au cours des derniers siècles dans les pays industrialisés, même s’il tend à se stabiliser.

Une étude d’Elise de La Rochebrochard (chercheuse en santé publique à l’INED) montre déjà au XVIIIe siècle une discordance nette entre la ville et la campagne, ainsi que des différences entre campagne favorisée ou pas.

L’âge des premières règles dépend de nombreux facteurs liés au métabolisme, à l’environnement, à l’environnement psychologique, à la génétique, mais aussi à la nutrition. Manger plus sainement est associé à une apparition plus tardive des premières menstruations. En revanche, un régime pro-inflammatoire l’accélère. Les aliments ultratransformés seraient ainsi délétères de façon indirecte en raison notamment des additifs qu’ils contiennent.

Fait notable, la puberté précoce, à savoir le développement des seins avant 8 ans chez la fille et du volume des testicules avant 9 ans chez le garçon, est de plus en plus fréquente.

Outre des facteurs génétiques, l’influence de l’environnement, notamment le rôle des perturbateurs endocriniens, est fortement suspectée dans leur déclenchement. L’obésité accélère l’apparition des signes pubertaires et les régimes riches en aliments ultratransformés pourraient aussi jouer un rôle. Mais attention, prévient Jean-Claude Carel, « les petites filles qui sont en surpoids peuvent avoir un développement des seins qui n’est pas du tout une puberté précoce ». Des travaux se penchent également sur une association entre la notion de stress dans l’enfance et la survenue d’une puberté précoce.

[Source: Le Monde]