Derrière le bouleversement de la puberté, des mécanismes hormonaux complexes à l’œuvre
L'étape charnière de la puberté avant l’entrée dans l’âge adulte est marquée par de profondes transformations physiques et psychiques. La durée moyenne des changements physiques dure entre quatre et six ans.
Entre l’enfance et l’âge adulte, la puberté constitue une période de profonds bouleversements physiques et psychiques, orchestrés par les variations hormonales. Comment s’organise ce grand chamboulement ? Abordée avec humour au cinéma par Riad Sattouf dans Les Beaux Gosses (2009), la puberté peut être définie de différentes façons. Pour les biologistes, « elle correspond à l’augmentation de la sécrétion de l’hormone GnRH, par l’hypothalamus, lequel vient alors stimuler l’hypophyse », explique Jean-Claude Carel, chef du service endocrinologie et diabétologie pédiatriques à l’hôpital Robert-Debré (AP-HP), à Paris.
Sur le plan clinique, c’est plus concret : « Tout commence par le développement des seins chez les filles », soit le passage du stade 1 (pas de seins du tout) au stade 2 (apparition d’un léger bourgeon mammaire) de l’échelle de Tanner (une classification médicale qui décrit les différentes étapes du développement pubertaire), précise le professeur Carel. Chez les garçons, « c’est plus discret : c’est l’augmentation du volume des testicules ». Dans cette série en deux épisodes (le second sera publié le 1er février), nous nous sommes concentrés sur les filles et les garçons, sans inclure, faute de données, les personnes qui naissent avec des caractéristiques sexuelles (chromosomes, hormones, organes génitaux) qui ne correspondent pas aux définitions types des corps féminins ou masculins, et sont appelées intersexes.
La durée moyenne des changements liés à la puberté est de quatre à six ans, avec une très grande variabilité selon les personnes.
Le début de la puberté est influencé par de multiples facteurs (la génétique, la nutrition, les facteurs environnementaux, familiaux, etc.) et par la mise en place de mécanismes hormonaux spécifiques.
L’axe gonadotrope
Le système gonadotrope s’active in utero. Après être resté en veille durant l’enfance, il se remet en marche à l’approche de l’adolescence. Il agit en quelque sorte comme un véritable chef d’orchestre de la puberté.
Une existence rythmée par la LH et la FSH
Les pics des hormones LH et FSH ne surgissent pas à l’adolescence. « Cette production a lieu tout au long de l’existence, mais elle va être inhibée à certains moments », note Nicolas de Roux, responsable de l’équipe Inserm « Génétique et physiologie de l’initiation de la puberté » à l’Institut Robert-Debré du cerveau de l’enfant.
Pour résumer, la minipuberté désigne la brève activation de l’axe gonadotrope chez le nourrisson, entraînant une production temporaire d’hormones sexuelles. Ce phénomène n’a pas de conséquences à long terme.
Ordre d’apparition des caractères secondaires
Malgré des variations dans l’âge de démarrage de la puberté, l’apparition des caractères sexuels secondaires suit toujours le même ordre :
La puberté s’accompagne de profondes métamorphoses physiques, avec le développement des glandes mammaires, chez les filles, et l’augmentation de la taille des testicules, puis de la verge chez les garçons.
Une silhouette qui change
Une phase de croissance se poursuit ensuite tout au long de l’adolescence, toujours guidée par l’action des hormones sexuelles, notamment l’axe gonadotrope.
L’âge des premières règles a reculé depuis le XVIIIe siècle
L’âge des premières règles n’a cessé de baisser au cours des derniers siècles dans les pays industrialisés, même s’il tend à se stabiliser.
Une étude d’Elise de La Rochebrochard (chercheuse en santé publique à l’INED) montre déjà au XVIIIe siècle une discordance nette entre la ville et la campagne, ainsi que des différences entre campagne favorisée ou pas.
L’âge des premières règles dépend de nombreux facteurs liés au métabolisme, à l’environnement, à l’environnement psychologique, à la génétique, mais aussi à la nutrition. Manger plus sainement est associé à une apparition plus tardive des premières menstruations. En revanche, un régime pro-inflammatoire l’accélère. Les aliments ultratransformés seraient ainsi délétères de façon indirecte en raison notamment des additifs qu’ils contiennent.
Fait notable, la puberté précoce, à savoir le développement des seins avant 8 ans chez la fille et du volume des testicules avant 9 ans chez le garçon, est de plus en plus fréquente.
Outre des facteurs génétiques, l’influence de l’environnement, notamment le rôle des perturbateurs endocriniens, est fortement suspectée dans leur déclenchement. L’obésité accélère l’apparition des signes pubertaires et les régimes riches en aliments ultratransformés pourraient aussi jouer un rôle. Mais attention, prévient Jean-Claude Carel, « les petites filles qui sont en surpoids peuvent avoir un développement des seins qui n’est pas du tout une puberté précoce ». Des travaux se penchent également sur une association entre la notion de stress dans l’enfance et la survenue d’une puberté précoce.
[Source: Le Monde]