Le pickleball, le sport qui rend actifs (et accros) les retraités américains
Ce jeu de raquette est pratiqué par des millions d’Américains de plus de 60 ans. Fun et très accessible, la discipline constitue un rempart contre la solitude et la sédentarité.
Des stations balnéaires de l’Oregon aux cours des fermes amish de Pennsylvanie, des villes cossues du Maryland aux aires de jeu de Philadelphie (Pennsylvanie), c’est partout le même bruit qui résonne : celui d’une balle en plastique légère, frappée par une raquette. Le pickleball, ce sport au nom un peu loufoque (pickle signifie « cornichon »), a été inventé en 1965 dans l’Etat de Washington, sur la côte Pacifique, par deux amis qui cherchaient à occuper leurs enfants. Ils ont posé un filet de badminton au niveau du sol, utilisé des raquettes de tennis de table faute de mieux et commencé à jouer, ajustant les règles au fur et à mesure. Aujourd’hui, cette discipline est particulièrement prisée des seniors américains.
« En 2012, un ami m’a proposé de jouer au pickleball et je lui ai dit que je ne jouerais jamais à un sport avec un tel nom, se souvient Dennis Poppe, 72 ans. Finalement, je m’y suis mis en 2017 et ça a été une révélation. J’ai perdu 25 kilos alors que je ne cherchais pas à maigrir. Je ne prends aucun médicament alors que j’ai été en surpoids presque toute ma vie et diagnostiqué prédiabétique. » Aujourd’hui, il joue plusieurs fois par semaine et ne voyage jamais sans glisser une raquette et des baskets dans son sac. « Contrairement au tennis, le pickleball est un sport social. Si je m’approche d’un court, les joueurs vont me proposer de les rejoindre. Et si vous commencez à disputer des tournois, c’est comme les conventions Star Trek : vous finissez par connaître tout le monde ! »
Cette discipline est particulièrement adaptée aux seniors. Les dimensions du terrain, 13,4 mètres de long sur 6,1 mètres de large (on peut en installer quatre sur un court de tennis), limitent les déplacements intenses. C’est donc moins sollicitant au niveau cardiaque et moins violent pour les articulations. Et c’est bien ce qui a séduit Phil Meadows, 70 ans.
Après avoir longtemps joué au tennis, le septuagénaire a été contraint par son âge de changer de raquette. Mais cet habitant de Virginia Beach (Virginie) y a trouvé son bonheur : « Après une partie, vous allez boire un café, déjeuner au restaurant, vous connaissez la famille des gens avec qui vous jouez souvent. Quelqu’un qui joue depuis deux semaines pourra s’amuser avec quelqu’un qui joue depuis trois ans. Au tennis, c’est impossible. Le plus souvent, vous jouez dehors, c’est bon pour la santé et pour votre espérance de vie. Et vous n’avez pas besoin d’être un athlète de classe mondiale pour vous amuser. » Autre point positif plus, le pickleball est un sport mixte. « Ma femme joue sept jours sur sept. Pour la voir, j’ai dû me trouver un créneau dans son agenda ! », poursuit l’ancien tennisman dans un sourire.
Fun et bon marché – on trouve des kits de base pour moins de 30 euros – le pickleball connaît un extraordinaire essor depuis la pandémie de Covid-19. Dans son rapport annuel, la Sports and Fitness Industry Association estime que 19,8 millions d’Américains ont pratiqué au moins une fois le pickleball en 2024. L’organisation estime que la discipline a connu, ces cinq dernières années, une croissance annuelle de près de 44 %. Les adultes de plus de 65 ans représentent un peu plus d’un quart des personnes qui jouent plus de huit fois par an.
Vision, réflexion, réflexes
Pour Kieran Reid, directeur du laboratoire de physiologie de l’exercice et de performance physique au Brigham and Women’s Hospital et à la Harvard Medical School, cette « pickleball-mania » ne peut qu’être positive pour les seniors américains : « Si vous faites du vélo en salle de gym, vous n’engagez pas vraiment votre cerveau dans l’activité. Avec le pickleball, c’est différent. Vous utilisez votre vision, vous devez réfléchir à votre positionnement, utiliser vos réflexes. Et surtout, je pense que c’est l’association des aspects physiques, cognitifs, ludiques, sociaux et intergénérationnels qui explique pourquoi ce sport est en plein essor et pourquoi il a des effets bénéfiques pour les personnes âgées. »
Basketteuse assidue durant trente-cinq ans, Jen Johnson porte désormais une prothèse de genou depuis sept ans. Pourtant, elle continue de pratiquer le pickleball trois fois par semaine. « Cela me permet de me relaxer, de passer du temps avec d’autres personnes et de ne pas être dans un environnement stressant, explique cette femme de 63 ans, habitant en Caroline du Nord. Vous pouvez facilement organiser une partie pendant votre pause déjeuner et c’est beaucoup moins cher et chronophage que le golf. » La pose prochaine d’une prothèse de hanche ne l’empêchera pas de continuer à jouer.
Prescott Jones redoute en revanche la retraite sportive. A 95 ans, ce Californien se contente désormais de quelques échauffements hebdomadaires avec sa femme. Souffrant d’une dégénérescence maculaire de l’œil gauche, il a du mal à appréhender la profondeur. S’il passe désormais plus de temps à regarder jouer ses nouveaux amis, il reste un excellent promoteur du pickleball : « Je le recommande aux nouveaux arrivants de mon quartier. Il offre un bon complément d’exercice physique et permet de rester en forme. »
« Une résidence pour seniors près de chez moi propose des initiations, complète Jen Johnson, membre du bureau de l’USSP, la fédération américaine de pickleball pour les seniors ; 40 % des résidents ont déjà joué, nous avons l’ambition d’atteindre les 100 %. »
Mais ce sport commence à être victime de son succès et il peut parfois être difficile de trouver des terrains disponibles. « Il n’est pas rare d’avoir 200 joueurs le week-end dans mon club », fait remarquer Phil Meadows. « Nous commençons à avoir des problèmes d’infrastructures », abonde Dennis Poppe. Si plus de 68 000 courts sont recensés aux Etats-Unis, un nombre qui a triplé en cinq ans, la polyvalence de certaines installations permet d’en ajouter : « En journée, nous utilisons la salle de rink hockey [discipline proche du hockey sur glace mais se pratiquant avec des patins à roulettes], raconte Jen Johnson. Les entraînements ont lieu le soir, elle est donc inutilisée 80 % du temps. » « Dans mon club, on installe parfois des courts sur le parking ! », renchérit Kieran Reid. Tout un symbole au pays de la voiture reine.
[Source: Le Monde]