Le Medef exhume le smic-jeunes et le contrat première embauche

Pour faciliter le recrutement de ceux qui entrent dans le monde du travail, le mouvement patronal vient de dévoiler des propositions très proches de projets de réforme portés par la droite, il y a vingt à trente ans, et écartés sous la pression de la rue.

Jan 31, 2026 - 13:02
Le Medef exhume le smic-jeunes et le contrat première embauche
Des apprentis tailleurs de pierre, dans un atelier du lycée professionnel Hector-Guimard, à Paris, le 17 janvier 2025. THOMAS SAMSON/AFP

Des idées anciennes pour faciliter le recrutement des jeunes. Mercredi 28 janvier, le Medef a dévoilé des propositions sur l’emploi de cette catégorie de la population lors d’une rencontre qui a eu lieu dans son siège national, avenue Bosquet, à Paris, avec deux autres organisations patronales – la Confédération des petites et moyennes entreprises, l’Union des entreprises de proximité – et les cinq principaux syndicats (CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT, FO). Révélées par l’agence de presse AEF, certaines de ces pistes comportent de grandes similitudes avec des projets controversés de réforme défendus, il y a deux à trois décennies, par des gouvernements de droite : le contrat première embauche (CPE) et le contrat d’insertion professionnelle (CIP) – aussi appelé « smic-jeunes ».

La réunion de mercredi obéit à la volonté des acteurs sociaux de se doter d’un « agenda autonome », c’est-à-dire un programme de négociations élaboré à leur initiative et conduit sans immixtion de l’Etat. Début juin 2025, ils avaient déjà eu un temps d’échange dans cette optique et avaient commencé à inventorier des thèmes possibles de réflexion collective – dont l’emploi des jeunes. Le président du Medef, Patrick Martin, tient beaucoup à ce que ce sujet soit abordé. Il en parle presque systématiquement, à l’occasion d’interventions médiatiques ou, plus récemment, lors de ses vœux pour 2026 présentés, le 12 janvier, au Conseil économique, social et environnemental.

D’après lui, il s’agit d’une problématique trop peu présente dans le débat public alors qu’elle est décisive pour l’avenir du pays et requiert des actions énergiques, l’insertion professionnelle des vingtenaires étant moins bonne dans l’Hexagone que chez plusieurs de nos voisins.

Desserrer « certains verrous »

C’est dans cet état d’esprit qu’il a remis, mercredi, à ses homologues patronaux et aux responsables syndicaux une note de dix pages qui vise à favoriser l’embauche de cette tranche d’âge. Plusieurs options sont mises en avant pour « créer un cadre de relation de travail adapté à tous les jeunes entrant sur le marché de [l’emploi] », en particulier ceux qui ne sont ni dans le système éducatif, ni en formation, ni en activité. Parmi les solutions évoquées, il y a l’« allongement de la période d’essai » – ce laps de temps durant lequel l’entreprise (ainsi que le salarié) peut mettre un terme à la relation de travail. Le document cite l’exemple italien du « contrat à droits progressifs », qu’il est possible de rompre « sans motif pendant les trois premières années ». Une logique assez comparable à celle du CPE : portée en 2006 par le gouvernement de Dominique de Villepin, cette réforme avait suscité une forte contestation sociale, avant d’être abandonnée.

L’argumentaire du Medef précise que, en cas de séparation des deux parties, le dispositif prévoirait « une indemnisation croissante en lien avec l’ancienneté du salarié ». L’employeur serait, en outre, soumis à une « obligation de formation spécifique » de sa recrue. Selon le Medef, un tel mécanisme permettrait d’inciter les dirigeants de société à « embaucher des jeunes sans craindre les contentieux », dans l’hypothèse d’une rupture, « et en ayant une certaine visibilité sur le coût de celle-ci ». Le bilan en Italie de cette mesure serait positif, à en croire l’organisation de Patrick Martin.

Le premier mouvement patronal suggère également de s’attaquer à « certains verrous » en vigueur pour pouvoir signer des contrats à durée limitée (CDD, intérim). Ainsi, le recours à ces formes d’emploi n’aurait plus, comme aujourd’hui, à être justifié pour les moins de 30 ans. Le délai de carence, qui s’impose actuellement entre deux contrats, serait, par ailleurs, supprimé. Autres scénarios envisagés : aller « au-delà de la durée légale de droit commun de dix-huit mois »pour ce type d’emploi et autoriser plus de deux renouvellements.

« Gamberge néolibérale »

Enfin, le Medef pense qu’il convient de poser la question de la rémunération de ceux qui pénètrent pour la première fois dans le monde du travail. Soulignant que l’embauche de cette catégorie peut « parfois » être freinée « par le niveau du smic », il préconise d’envisager « la possibilité d’adapter » le montant du salaire minimum « pour un public cible, sur une durée limitée et, potentiellement, par la négociation collective ». Un schéma qui ressemble au CIP : défendu en 1994 par le gouvernement d’Edouard Balladur, ce projet avait, là aussi, été écarté sous la pression de la rue.

Ces préconisations n’ont pas été débattues mercredi, les protagonistes consacrant l’essentiel de la réunion à l’assurance-chômage, aux retraites complémentaires du privé Agirc-Arrco et à la conférence « Travail, emploi, retraites » qui se déroule vendredi à Paris. Cependant, les premiers commentaires, du côté syndical, s’avèrent, sans surprise, très négatifs. François Hommeril, le président de la CFE-CGC, estime que de telles pistes constituent des « poncifs éculés et populistes ». Il dit être d’accord avec Patrick Martin quand celui-ci affirme que l’emploi des jeunes doit être une grande cause nationale, mais ce dossier doit, selon le numéro un de la centrale des cadres, « être traité sérieusement », et non pas sous le prisme d’une « gamberge néolibérale ».

Au Medef, on explique que le document distribué mercredi a un caractère « plus que préparatoire ». « Ce sont des points qu’il nous semble utile de placer dans la réflexion, mais ils ne présagent en rien de la suite des discussions », complète la direction de l’organisation patronale.

[Source: Le Monde]