100 Kurdes non syriens retournent dans le bastion du PKK à Qandil dans le cadre de l'accord entre les FDS et Damas

Le transfert des combattants non syriens du PKK vers les montagnes de Qandil en Irak fait suite à un accord conclu entre les FDS et Damas sous l'égide des États-Unis, visant à apaiser les tensions et à maintenir les forces kurdes sous le contrôle de l'armée nationale.

Fév 11, 2026 - 11:07
100 Kurdes non syriens retournent dans le bastion du PKK à Qandil dans le cadre de l'accord entre les FDS et Damas
Le commandant en chef des FDS, Mazlum Kobane (à gauche), rencontre Nechirvan Barzani, président de la région du Kurdistan irakien, le 5 février 2026. — Présidence de la région du Kurdistan irakien

Au moins 100 militants non syriens appartenant au Parti des travailleurs du Kurdistan, organisation interdite, ont traversé la frontière syrienne pour rejoindre la région du Kurdistan irakien, puis se sont rendus au quartier général de l'organisation dans les montagnes de Qandil, à la frontière entre l'Irak et l'Iran, ont déclaré à Al-Monitor trois sources bien informées et proches du dossier. L'exfiltration des rebelles, facilitée par les autorités kurdes irakiennes, est conforme à l'accord d'intégration négocié par les États-Unis et signé le 30 janvier entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) dirigées par les Kurdes et le gouvernement intérimaire du président syrien Ahmed al-Sharaa.

Cet accord, qui est une version révisée d'un accord précédent signé le 18 janvier, a amélioré les conditions pour les FDS et mis fin à plusieurs semaines d'affrontements entre les deux parties qui ont fait des dizaines de morts et ont vu l'entité dirigée par les Kurdes dans le nord-est de la Syrie perdre plus de 80 % des territoires sous son contrôle. Selon les termes de l'accord amendé, les FDS conservent quatre brigades, bien que sous le commandement général de l'armée nationale syrienne, une exigence clé des Kurdes visant à apaiser leurs préoccupations en matière de sécurité.

La Turquie s'est fermement opposée au maintien des FDS, quelle que soit leur taille ou leur forme, en raison de leurs liens avec le PKK, qui a combattu l'armée turque pour obtenir l'autonomie en Turquie jusqu'à l'été dernier. C'est à ce moment-là qu'il a annoncé qu'il se dissolvait et renonçait à son combat de quatre décennies, en réponse aux ordres de son leader emprisonné, Abdullah Öcalan.

Le processus de transfert des éléments non syriens du PKK vers le Kurdistan irakien a été lancé après une réunion le 22 janvier entre Nechirvan Barzani, président de la région du Kurdistan irakien, et le commandant en chef des FDS, Mazlum Kobane, ont indiqué les sources interrogées par Al-Monitor. M. Barzani, qui a joué un rôle clé en coulisses pour aplanir les divergences entre toutes les parties prenantes, a déclaré à M. Kobane que cela constituerait une étape cruciale pour instaurer la confiance. M. Kobane a donné son accord. Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, et le chef des services de renseignement turcs, Ibrahim Kalin, se sont dits « extrêmement satisfaits » d'apprendre l'accord de M. Kobane, a déclaré l'une des sources. Cette décision a probablement contribué à assouplir la position de la Turquie concernant la création des quatre brigades des FDS.

Le nombre exact de militants du PKK non syriens reste incertain, mais leur transfert est en cours, ont déclaré les sources, sans fournir plus de détails. Kobane et de nombreux autres dirigeants kurdes syriens gouvernant le nord-est de la Syrie occupaient des postes influents au sein du PKK avant de retourner en Syrie au début du conflit civil en 2011 pour y organiser les forces de défense kurdes et protéger la population civile kurde.

Le ministre des Affaires étrangères de facto des Kurdes syriens, Ilham Ahmed, a rencontré des responsables des services de renseignement turcs depuis le début des efforts de la Turquie pour conclure un accord durable avec ses propres Kurdes, lancé au printemps 2024 et impliquant pour la première fois des discussions directes avec Ocalan. Ocalan était censé non seulement démanteler le PKK, mais aussi user de son influence sur les FDS pour qu'elles fassent de même. Ocalan n'a pas lancé un tel appel aux FDS, du moins pas publiquement.

Si l'accord du 18 janvier avait été respecté, les FDS auraient effectivement capitulé devant toutes les exigences de Sharaa et d'Ankara. Mais le président Donald Trump a joué un rôle clé pour amener Ankara et Damas à assouplir l'accord lors d'appels téléphoniques séparés passés à Sharaa et au président turc Recep Tayyip Erdogan le 28 janvier. Les exhortations de Barzani à Kobané pour qu'il accepte le nouvel accord, ainsi que les pressions similaires exercées par l'envoyé américain en Syrie, Tom Barrack, ont abouti à la signature de l'accord du 30 janvier.

Le dégel qui s'opère entre Ankara et les FDS pourrait finalement conduire les Kurdes de Syrie et la Turquie à collaborer de manière à contrebalancer l'alliance de plus en plus étroite entre l'Arabie saoudite et Sharaa. Si tout se passe comme prévu, la paix entre la Turquie et les Kurdes de Syrie pourrait constituer la base d'une sphère d'influence turque en expansion englobant les Kurdes de Turquie, de Syrie et d'Irak, avec des dividendes économiques et stratégiques pour tous.

L'hostilité persistante de la Turquie envers les FDS a conduit les forces turques à mener trois incursions militaires visant à paralyser l'entité dirigée par les Kurdes dans le nord-est de la Syrie. L'effondrement du régime du dictateur syrien Bachar al-Assad en décembre 2024 a inauguré un nouvel équilibre des pouvoirs qui a affaibli les Kurdes et anéanti leurs espoirs d'un accord fédéral similaire à celui conclu entre les Kurdes d'Irak et Bagdad.

Toutefois, du côté positif, l'unité kurde transfrontalière est en hausse. L'oncle et beau-père de Barzani, Masoud, qui est le président du PDK et le grand homme de la politique kurde dans le monde entier, en est devenu le visage public, défendant la cause de ses frères syriens lors de plusieurs appels téléphoniques avec Sharaa tout en nouant des liens solides avec Kobané.

Les deux hommes se sont à nouveau rencontrés le 6 février à Erbil, où Kobané a également rencontré Nechirvan Barzani ainsi que le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot.

[Source : Al-Monitor – traduit par EDGE news]