Les Bleus du snowboardcross piégés par les lois de l’aérodynamique aux JO 2026 : « C’est horrible »

Le Gapençais Aïdan Chollet a fini dernier de la finale olympique après avoir pourtant mené la course jusqu’à quelques dizaines de mètres de l’arrivée. Au total, trois Français s’étaient qualifiés en demi-finales, et ont terminé 4ᵉ, 5ᵉ et 6ᵉ.

Fév 13, 2026 - 09:51
Les Bleus du snowboardcross piégés par les lois de l’aérodynamique aux JO 2026 : « C’est horrible »
Les Autrichiens Alessandro Haemmerle (dossard bleu) et Jakob Dusek (dossard jaune), le Canadien Eliot Grondin (dossard vert) et le Français Aïdan Chollet (dossard rouge) lors de la finale olympique de snowboardcross, le 12 février 2026 à Livigno (Italie). LINDSEY WASSON / AP

Et soudain l’improbable. Aïdan Chollet était en tête de la finale olympique de snowboardcross, jeudi 12 février, à Livigno (Italie). Il restait un virage à négocier, une dernière ligne droite à dévaler. Une formalité en temps normal. Sauf qu’aux Jeux, la normalité n’a pas sa place. Le jeune Français a alors vu ses adversaires le dépasser les uns après les autres, grâce au phénomène d’aspiration généré dans les derniers mètres de la course.

Moins rapide, Aïdan Chollet est, en quelques secondes, devenu spectateur de la bataille finale, remportée par l’Autrichien Alessandro Haemmerle, devant le Canadien Eliot Grondin et un autre Autrichien, Jakob Dusek. Les Français, eux, ont fait un joli tir groupé, mais au pied du podium. Derrière Aidan Chollet (21 ans), dernier de la grande finale, Loan Bozzolo (26 ans, vice-champion du monde 2025) terminait cinquième, et Jonas Chollet, le petit frère de 17 ans, sixième. Forcément rageant.

« C’est horrible », lâchait Aïdan Chollet, interrogé sur la cruauté du scénario final. L’entraîneur des Bleus, Kevin Strucl, avait lui aussi du mal à l’accepter : « Les gars ont montré de super belles choses, ça méritait un petit peu mieux. Après, ça fait partie du sport aussi mais 4e, 5e, 6e, c’est dur à digérer. »

L’histoire aurait pu être belle. Trois Français dans la même demi-finale – Merlin Surget a été éliminé en quarts –, dont les deux frères Chollet, qui avaient déjà goûté au bonheur de monter ensemble sur un podium en Coupe du monde, à Cervinia (Italie), à la mi-décembre. Jonas, alors vainqueur, devant son aîné Aïdan. Mais jeudi, à Livigno, l’Autrichien Haemmerle a gâché la fête familiale, en jetant son snow sur la ligne après avoir, déjà, joué avec l’aspiration des Français.

« C’est un parcours médiocre »

« Ça fait six ou sept ans que le snowboardcross est comme ça. C’est un peu chiant, mais il faut s’y faire », soufflait Aïdan Chollet, fataliste mais « fier » de sa première expérience olympique. Il avait pourtant réalisé le meilleur temps des qualifications et survolé toutes les manches jusqu’à la finale. Ne fallait-il pas alors changer de stratégie ? Partir dans la position du chasseur, et bondir dans les derniers mètres ? Pas question, balayait le Gapençais, qui ne conçoit la course qu’en partant devant et en tête jusqu’à la ligne d’arrivée. Voilà son style. Son coéquipier Loan Bozzolo, lui, concédait à demi-mot qu’il faudrait peut-être à l’avenir revoir la tactique. « Jouer un peu derrière comme Alessandro et attendre le bon moment pour appuyer et remporter une médaille d’or », décrivait-il.

« Les parcours sont de plus en plus faciles ; c’est donc de plus en plus dur pour ceux qui sont techniques de faire des différences », observait le coach Kevin Strucl. « Ce serait mieux d’avoir un peu plus de modules, ça rajouterait un petit peu de challenge au parcours », ajoutait-il, tout en reconnaissant, comme Loan Bozzolo, que les meilleurs ont toutefois gagné, jeudi à Livigno. Il y a quatre ans, en Chine, Alessandro Haemmerle et Eliot Grondin avaient déjà fini champion et vice-champion olympiques.

Pierre Vaultier, lui, ne décolérait pas. « C’est un parcours médiocre qui ne met pas en valeur les qualités techniques des snowboardeurs », fustigeait le double champion olympique 2014 et 2018 de la discipline. Le Français, qui commente désormais les épreuves pour France Télévisions, se souvenait de tracés glacés, engagés, qui récompensaient les meilleurs snowboardeurs, au cœur bien accroché. « Aïdan fait tout bien, une course parfaite et… Maintenant il faut passer à autre chose », évacuait le Briançonnais.

Ils en auront l’occasion dès dimanche. Après la course féminine vendredi, les Bleus du snowboardcross pourraient se racheter dans l’épreuve par équipes mixtes. Une nouvelle chance de médailles. Une nouvelle occasion aussi de réviser les lois de l’aérodynamique. Et de se rappeler que le plus rapide sur une planche n’est pas forcément celui qui gagne.

[Source: Le Monde]