Un an après la Conférence de Munich sur la sécurité, que reste-t-il du discours hostile de J. D. Vance contre l’Europe ?

Le 14 février 2025, devant le gotha diplomatico-militaire occidental réuni en Allemagne, le vice-président américain faisait son entrée sur la scène politique internationale en prononçant un discours d’une agressivité inédite à l’égard des dirigeants européens. Retour sur un moment décisif de la rupture entre le Vieux Continent et les Etats-Unis.

Fév 13, 2026 - 10:01
Un an après la Conférence de Munich sur la sécurité, que reste-t-il du discours hostile de J. D. Vance contre l’Europe ?
MSC/CONZELMANN

Le diplomate allemand a posé une main sur sa poitrine, comme s’il était soudain conscient que l’histoire venait de le frapper en plein cœur. Sur l’estrade de la Conférence de Munich sur la sécurité, ce 16 février 2025, face à un auditoire de ministres, de militaires et d’experts en géopolitique, Christoph Heusgen s’effondre. Les larmes surgissent. L’ancien conseiller diplomatique de la chancelière Angela Merkel, ancien ambassadeur auprès des Nations unies (ONU), fait ses adieux.

Cette conférence, parfois comparée au Festival de Cannes du gotha diplomatico-militaire occidental, qu’il préside depuis 2022 est, pour lui, la dernière. Mais, dans la salle du Bayerischer Hof, le palace Art déco qui accueille l’événement, le public comprend que le patron de la conférence dit aussi adieu à un monde où l’Europe et les Etats-Unis prétendaient faire triompher ensemble la paix et la démocratie. « Cela devient difficile », dit M. Heusgen, la voix chevrotante, redoutant que le Vieux Continent n’ait plus « en commun un certain nombre de valeurs » avec son allié américain.

Deux jours avant, en moins de vingt minutes, le vice-président américain, J. D. Vance, a plongé l’Europe dans la stupeur, provoquant un schisme dans la relation transatlantique. « La menace qui m’inquiète le plus vis-à-vis de l’Europe n’est pas la Russie, ce n’est pas la Chine, ce n’est aucun autre acteur extérieur. Ce qui m’inquiète, c’est la menace intérieure : le recul de l’Europe sur certaines de ses valeurs les plus fondamentales. Des valeurs partagées avec les Etats-Unis », lance le représentant de la Maison Blanche, dans un discours égrenant fantasmes et contre-vérités sur les entorses à la liberté d’expression au sein du Vieux Continent.

L’auditoire se fige. Le langage corporel, plus que les mots, raconte l’effarement d’une salle comme prise de tétanie. Le sol semble se dérober sous les pieds de ce public d’experts, habitués à la retenue coutumière des grands sommets. « Inacceptable ! », s’étrangle, dans les premiers rangs, le ministre de la défense allemand, Boris Pistorius.

Dans son discours, J. D. Vance décrit l’Europe comme infestée de l’intérieur. La Russie de Vladimir Poutine, autocrate nostalgique de la grandeur de l’URSS, qui a envahi l’Ukraine en février 2022, est reléguée à une menace de second rang. Le vice-président américain préfère s’effrayer de l’« immigration de masse », enjoignant aux dirigeants européens de cesser leurs politiques d’accueil des étrangers pour, dit-il, « donner une nouvelle direction à notre civilisation commune ».

Cette charge fait l’effet d’un « coup de poing dans le ventre », raconte un ambassadeur européen de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) présent. A Munich, l’Europe a pris brutalement conscience de sa solitude, interprétant le discours comme le premier grand moment de rupture de la relation Europe - Etats-Unis. « Le monde est entré dans une ère de destruction politique (…). L’ordre international d’après-guerre, dessiné par les Etats-Unis après 1945, est aujourd’hui en train de s’effondrer », déplorent, un an plus tard, les organisateurs de la Conférence de Munich sur la sécurité, alors qu’une soixantaine de chefs d’Etat et de gouvernement sont attendus dans la ville allemande du 13 au 15 février. Cette fois, le secrétaire d’Etat américain, Marco Rubio, devrait y représenter les Etats-Unis.

Elan messianique

J. D. Vance est l’un des artisans les plus zélés de cette démolition de l’ordre ancien. En cette mi-février 2025, à Munich, tel un professeur, le numéro deux de la première puissance mondiale liste, un à un, les griefs adressés au Vieux Continent. Le regard plein de morgue, il s’exaspère de l’annulation de l’élection présidentielle en Roumanie, le 6 décembre 2024, après que la plus haute juridiction roumaine a détecté plus de 85 000 cyberattaques pour favoriser le candidat d’extrême droite et prorusse Calin Georgescu. Puis il cible le Royaume-Uni, allié historique des Etats-Unis. J. D. Vance décrète l’Europe coupable d’un péché mortel : avoir osé contrarier la diffusion de pensées réactionnaires.

« What the fuck is this ? » (« C’est quoi ce bordel ? »), s’insurge dans le parterre le rédacteur en chef de la revue américaine Foreign Affairs, Daniel Kurtz-Phelan. Au fond de la salle bondée, Thomas Gomart se pince. « Je ne suis pas à Munich, je suis à Valdaï ! », pense intérieurement le directeur de l’Institut français des relations internationales, faisant référence à la grand-messe annuelle où Vladimir Poutine distille son venin contre un Occident jugé dépravé.

L’historien des relations internationales était déjà à Munich, en 2007, quand ce dernier avait choqué la même assemblée. Dans un discours en russe, le chef du Kremlin avait assumé son agressivité envers l’Europe. L’ancien officier du KGB s’en était pris à l’élargissement de l’OTAN, présenté comme une menace existentielle pour Moscou. « Personne ne se sent plus en sécurité », avait déclaré M. Poutine, laissant présager des représailles contre ses voisins de l’Ouest. A l’époque, personne n’avait voulu voir le danger.

Dix-huit ans plus tard, la même stupéfaction saisit l’assistance qui observe, interdite, le discours de J. D. Vance monter crescendo. « Si vous craignez vos propres électeurs, l’Amérique ne peut rien faire pour vous », dit-il, désignant les commissaires européens tels des komissar (« commissaire ») soviétiques obsédés par la censure. Les lois européennes, contrairement à la conception américaine du free speech (« liberté d’expression »), interdisent l’incitation à la violence et à la haine.

Une entrave à la liberté d’une parole que les Européens jugeraient déplaisante, estime J. D. Vance. « Ce qui, bien sûr, nous ramène à Munich – où les organisateurs de cette conférence ont interdit aux députés représentant les partis populistes de gauche et de droite de participer à ces conversations », confie l’Américain en référence au statut de persona non grata réservé à Alice Weidel, petite-fille d’un magistrat nazi devenue la patronne du parti d’extrême droite Alternative für Deutschland (AfD).

Un parti qui dénonce la « perpétuation d’une névrose » autour du nazisme, prône la « remigration » des étrangers, défend les centrales à charbon et réclame que le russe soit enseigné dans les écoles de certains Länder d’ex-Allemagne de l’Est, afin de lutter, selon les dirigeants de l’AfD, contre la « propagande haineuse » visant Moscou. Le 13 février 2025, la veille de son arrivée à la Conférence de Munich, M. Vance s’était rendu, au bras de son épouse, sur le site de l’ancien camp de concentration de Dachau, s’engageant, après avoir fait le signe de croix, à ce que de tels massacres n’arrivent « plus jamais ».

Vingt-quatre heures plus tard, le voici esquissant un mince sourire, debout derrière son pupitre. Dans un élan messianique, il conclut son propos en faisant siens les mots que le pape polonais Jean Paul II, figure chérie des républicains américains pour son combat contre le communisme pendant la guerre froide, avait prononcé lors de son intronisation, en 1978 : « N’ayez pas peur ! »

Un silence de mort se répand dans la salle, où seuls bruissent les applaudissements de la délégation américaine. « Ils sont là pour nous détruire », s’affole un diplomate allemand auprès de son voisin. Un expert des droits de l’homme s’imagine avoir assisté au premier acte de la pièce de Bertolt Brecht La Résistible Ascension d’Arturo Ui (1941), parabole de la prise du pouvoir par Adolf Hitler. « On connaît Trump, on va y arriver », se rassure le très atlantiste ministre des affaires étrangères polonais, Radoslaw Sikorski, imaginant que le propos de M. Vance pourrait être adouci par le magnat américain.

Des participants à la 61ᵉ édition de la Conférence de Munich sur la sécurité, le 14 février 2025.

Encore sonné, M. Heusgen se lève pour tenter de rattraper son hôte américain qui, dès son discours achevé, s’éclipse au pas de course dans les coulisses. « Je n’ai pas pu lui dire au revoir », s’émeut l’organisateur de la conférence, encore affecté par ce tsunami quand Le Monde l’interroge, un an plus tard. Ce jour-là, M. Vance a quitté précipitamment les lieux pour s’entretenir avec Mme Weidel, snobant délibérément le chancelier social-démocrate, Olaf Scholz – et assumant une ingérence manifeste dans la politique allemande alors en pleine campagne pour les élections législatives, prévues une semaine plus tard. « Vance n’avait prévenu personne », confie M. Heusgen, comme pour s’excuser.

« Le monde ancien a disparu »

A l’image des autres participants à la conférence, l’organisateur s’était attendu à un discours critique à l’égard de l’effort de défense de l’Union européenne (UE), mobilisée par la guerre en Ukraine. Les Etats-Unis réclament depuis des décennies que le Vieux Continent se réarme pour ne pas devoir sa protection qu’au seul parapluie américain. « On se disait : “Les Etats-Unis vont retirer une grande partie de leurs troupes en Europe” », se souvient M. Heusgen.

M. Vance est allé au-delà de tout ce qui était imaginable. « Personne n’était préparé à cela. Beaucoup pensaient que le deuxième mandat de Trump serait la répétition du premier. Personne n’avait compris qu’il s’agirait de la mise en œuvre du “Project 2025” », se remémore un représentant de l’ONU préférant conserver l’anonymat, évoquant le manifeste ultraconservateur de 900 pages élaboré par le cercle de réflexion The Heritage Foundation, base du programme présidentiel du deuxième mandat de Donald Trump. « Munich était la chronique d’une mort annoncée du droit international, mais aussi des droits humains aux Etats-Unis », dit-il. « Le schisme, il est entre ce que nous sommes et ce que les Américains voudraient que l’on soit », insiste l’ancien ministre des affaires étrangères français Dominique de Villepin.

Après cette 61e Conférence de Munich sur la sécurité viendront d’autres épisodes traumatiques : l’humiliation du président ukrainien, Volodymyr Zelensky, par Donald Trump et J. D. Vance dans le bureau Ovale de la Maison Blanche, le 28 février 2025 ; la rencontre entre Trump et Poutine en Alaska, en août de la même année ; la révélation, en novembre, d’un plan de paix imposé à Kiev, où l’administration américaine, pressée de faire affaire avec Moscou, épouse les exigences russes, imaginant que cette attitude « pragmatique » est le moyen le plus efficace pour parvenir à la paix ; la publication, en décembre 2025, du rapport sur la stratégie de sécurité nationale américaine, où l’Europe est prise pour cible, quand la Chine est à peine citée. Enfin, la menace, en janvier, d’une opération militaire américaine pour prendre le contrôle du Groenland, territoire autonome du Danemark, sur fond de chantage commercial à l’adresse de ses voisins européens.

J. D. Vance lors de son discours à la Conférence de Munich sur la sécurité, le 14 février 2025.

« Il ne faut pas s’arrêter à un seul discours, à une seule rencontre ou à un seul épisode. (…) Il faut tout considérer dans son ensemble. (…) Après ce que J. D. Vance a déclaré à Munich, [les Américains] ont été assez transparents sur ce qui est en train de se produire », analysait, le 27 janvier, la première ministre danoise, Mette Frederiksen, devant des étudiants réunis dans l’amphithéâtre de Sciences Po, à Paris, appelant les auditeurs à admettre que « le monde ancien a disparu et ne reviendra plus ».

Donald Trump parle cependant davantage qu’il n’agit. A ce jour, l’intervention armée des Etats-Unis au Groenland ne s’est pas concrétisée, et l’Ukraine n’a pas dû capituler sous la pression de la Maison Blanche. Mais « les Américains ont franchi toutes les lignes rouges, et la fracture est là », atteste Arancha Gonzalez, ancienne ministre des affaires étrangères espagnole (2020-2021). « A Munich, on a vu les germes de cette Amérique prête à prostituer la démocratie, épousant un discours suprémaciste qu’on avait entendu dans les années 1930 et, surtout, adoptant une attitude amicale avec la Russie », décrypte la doyenne de la Paris School of International Affairs de Sciences Po.

Un idéologue du trumpisme

Munich aura servi de décor à la trahison d’un allié historique. Que ce message, fondamental, ait été transmis par le vice-président américain, alors largement inconnu du grand public, et non par M. Trump lui-même, déconcerte. M. Vance est-il véritablement l’homme du président ? Parle-t-il au nom des Etats-Unis ou à titre personnel ? Quel poids faut-il accorder à sa parole ?

L’ancien sénateur de l’Ohio, enfant des Appalaches élevé par sa « mamaw » – J. D. Vance désigne ainsi sa grand-mère adorée dans son best-seller autobiographique, Hillbilly Elégie (Globe, 2017) –, fils d’une mère maltraitante rongée par les opioïdes, était, de ce côté-ci de l’Atlantique, surtout réputé comme le porte-voix d’une Amérique des classes moyennes délaissées par la mondialisation. Le voici désormais en idéologue du trumpisme. « Vance a fait son entrée en scène à Munich. Beaucoup, en Europe, n’ont pas su à quel point le prendre au sérieux », commente Tara Varma, chercheuse pour le think tank américain German Marshall Fund, à Paris.

Ce 14 février 2025, devant des décideurs venus du monde entier, J. D. Vance aura en tout cas montré qu’il n’a pas l’intention de rester un éternel second, patientant docilement sur le seuil du pouvoir. A 79 ans, Donald Trump ne peut pas, en vertu de la Constitution américaine, prétendre à un troisième mandat. Le président américain laisse ses deux lieutenants les plus puissants, J. D. Vance et Marco Rubio, batailler pour revendiquer son héritage politique. « Little Marco », comme l’a désigné Trump, fils de réfugiés cubains arrivés à Miami (Floride) dans les années 1950, faucon aux accents néoconservateurs, est animé par un anticommuniste hérité de la guerre froide. J. D. Vance dessine, dans la ville allemande, un positionnement singulier. « Vance n’a pas le talent politique de Trump. Il est antipathique, il effraie. Il cherche, avec ce discours de Munich, à s’assurer du soutien de la base MAGA [Make America Great Again] », analyse Mme Varma.

Si personne n’est en mesure de percer les convictions profondes de M. Vance, les analystes rappellent que le vice-président américain a, le premier, fait dérailler l’entretien avec M. Zelensky, dans le bureau Ovale, prenant, tel un chien de garde, la défense de la ligne diplomatique de Trump, ouvertement amicale envers Vladimir Poutine. A Munich, M. Vance, qui révèle, toujours dans Hillbilly Elégie, une fascination pour la violence et une aspiration profonde à plaire à son public, au point de taire sa propre personnalité, fait comprendre aux Européens que le trumpisme ne sera pas une parenthèse. Qu’il est inutile de fermer les yeux en attendant la fin de ce mandat, comme on attendrait de se réveiller d’un cauchemar.

Le vice-président des Etats-Unis J. D. Vance (à droite), le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio (2ᵉ à droite) et le président ukrainien Volodymyr Zelensky (à gauche) se rencontrent en marge de la 61ᵉ Conférence de Munich sur la sécurité, le 14 février 2025.

Lui, quadragénaire débordant d’énergie, s’assurera de faire survivre toutes les dimensions de ce courant politique. « L’offensive de l’administration Trump contre l’Europe a deux aspects : d’une part, l’abandon stratégique face à la Russie. L’Europe ne fait plus partie de la sphère américaine, ils nous laissent seuls. D’autre part, une attaque idéologique sur laquelle Vance a insisté », décrypte l’historien et philosophe politique néerlandais Luuk van Middelaar. « Le discours de Vance est très brutal. Il s’agit d’une guerre de propagande pour affaiblir l’Europe et augmenter ses divisions. Sa stratégie est de détruire l’Union européenne et pour cela la force MAGA a besoin d’alliés sur le continent. On peut analyser cela comme un mouvement révolutionnaire idéologique qui veut exporter sa doctrine », poursuit M. van Middelaar.

« Après tout, ce n’est pas si grave »

S’érigeant en porte-parole résolu d’une vague réactionnaire, M. Vance provoque, en février 2025, dans les salons de Munich, une onde de choc. Mais son coup d’éclat n’est pas totalement une surprise. Des signes avant-coureurs étaient perceptibles, admettent finalement nombre d’experts.

Après avoir quitté la présidence de la Conférence de Munich sur la sécurité, M. Heusgen s’est rappelé une scène datant de 2017, peu après la première élection de Donald Trump à la présidence américaine (janvier 2017). L’Allemand était alors conseiller diplomatique d’Angela Merkel. En visite à Washington, il rencontre son homologue américain H.R. McMaster, « sympa et coopératif », dit-il. Dans le bureau est également présent Jared Kushner, gendre de Donald Trump, à la tête d’une fortune familiale bâtie dans l’immobilier, qui deviendra un membre incontournable de l’administration américaine. M. Heusgen, qui vient de dépasser la soixantaine, plaisante sur son âge lui permettant d’avoir connu les soldats américains stationnés en Allemagne pendant la guerre froide, preuve du lien indéfectible entre les deux nations. « Nous sommes des hommes d’affaires. Dans le monde des affaires, un jour on est amis, le lendemain, on ne l’est plus », lui répond, glacial, Jared Kushner.

Les experts géopolitiques admettent aussi que J. D. Vance, à Munich, n’a fait que développer ce que Donald Trump annonçait, en 2016, lors de sa campagne électorale. En juillet 2017, six mois après son investiture, le milliardaire américain avait, à l’occasion d’une visite en Pologne, parlé d’une prétendue guerre civilisationnelle que les Etats-Unis et la vieille Europe devraient mener contre l’« étranger ». « Avons-nous suffisamment de respect pour nos citoyens pour protéger nos frontières ? Avons-nous la volonté et le courage de préserver notre civilisation face à ceux qui voudraient la subvertir et la détruire ? », avait clamé le président américain.

Alors que certains historiens tissent un fil invisible entre la Conférence de Munich de 2025 et celle de septembre 1938, tristement célèbre – qui mena au dépeçage de la Tchécoslovaquie par les nazis un an avant l’éclatement de la seconde guerre mondiale –, les Européens promettent de réagir. La capitale de la Bavière ne doit pas être, aujourd’hui comme hier, le tombeau de la pax europaea. Le coup de semonce de Munich fait effet. Un temps. « La réaction initiale et rapide de l’Europe au discours de Vance était la bonne », se rappelle Dmytro Kuleba, ministre des affaires étrangères ukrainien de 2020 à 2024.

Dans la foulée, une série de réunions de crise, réunissant l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, l’Italie, la Pologne, l’Espagne, les Pays-Bas ou le Danemark, sont organisées pour parler des négociations de paix en Ukraine et de la sécurité de l’Europe. « Il faut qu’on soit indépendants », répètent des diplomates de l’UE, à l’Hôtel Bayerischer Hof, alors qu’en France Emmanuel Macron rêve de relancer l’idée d’autonomie stratégique, imaginant qu’un courant gaullien puisse traverser le Vieux Continent.

En réalité, le sursaut fait long feu. « La machine à relativiser s’est remise en route », se désole un ambassadeur de l’OTAN. « Au fil des mois, le discours de J. D. Vance est interprété comme un signal isolé, et non plus comme le début d’une nouvelle politique américaine à l’égard de l’Europe », regrette M. Kuleba. Quelques heures à peine après le discours du vice-président américain, lors d’un dîner, des membres du Congrès des Etats-Unis cherchent auprès des autres convives à minimiser l’incident Vance. « Après tout, ce n’est pas si grave », en déduit un ministre européen invité, en se penchant vers son voisin.

En mai 2025, le nouveau patron de la Conférence de Munich, Wolfgang Ischinger, se rend à Washington pour interroger J. D. Vance, cette fois sur ses terres. L’entretien est chaleureux, comme si rien ne s’était passé à Munich quelques mois plus tôt. Le diplomate allemand, ancien ambassadeur aux Etats-Unis, s’enquiert simplement auprès de ce dernier : « Sommes-nous toujours dans la même équipe ? »

[Source: Le Monde]