À Addis-Abeba, Georgia Meloni confirme ses ambitions africaines

Deux ans après le premier sommet Italie-Afrique à Rome, la présidente du conseil italien participe à une nouvelle rencontre en Ethiopie. Objectif : renforcer la présence italienne sur le continent via le « plan Mattei », un ensemble de projets économiques et diplomatiques qui mêle investissements, coopération et lutte contre l’immigration.

Fév 13, 2026 - 09:56
Fév 13, 2026 - 09:57
À Addis-Abeba, Georgia Meloni confirme ses ambitions africaines
La présidente du conseil italien, Giorgia Meloni, lors du sommet des dirigeants du G20, à Johannesburg (Afrique du Sud), le 23 novembre 2025. GIANLUIGI GUERCIA / AFP

Deux ans après un premier sommet Italie-Afrique organisé à Rome début 2024, le gouvernement de la présidente du conseil italien Giorgia Meloni continue d’affirmer de grandes ambitions sur le continent. Une nouvelle rencontre diplomatique est prévue vendredi 13 février, à Addis-Abeba, en Ethiopie, qui se prolongera le lendemain par un discours de la dirigeante italienne, invitée d’honneur de la 39session ordinaire de l’Union africaine.

Annoncé à moins d’un mois de l’échéance, le sommet est présenté par le gouvernement italien comme une étape majeure dans la mise en œuvre de sa stratégie volontariste de coopération avec les Etats africains. Il sera toutefois relativement court – les travaux commençant à 18 heures – et impliquera un nombre encore indéterminé de chefs d’Etats et de gouvernements.

Dès son arrivée au pouvoir, en octobre 2022, Giorgia Meloni avait tracé les grandes lignes d’une nouvelle approche, pensée initialement pour, comme le voulait l’expression alors en vogue, « traiter à la racine » les flux migratoires reliant l’Afrique subsaharienne à l’Europe. Mme Meloni avait de fait été élue après s’être engagée à mettre fin aux arrivées de migrants par la mer, sur les côtes italiennes et en particulier sur l’île de Lampedusa. L’ambition était accompagnée de la promesse d’une relation « d’égal à égal » et « non prédatrice ».

L’arrivée au pouvoir de la présidente du conseil correspondait aussi à un moment marqué par la nécessité pour Rome de substituer des approvisionnements de gaz naturel provenant de Russie. Le prédécesseur de Georgia Meloni, Mario Draghi, avait déjà engagé cette transition avec célérité, se tournant vers l’Afrique, et notamment vers l’Algérie, dans les mois qui avaient suivi l’invasion de l’Ukraine. Claudio Descalzi, le président du géant national des hydrocarbures ENI, avait joué un rôle majeur dans ce pivot.

Laver l’affront

La stratégie italienne de coopération avec les Etats africains est d’ailleurs désignée, à Rome, sous le vocable de « plan Mattei », en hommage au fondateur de ENI, Enrico Mattei. Ce dernier, mort dans des circonstances troubles en 1962, figure au panthéon des héros italiens. Sa mémoire est aussi associée à la mise en œuvre pionnière de conditions contractuelles plus équitables pour les pays producteurs. Elle est d’ailleurs célébrée en Algérie, pays dont il a soutenu le mouvement indépendantiste et avec lequel Giorgia Meloni entretient désormais les meilleurs rapports.

Du point de vue du récit géopolitique qu’il permet de déployer, le plan Mattei est efficace, Giorgia Meloni ayant à cœur de faire davantage entendre la voix italienne dans le monde – un objectif qu’elle a pour l’instant rempli avec succès. Ils sont désormais loin les jours maudits de 2011 où, alors qu’elle occupait son premier poste de ministre dans un gouvernement Berlusconi sur le point de tomber dans un tourbillon de scandales, la future présidente du conseil avait vu la France faire peu de cas des intérêts italiens en Libye.

Paris avait alors décidé de chasser Mouammar Kadhafi du pouvoir, qui était un partenaire majeur de Rome, notamment en matière migratoire. Alors que la France a été entre-temps contrainte de se retirer du Sahel, le sommet de 2024 avait donc contribué à laver cet affront. Dans l’opposition, Giorgia Meloni avait elle-même abondamment dénoncé l’impérialisme français en Afrique francophone.

Lors du premier sommet Italie-Afrique, Rome s’est engagée à débloquer 5,5 milliards d’euros pour son plan de coopération, un montant qui a pu être décrit comme modeste au regard des ambitions affichées. La somme correspond notamment à des crédits au développement, des garanties d’exportation et des véhicules financiers d’investissement.

Quatorze pays impliqués

Début 2026, le plan Mattei consiste en cinquante-sept projets principaux de tailles très variables. Certaines des initiatives, déjà annoncées en 2024, étaient déjà en cours de réalisation de longue date, avant de se trouver intégrées, a posteriori. Cette stratégie qui concernait d’abord neuf pays en implique aujourd’hui quatorze.

« Meloni est partie de la question migratoire puis elle a compris qu’il faudrait aller au-delà, embrassant la fin de la vassalisation du continent. Ici, la nouveauté c’est d’avoir déployé un récit positif sur l’Afrique comme opportunité, notamment en impliquant de manière plus volontariste les entreprises italiennes », raconte un participant italien au sommet d’Addis-Abeba.

Entre programmes de formations, investissements dans des infrastructures, projets culturels, développement des activités internationales d’entreprises italiennes, projets agricoles, la diversité du plan, de même que la multiplicité des entités impliquées, en rend la traduction concrète difficilement lisible.

Dans sa communication sur le sommet de vendredi, le ministère des affaires étrangères a indiqué que la rencontre d’Addis-Abeba donnerait l’occasion de « passer en revue les progrès réalisés par le plan, dont l’objectif est de renforcer la présence de l’Italie sur le continent grâce à des missions systémiques, au dialogue politique et à des projets communs, tout en identifiant ensemble les priorités opérationnelles pour les années à venir ».

Raconter un pays en mouvement

Plus concrètement, le plan Mattei comprend désormais un prêt italien de 250 millions d’euros – 320 millions d’euros ayant été promis en 2024 – censé contribuer au financement du corridor de Lobito. Ce grand projet d’infrastructure doit relier la façade atlantique angolaise aux gisements de cuivre de Zambie en passant par le sud de la République du Congo pour un coût oscillant entre 1 milliard et 2,3 milliards d’euros.

Relativement opaque dans sa gouvernance, constitué d’un faisceau d’accords bilatéraux et orienté par des préoccupations d’affaires qui laissent les sociétés civiles à la marge, le plan Mattei a pu susciter des doutes quant à son ambition de rupture avec les logiques extractivistes. C’est notamment le cas pour ce qui concerne ce corridor de Lobito, pensé pour faciliter à terme l’approvisionnement de l’Europe en ressources critiques.

Pour Filippo Simonelli, de l’influent groupe de réflexion romain Istituto Affari Internazionali qui a étudié, dans le détail et sur la base des éléments disponibles, l’architecture des efforts relevant du plan Mattei, « il s’agit d’une vraie rupture conceptuelle, avec des projets lancés, des fonds débloqués. Mais la communication qui l’entoure est minimale et peu substantielle. Le détail de tous les financements n’est pas connu, les acteurs africains ne sont pas toujours associés à la gouvernance, l’impact local n’est pas clairement évalué ».

Aussi labyrinthique que soit son architecture et hétérogène que puissent être ses traductions concrètes, le plan Mattei représente l’avantage de raconter un pays en mouvement, l’histoire d’une puissance ascendante devenue la référence européenne sur un continent où l’Italie serait chaleureusement attendue, comme il est devenu commun de le répéter à Rome. « Les efforts italiens en Afrique sont d’abord une question d’image, une perception que l’on doit entretenir jusqu’à ce qu’elle devienne réalité », analyse ainsi une habituée des cercles diplomatiques romains.

[Source: Le Monde]