Les Européens en ordre dispersé face au Conseil de la paix de Donald Trump

Cette nouvelle instance ayant vocation à contourner l’ONU se réunira pour la première fois à Washington, jeudi 19 février. Côté européen, seules la Hongrie et la Bulgarie ont accepté d’y siéger, mais plusieurs pays, de même que la Commission européenne, ont tout de même décidé d’y envoyer des observateurs. Des décisions qui font polémique.

Fév 18, 2026 - 12:23
Les Européens en ordre dispersé face au Conseil de la paix de Donald Trump
Le premier ministre hongrois, Viktor Orban, lors de l’annonce de la charte du Conseil de la paix par le président Donald Trump, au Forum économique mondial de Davos, en Suisse, le 22 janvier 2026. EVAN VUCCI/AP

Bien qu’il soit largement critiqué en Europe, le Conseil de la paix de Donald Trump va tout de même attirer plusieurs dirigeants du Vieux Continent pour sa réunion inaugurale, prévue jeudi 19 février à Washington. Derrière le refus de participer d’abord exprimé par Londres, Paris, Madrid ou Berlin, au moins deux capitales européennes ont ouvertement décidé d’adhérer à cette initiative, conçue dans un premier temps pour discuter du sort de la bande de Gaza, mais qui se veut désormais une instance ayant vocation à contourner l’ONU. Tandis que plusieurs autres pays et même la Commission européenne ont décidé de faire le déplacement en tant qu’« observateurs », visiblement dans le souci de ne pas froisser l’administration américaine et/ou d’être présents à une réunion censée discuter du sort de Gaza, les capitales les plus réfractaires hésitaient toujours sur la conduite à tenir.

Admirateur inconditionnel du président américain, le premier ministre nationaliste hongrois, Viktor Orban, fait, sans surprise, partie du camp de ceux qui soutiennent ce projet. Il avait déjà annoncé en janvier, à Davos (Suisse), vouloir rejoindre cette instance, « car la Hongrie a besoin de la paix pour continuer à croître et à se développer », et sera présent à Washington, jeudi.

Plus surprenant, la Bulgarie avait aussi annoncé, à Davos, son adhésion. Alors en position démissionnaire, l’ex-premier ministre Rossen Jeliazkov avait justifié cette décision en mettant en avant le rôle du diplomate bulgare Nickolay Mladenov, choisi par l’administration américaine comme haut représentant pour Gaza. Cette décision a toutefois déclenché un tel torrent de critiques à Sofia que M. Jeliazkov avait repoussé sine die l’examen par le Parlement de la décision d’adhésion. La Bulgarie enverra tout de même un diplomate, de rang inférieur, à Washington.

Hors Union européenne (UE), mais parmi les candidats à l’entrée dans l’UE, l’Albanie et le Kosovo ont aussi annoncé leur choix de rejoindre le Conseil de la paix, arguant de leur alignement inconditionnel sur les Etats-Unis. Ces pays seront rejoints par la Biélorussie, pays sous sanctions européennes, qui enverra le ministre des affaires étrangères à la réunion.

Présence inopinée

D’autres pays européens ont confirmé leur participation avec le statut d’« observateur ». La Commission européenne elle-même sera représentée par la commissaire Dubravka Suica, chargée de la Méditerranée. Le « champ d’application, la gouvernance et la compatibilité avec la charte des Nations unies » de l’organe suscitent toujours la méfiance de l’exécutif bruxellois, mais pas au point de le boycotter. « Il ne s’agit pas pour autant d’en devenir membre », a insisté un porte-parole de la Commission.

A Bruxelles, la présence inopinée d’une commissaire à la table de cette instance parallèle aux institutions onusiennes, et dont le mandat se veut bien plus large que la seule question gazaouie, alimente les polémiques. Au Parlement européen, le groupe des socialistes et démocrates a demandé à la Commission de clarifier le contenu et l’étendue de son mandat, car une implication de l’UE « pourrait miner l’engagement européen pour le multilatéralisme et le droit international ».

Selon plusieurs sources diplomatiques européennes, cette initiative n’a par ailleurs pas fait l’objet de concertations avec les Etats membres. « Participer au Conseil de la paix sans coordination avec les Etats membres envoie un très mauvais signal. Un signal d’incohérence et de division, qui ouvre encore davantage le champ à une politique américaine dont le but est de diviser et derégner », analyse Hugh Lovatt, du think tank European Council on Foreign Relations.

Même si elle n’a officiellement pas encore pris de décision sur son adhésion au conseil créé par Donald Trump, la Roumanie sera aussi représentée par son président, Nicusor Dan. Il compte affirmer son soutien aux « efforts internationaux de paix et d’ouverture pour participer au processus de reconstruction dans la bande de Gaza ».Aurelian Mohan, spécialiste des relations internationales à l’université Columbia, à New York, y voit une « ambiguïté stratégique » caractéristique et habituelle de la politique étrangère roumaine depuis une vingtaine d’années : « Les Etats-Unis garantissent la sécurité de la Roumanie. Y aller en tant qu’observateur permet de répondre à l’invitation de Washington tout en évitant de trop froisser les partenaires européens. »

Participation de l’Italie

En Italie, le déplacement annoncé du ministre des affaires étrangères, Antonio Tajani, à Washington, fait polémique.« Il n’existe aucune alternative au plan de paix des Etats-Unis sur Gaza », a dû se défendre M. Tajani, mardi 17 février, face à l’opposition, à la Chambre des députés. La participation de l’Italie, en tant qu’observatrice, votée grâce au nouveau parti d’extrême droite prorusse du général Roberto Vannacci, contredit la promotion du multilatéralisme et de l’européisme traditionnels historiquement défendus à Rome en matière de politique étrangère.

La décision a créé une rare unité dans l’opposition. Matteo Richetti, chef de groupe du parti centriste Azione, généralement plus conciliant à l’égard de la majorité, a ainsi déclaré : « Participer à un board autoritaire remet en cause la dignité de l’Italie. » Dans un premier temps, la présidente du conseil, Giorgia Meloni, avait admis que la participation de l’Italie serait incompatible avec la Constitution, mais Rome considère visiblement que cela ne s’applique pas au statut d’observateur. « Sans surprise, elle a choisi la rupture avec le droit international pour obtenir un rôle de second plan dans un club des puissants essentiellement illibéral », analyse Maria Fantappie, du centre de recherche romain Istituto Affari Internazionali.

Alors même qu’elles avaient vivement critiqué la création de ce conseil en janvier, la Slovaquie et la République tchèque, dirigées par des partis proches de Donald Trump, ont aussi finalement décidé d’envoyer leur ministre des affaires étrangères. Chypre et la Grèce devraient faire de même. Le ministre des affaires étrangères grec, Giorgos Gerapetritis, a justifié cette décision en assurant que son pays « se trouve au cœur des évolutions internationales » et en invoquant les solides relations gréco-américaines.

[Source: TV5Monde]