Tabac: Royaume-Uni, Maldives, Nouvelle-Zélande, France... vers la prohibition?

Tabac: Royaume-Uni, Maldives, Nouvelle-Zélande, France... vers la prohibition? Les parlementaires britanniques ont adopté le 9 mars dernier l'interdiction de vente de tabac à toute personne née après le 1er janvier 2009, suivant l'exemple des Maldives. La Nouvelle-Zélande avait ouvert la voie en 2022 avant de rétropédaler. La France compte suivre le mouvement pour une génération sans tabac d'ici 2032. Un projet de loi a été déposé en ce sens par le député écologiste Nicolas Thierry.

Avr 14, 2026 - 12:34
Tabac: Royaume-Uni, Maldives, Nouvelle-Zélande, France... vers la prohibition?
Jeune Anglais fumant dans une rue de Londres AP Photo/Kin Cheung

Les Britanniques ont dit "no" au tabac pour les nouvelles générations. La chambre des communes a définitivement adopté début mars un projet de loi interdisant de façon progressive à toute personne née après le 1er janvier 2009 d’acheter des produits du tabac, et ce à vie. 

Sont également prévus un encadrement renforcé sur la vente de cigarettes électroniques, avec des restrictions sur la publicité et la possibilité de réglementer les arômes, ainsi qu'un renforcement des contrôles et sanctions pour lutter contre les ventes illégales de tabac. 

Le Royaume-Uni emboite ainsi le pas aux Maldives, qui a voté une législation du même type en novembre dernier. Un mouvement prohibitif s'amorce donc alors que, d'après l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le tabac fait plus de 7 millions de morts chaque année dans le monde. 

En novembre dernier, aux Maldives, les autorités ont pris des mesures pour interdire de fumer à toute personne née après 2007, ce qui représente environ un quart de sa population de l'archipel. Une législation drastique qui vise à "protéger la santé publique et promouvoir une génération sans tabac", a déclaré alors le ministère de la Santé dans un communiqué à l'AFP.

Cette interdiction concerne non seulement le tabac, mais aussi les cigarettes électroniques. Les personnes concernées par l’interdiction générationnelle ne peuvent ni acheter, ni consommer, ni se voir vendre des produits du tabac. Les détaillants doivent vérifier l’âge des acheteurs sous peine de sanctions. Et les amendes sont très sévères. 

La vente de produits de tabac à un mineur est passible d’une amende de 50.000 rufiyaa (soit environ 2800 euros, ce qui représente environ 30 fois le salaire minimum aux Maldives), tandis que l’utilisation d’appareils de vapotage est passible d’une amende de 5.000 rufiyaa (280 euros). Cette mesure est également applicable aux visiteurs étrangers, et concerne donc les 2 millions de touristes qui viennent chaque année profiter de ses 26 îlots coralliennes paradisiaques. 

Rétropédalage en Nouvelle-Zélande 

La Nouvelle-Zélande a été pionnière en matière d'interdiction totale pour les nouvelles générations, ouvrant la voie au concept de génération sans tabac. Une loi a été adoptée en 2022 interdisant la vente de cigarettes à toute personne née après 2008. Le texte prévoyait une augmentation progressive de l’âge minimum pour pouvoir acheter des produits du tabac et aurait réduit le nombre de commerces autorisés à en vendre à un maximum de 600 dans tout le pays. 

Maldives tabac

Un Maldivien marchant sur une digue à Malé - Maldives, septembre 2018

AP Photo/Eranga Jayawardena

Mais, c'était sans compter avec le retour au pouvoir des conservateurs vainqueurs des législatives d'octobre 2023. Le nouveau gouvernement a immédiatement fait abroger ces mesures de restriction générationnelle qui devaient prendre effet en juillet 2024 et faire du pays le premier État sans tabac, mettant en avant que les revenus issus de la ventre de cigarettes devaient compenser une réduction des impôts et endiguer l’émergence d’un « marché noir » du tabac. Un rétropédalage dénoncé par les ONG comme une « énorme victoire pour l’industrie du tabac ».

Une proposition de loi déposée en France

En France, où le tabac est progressivement exclu des espaces publics depuis plusieurs années, une proposition de loi prévoyant une première génération sans tabac a été déposée en novembre dernier par le député écologiste Nicolas Thierry. Pour élu, qui s'est confié à TV5Monde, l'objectif est d'"interdire le tabac aux jeunes pour assécher cette industrie, en s'attaquant à son modèle économique". 

Ce texte prévoit d’interdire la vente de tabac (et non la consommation qui ne sera pas verbalisée) aux personnes nées à partir de 2014, selon un mécanisme évolutif: en 2032, les cigarettiers n'auront plus le droit de vendre leurs produits aux moins de 18 ans, puis aux moins de 19 ans en 2033, aux moins de 20 ans en 2034, etc. 

Construire une société sans tabac, c’est déjà l’ambition affichée pour la période 2023-2027 par le programme national de lutte contre le tabac. Celui-ci vise à "réduire la prévalence du tabagisme en mettant l’accent sur la prévention, la réglementation et le soutien au sevrage". Une législation progressive a ainsi été mise en place dans les espaces publics. Depuis 1991, il est interdit de fumer dans les lieux à usage collectif. 

Ces lieux protégés ont été précisés au fil des années. Depuis 2006, ont été ajoutés les endroits fermés et couverts accueillant du public ou constituant des lieux de travail, les moyens de transport collectif, ainsi que les espaces non couverts des établissement scolaires publics et privés, mais aussi les établissements destinés à l’accueil, à la formation ou à l’hébergement des mineurs. En 2016, cette interdiction s'est élargie aux aires de jeux pour enfants et à l’intérieur d’une voiture lorsqu’un mineur y est présent. Enfin depuis juillet 2025, les plages et les abords des écoles sont devenus zones sans tabac.

Cette politique "déscélérative" semble portée ses fruits, car l'Hexagone fait désormais partie des pays où le tabagisme quotidien des jeunes de 16 ans sont parmi les plus faibles. En dix ans, le nombre de fumeurs quotidiens de 18 à 75 ans a diminué de 4 millions, une baisse historique, selon les résultats d'une enquête de l' ESPAD (European School Survey Project on Alcohol and Other Drugs) menée en 2024 dans 37 pays européens, l'Europe où 10% des décès est du au tabac. 

La fin de la cigarette est programmée

Reste qu'en France environ 75.000 décès sont directement liés au tabagisme, qui demeure la première cause de mortalité évitable dans le pays. "Ces premières expériences de législations progressives vers des générations sans tabac est une manière douce d'amener les sociétés à décrocher totalement du tabac", explique Nicolas Thierry, qui a entamé, depuis le dépôt de son projet de loi, un long travail de plaidoyer auprès des députés à l'Assemblée nationale. 

Beaucoup de détracteurs lui rétorquent que cette interdiction risque de prendre des formes de prohibition, entrainant potentiellement une explosion de la contrebande de cigarettes. L'écologiste rappelle d'abord que, selon la jurisprudence française, la priorité de santé publique prime sur la liberté d'entreprendre des cigarettiers. Pour lui, le but justement est de ne pas créer de "choc brutal de la demande, d'effet de bascule, mais bien tout le contraire". 

"Cette lente progression va provoquer l'effet inverse de la prohibition", poursuit-il. L'objectif est d'écarter les jeunes générations de l'addiction dans un processus s'étalant en effet sur plusieurs décennies. Les générations antérieures auront d'ailleurs toujours le droit d'acheter des cigarettes et la consommation restera non prohibée. "Cette future législation va venir parachever les différentes politiques publiques élaborées et menées jusque là, en concertation avec les médecins, les associations, les ONG, et qui se sont avérées efficaces. Dès lors, le compte à rebours à commencer et on peut dire que la fin de la cigarette est belle et bien programmée", est-il persuadé. 

[Source: TV5Monde]