En Australie, la visite du président israélien, Isaac Herzog, provoque débat et manifestations
Le premier ministre, Anthony Albanese, avait invité Isaac Herzog au lendemain de l’attaque antisémite de Bondi au cours de laquelle 15 personnes avaient été tuées le 14 décembre 2025. Lundi, une manifestation propalestinienne a été marquée par des heurts avec la police.
A l’International Convention Centre de Sydney, dans la soirée du lundi 9 février, le président israélien, Isaac Herzog, a rendez-vous avec plus de 7 000 juifs australiens. « Cette communauté est une source d’inspiration par son lien avec Israël et par son engagement sioniste », lance le chef d’Etat depuis l’estrade à un auditoire conquis. Au même moment, à deux kilomètres de là, des manifestants propalestiniens, rassemblés pour dénoncer sa venue, sont brutalement maîtrisés par les forces de l’ordre alors qu’ils envisagent de marcher vers le Parlement de l’Etat de Nouvelle-Galles du Sud. Vingt-sept personnes seront arrêtées.
La visite de quatre jours de M. Herzog, commencée la veille, devait, selon le premier ministre australien, Anthony Albanese, favoriser un plus grand sentiment d’unité. Elle a, au contraire, profondément divisé l’opinion publique du pays, avant même que le président israélien n’ait posé le pied aux antipodes.
Le chef du gouvernement travailliste avait invité M. Herzog quelques jours après l’attaque contre la communauté juive australienne, survenue lors des célébrations de Hanoukka, le 14 décembre 2025, à Bondi, une plage de Sydney, et qui s’était soldée par quinze morts. Les deux assaillants, Sajid Akram et son fils, Naveed, auraient été inspirés par l’idéologie du groupe djihadiste Etat islamique, selon les autorités.
« Cette visite est une occasion importante pour le président Herzog de se tenir aux côtés des juifs australiens et de se souvenir des vies innocentes perdues le 14 décembre », a déclaré, mardi 10 février, le premier ministre travailliste, Anthony Albanese. Il a rappelé que la fonction du dignitaire israélien était équivalente à celle du gouverneur général australien – un rôle essentiellement honorifique et représentatif – dans l’espoir de dépolitiser le débat, tout en se disant « dévasté » par les images d’affrontements entre la police et des manifestants.
« Mesures disproportionnées »
A 17 h 30, lundi, des milliers de personnes convergent vers le bâtiment de l’hôtel de ville de Sydney, dans le centre-ville, à l’appel du groupe Palestine Action, lorsqu’elles découvrent l’impressionnant dispositif policier, mobilisant plus de 500 hommes. Ce déploiement, rare dans un pays où les manifestations se tiennent habituellement dans le calme, est destiné à préserver l’ordre public. Si le rassemblement n’est pas illégal, il se tient sous de strictes restrictions liées à deux dispositifs juridiques rarement utilisés.
La déclaration de restriction des rassemblements publics, un mécanisme créé par l’Etat au lendemain de l’attentat de Bondi, interdit toute marche dans certaines zones et, en l’occurrence, confine les manifestants aux abords de l’hôtel de ville. La déclaration d’événement majeur, habituellement réservée aux événements sportifs ou culturels, confère, quant à elle, des pouvoirs renforcés aux forces de l’ordre.
« Ces mesures sont disproportionnées, injustes et constituent une atteinte à nos libertés publiques », peste Andy Taylor, un sexagénaire ayant fait six heures de route pour « dénoncer le génocide à Gaza ». « On ne veut pas que les juifs soient associés à un criminel de guerre, cela ne contribue pas à renforcer notre sécurité ici », dénonce quant à lui Eugène, qui a requis l’anonymat, et porte une pancarte proclamant : « Les juifs contre les crimes de guerre ». D’autres mobilisations se sont tenues dans les grandes villes du pays.
Une commission d’enquête du Conseil des droits de l’homme de l’ONU a établi en 2025 qu’Israël commettait un génocide à Gaza dans le cadre de la guerre déclenchée en riposte à l’attaque terroriste du Hamas du 7 octobre 2023 et que le président, ainsi que d’autres dirigeants israéliens, auraient « incité à commettre un génocide », ce qu’Israël a rejeté « catégoriquement ». « Isaac Herzog a déclaré que tous les Palestiniens, “une nation entière”, étaient responsables de l’attaque », explique au Monde Chris Sidoti, membre australien de la commission d’enquête. « Cette idée a ensuite été reprise par des soldats israéliens à Gaza, qui se sont référés aux propos du président pour justifier leur mode d’opération », précise-t-il.
« Communauté traumatisée »
En raison de cette accusation et par crainte que cette visite ne porte atteinte à la cohésion sociale d’un pays multiculturel choqué par l’attaque de Bondi, mais aussi profondément divisé sur les actions de l’armée israélienne à Gaza, des élus, des organisations de défense des droits humains comme des membres de la communauté juive avaient dénoncé l’invitation faite au président. Pour d’autres, au contraire, il s’agissait d’une initiative particulièrement bienvenue.
« Il s’est déplacé jusqu’ici pour réconforter les victimes et les survivants, pour leur apporter son soutien. Cela signifie beaucoup pour notre petite communauté de 50 000 personnes traumatisée », témoigne ainsi Alex Ryvchin, codirecteur du Conseil exécutif du judaïsme australien, la principale organisation représentative de la communauté juive dans le pays.
Lundi matin, M. Herzog a rendu hommage aux victimes sur les lieux de la fusillade. « Depuis plus de deux ans, ce sont ces manifestations propalestiniennes, avec leurs slogans antisémites, qui divisent notre pays », fulmine un groupe de quatre juifs australiens, qui traverse le rassemblement pour aller écouter le président israélien et souhaite « bonne chance » aux policiers.
Lors de son discours, Isaac Herzog a appelé à l’unité entre les deux pays et salué les initiatives de l’exécutif australien pour renforcer les lois contre les discours de haine. La relation israélo-australienne a traversé une période de turbulences en 2025. Le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, avait vivement critiqué la décision du gouvernement australien de reconnaître l’Etat de Palestine, en septembre, lors de l’Assemblée générale des Nations unies. Il avait également reproché à Anthony Albanese de ne pas faire suffisamment pour enrayer la montée de l’antisémitisme depuis octobre 2023.
Depuis la fusillade, les autorités fédérales et étatiques ont adopté une série de mesures pour lutter contre l’antisémitisme et rassurer la communauté juive. Mais une partie de la population leur reproche désormais d’avoir placé le curseur trop loin et d’agir au détriment des libertés publiques.
[Source: Le Monde]