Séismes au Venezuela : un bilan d’au moins 235 morts loin d’être définitif devant l’ampleur des dégâts
Les recherches se poursuivent dans les décombres d’immeubles effondrés pour tenter de secourir des personnes prises au piège, au lendemain d’un double séisme extrêmement puissant.
Au lendemain des puissants tremblements de terre qui ont frappé le Venezuela, les scènes de destruction laissent présager un bilan loin d’être définitif. « Malheureusement, nous avons accueilli environ 235 patients qui sont arrivés sans signes vitaux ou qui sont décédés dès leur arrivée dans nos établissements de santé », a déclaré, jeudi 25 juin, le ministre de la santé, Carlos Alvarado, à la télévision d’Etat, après une nouvelle évaluation effaçant le décompte de 188 morts précédemment annoncé. Il n’a pas précisé le nombre de blessés que les autorités avaient auparavant chiffré à 1 520.
A l’épicentre du tremblement de terre, les équipes de l’Agence France-Presse (AFP) ont constaté d’impressionnants dégâts. Des bâtiments sont aplatis, des montagnes de gravats s’élèvent, dans lesquelles des familles en détresse tentent de retrouver des personnes ensevelies.
La zone la plus durement touchée est celle de La Guaira, au nord de la capitale Caracas, où se trouve l’aéroport international de Maiquetia qui a été fermé, et la ville côtière de Catia la Mar, où plusieurs immeubles se sont écroulés. Comme celui où habite Antonio Bermudez : « Il y a un endroit d’où une jeune femme appelée Jennifer, du onzième étage, me répond. Mais nous n’avons aucun outil, nous n’avons aucun moyen pour aider » à l’extraire des décombres, explique-t-il.
Lisbeth Vazquez, 37 ans, raconte à l’AFP comment les siens se sont échappés in extremis par les fenêtres de l’appartement familial lorsque l’immeuble était « en train de s’enfoncer complètement » dans le sol. « C’était terrifiant », dit-elle : « Des voisins des étages inférieurs sont ensevelis, on essaie de les sortir ».
« Il ne nous reste plus rien. Rien, pas même la force ni le courage d’entrer là-dedans », soupire Larry Rojas, 49 ans, devant un tas de décombres sous lequel sont ensevelis ses proches. « On a besoin de gens qui viennent aider. Il y a ici une petite fille qui est coincée depuis hier soir, on peut la sortir, on a besoin d’une pelleteuse », s’écrie désespéré Dani Rizo, un autre habitant du bâtiment, âge de 48 ans.
Les Etats-Unis envoient une aide financière et humanitaire
En réaction à cette catastrophe, l’assistance internationale s’organise. Les Etats-Unis ont promis une réponse « importante », « rapide et efficace », par la voix de leur secrétaire d’Etat, Marco Rubio. Le département d’Etat a également annoncé le déblocage d’une aide de 150 millions de dollars (132 millions d’euros environ). La somme sera répartie à hauteur de 50 millions de dollars à destination d’organisations humanitaires sur place, et de 100 millions de dollars pour le bureau des Nations unis pour les affaires humanitaires (OCHA).
Deux équipes de secours et de recherche de disparus vont également être déployées sur place, a précisé le département d’Etat dans un communiqué. L’une d’elles, originaire de l’Etat de Virginie, a annoncé sur X mobiliser « une équipe de 80 personnes et de six chiens » spécialisée dans la recherche en milieu urbain. De son côté, l’armée américaine a fait savoir qu’elle déploierait des navires militaires, des avions et des hélicoptères en soutien aux secours.
Washington et Caracas se sont rapprochés depuis la capture par les Etats-Unis du président vénézuélien, Nicolas Maduro, et l’administration Trump appuie fortement la présidente par intérim, Delcy Rodriguez. En mars, les deux pays ont repris leurs relations diplomatiques, rompues en 2019, et le président américain, Donald Trump, a assoupli graduellement les sanctions contre ce pays, qui a fait adopter de nouvelles lois sur les hydrocarbures et le secteur minier, ouvrant ces secteurs au privé dans un pays disposant des plus grandes réserves de pétrole au monde.
Emmanuel Macron a ainsi annoncé, jeudi, l’envoi immédiat au Venezuela d’une « équipe de 85 secouristes français spécialisés en sauvetage-déblaiement ». Le Brésil, dont deux ressortissants ont trouvé la mort lors du séisme, selon Brasilia, a annoncé l’envoi d’aide à son voisin. De même que la Chine, l’Inde, de nombreux pays européens et latino-américains et même l’Iran, un traditionnel allié de Caracas ravagé par la guerre contre les Etats-Unis et Israël.
Delcy Rodriguez a décrété l’état d’urgence peu après la double secousse de magnitude 7,2 et 7,5, qui s’est produite mercredi à 18 h 04 (0 h 04 jeudi, heure de Paris). D’après les données du Service géologique des Etats-Unis (USGS), le tremblement de terre de 7,5 est le plus fort depuis 1900 à avoir frappé le Venezuela, un pays de près de 30 millions d’habitants à l’économie en crise depuis des années.
La première secousse s’est produite à une profondeur de 21,9 km, à environ 200 km à l’ouest de Caracas. Elle a été suivie d’une seconde à 10 km de profondeur, enregistrée 39 secondes plus tard à 45 km de là, puis d’une vingtaine de répliques, selon l’USGS.
Des commerces fermés et des pillages
Dans la capitale, où de nombreux immeubles se sont effondrés, des rues sont jonchées de débris de verre et beaucoup de gens ont passé la nuit dehors, souvent dans leur voiture, tremblant à chacune des répliques. Les lieux sinistrés ont également été victimes de pillages.
Des coupures d’électricité sont signalées et le ministre de l’intérieur, Diosdado Cabello, a dit avoir ordonné la coupure de l’alimentation en gaz pour « éviter tout accident ». Jeudi matin, quasiment aucun commerce n’était ouvert et la circulation automobile était dense, de nombreux habitants de Caracas cherchant à se réfugier loin des immeubles en péril.
« Avant même ces séismes, près de huit millions de personnes au Venezuela avaient besoin d’une aide humanitaire », a rappelé le secrétaire général adjoint de l’ONU aux affaires humanitaires, Tom Fletcher. Si l’aéroport international de Maiquetia a été fermé en raison de « graves dommages dans ses infrastructures » selon Mme Rodriguez, Caracas pourra disposer de l’aéroport militaire de La Carlota, situé en pleine zone métropolitaine, pour l’aide internationale.
[Source : Le Monde]