Au Royaume-Uni, la génération Z dans l’étau des prêts étudiants
Une récente mesure budgétaire concernant les prêts étudiants contractés dans les années 2010 attise la colère de millions de jeunes adultes : le gel du plancher de revenus au-delà duquel commencent les remboursements, modifié en novembre 2025.
Après s’être mis à dos les retraités, les agriculteurs et les personnes handicapées, avec des décisions controversées, le gouvernement de Keir Starmer risque de s’aliéner maintenant les millions de jeunes adultes ayant contracté un prêt étudiant dans les années 2010 auprès de la Student Loans Company, une structure publique créée en 1989. Ces prêts se sont multipliés à mesure que les frais de scolarité dans l’université publique augmentaient, notamment à partir de 2012, quand le gouvernement de coalition des conservateurs et des libéraux démocrates conduit par David Cameron a triplé les frais d’inscription.
Et alors qu’il y a six ans, en prenant la tête du Labour, Keir Starmer promettait d’abolir les frais de scolarité universitaire, ces derniers ne cessent d’augmenter : à la rentrée 2026 puis 2027, ils passeront de 9 790 livres sterling (11 200 euros) à 10 050 livres sterling par an. C’est dans ce contexte qu’en novembre 2025 la chancelière de l’Echiquier (ministre des finances), Rachel Reeves, a déclenché la colère des anciens étudiants en introduisant un gel (à partir de 2027 et jusqu’en 2030) du plancher de revenus au-delà duquel commencent les remboursements, déclarant malgré tout que le système des prêts étudiants était « juste et raisonnable ».
En effet, le remboursement du prêt (entre 30 000 et 60 000 livres en moyenne selon le revenu des parents) commence au plus tôt six mois après la fin des études, seulement si les revenus des jeunes diplômés dépassent un plancher d’environ 25 000 livres sterling par an. Si les remboursements durent parfois tout au long de la vie active, ils s’arrêtent au bout de quarante ans.
La dette des étudiants n’a cessé de gonfler
Sauf que les gouvernements ne cessent d’ajuster les termes et les conditions des prêts, les adaptant au gré des contingences politiques et économiques. « L’important n’est pas le montant de votre prêt, mais combien vous gagnez par an, c’est ce qui conditionne vos niveaux de remboursement, l’emprunt fonctionnant en réalité comme un impôt », résume Martin Lewis, gourou des finances personnelles au Royaume-Uni, éditeur du site Moneysavingexpert.com.
L’emprunteur gagnant plus de 25 000 livres sterling doit rembourser chaque année une somme importante, égale à 9 % des revenus gagnés au-delà de ce plancher. Ainsi, pour un ex-étudiant gagnant 35 000 livres par an, le montant à rembourser sera de 900 livres annuelles, qu’il ait emprunté 20 000 ou 60 000 livres. Par ailleurs, pour les étudiants ayant signé leur prêt entre 2012 et 2023, le taux du prêt est corrélé à une mesure spécifique de l’inflation, la retail prices index (indice des prix de détail), majorée de 3 %. En raison de l’inflation galopante ces dernières années, la dette des étudiants n’a cessé de gonfler, malgré des remboursements de plusieurs milliers de livres sterling par an.
Pour Oliver Gardner, 26 ans, à l’initiative de la campagne Rethink Repayment réclamant une réforme des prêts étudiants, « le gel [annoncé fin 2025 par Rachel Reeves], ce n’est pas ce qui avait été dit aux étudiants quand ils ont contracté ces prêts. A l’époque on nous disait que le plancher [de revenus à partir duquel on rembourse] évoluerait avec la progression moyenne des ressources. Ces remboursements handicapent notre génération au moment où nous réfléchissons à fonder des familles, à devenir propriétaires ou à mettre de côté pour nos retraites ». Le jeune homme a étudié l’économie à Oxford et contracté un prêt étudiant de 45 000 livres qu’il rembourse depuis quelques années, mais « le montant total du prêt ne cesse d’augmenter à cause des intérêts très élevés, c’est assez décourageant », ajoute-t-il.
L’intérêt des diplômes remis en question
Comme beaucoup d’autres de la génération Z, il trouve que « les gouvernements successifs ont laissé tomber les jeunes », alors que « tout est plus dur qu’il y a vingt ans », comme l’accès au logement. « Ces systèmes de prêts vont encore accroître les inégalités, les jeunes adultes dont les familles ont pu payer les frais de scolarité sans emprunt n’ayant pas à supporter ce fardeau aujourd’hui », souligne encore Oliver Gardner, qui réclame un dégel du plancher des remboursements et une baisse du taux de remboursement des prêts.
Sa campagne est désormais relayée par de nombreux médias et personnalités politiques (dont le Financial Times et des membres du Parti conservateur). Elle suscite aussi un débat, nouveau au Royaume-Uni, sur l’intérêt des diplômes universitaires, qui ne garantissent plus l’accès à des emplois bien rémunérés, alors que l’IA semble faire disparaître les emplois de début de carrière dans le secteur des services. Le chômage des jeunes (16 à 24 ans) s’est établi à 16,1 % au dernier trimestre 2025, au plus haut depuis dix ans.
Plusieurs députés du Labour ont fait savoir leur mécontentement par rapport à la mesure prise par Rachel Reeves. Le premier ministre, Keir Starmer, affaibli par l’affaire Mandelson-Epstein et qui n’a plus l’autorité pour s’opposer aux rébellions dans son groupe parlementaire, pourrait rapidement revenir sur la décision de sa chancelière de l’Echiquier.
[Source: Le Monde]