Au Mali, les djihadistes et les indépendantistes relancent leur offensive contre la junte et ses alliés russes

Plusieurs villes, dont Anéfis, nœud stratégique du nord du pays, ont été attaquées simultanément, samedi. A la fin du mois d’avril, le GSIM, branche sahélienne d’Al-Qaida, et le FLA avaient déjà mené des assauts simultanés, jusqu’à Bamako.

Juil 5, 2026 - 07:58
Au Mali, les djihadistes et les indépendantistes relancent leur offensive contre la junte et ses alliés russes
A Bamako, la capitale du Mali, le 4 juillet 2026. AFP

Après leur offensive sans précédent du 25 avril, au cours de laquelle ils avaient attaqué simultanément plusieurs villes maliennes, dont la capitale, Bamako, et s’étaient emparés de Kidal, dans le nord du Mali, les assaillants avaient prévenu qu’ils ne s’arrêteraient pas là. Deux mois et demi plus tard, samedi 4 juillet, les djihadistes du Groupe de soutien de l’islam et des musulmans (GSIM), la branche sahélienne d’Al-Qaida, et les indépendantistes à majorité touareg du Front de libération de l’Azawad (FLA) ont, en effet, repris leurs attaques.

Dès l’aube, des assauts simultanés ont visé Anéfis et Aguelhok, les deux dernières bases de l’armée malienne et de ses alliés russes de l’Africa Corps dans la région de Kidal, le camp militaire de Gao, la plus grande ville du septentrion malien, ainsi que les environs de Konna et de Sévaré, dans le centre du pays. Quelques heures plus tôt, dans la nuit de vendredi à samedi, la prison de Kéniéroba, à plus de 70 kilomètres au sud de Bamako, avait également été attaquée.

Plusieurs centaines d’éléments des forces armées maliennes et de l’Africa Corps s’étaient repliés à Anéfis depuis leurs défaites à Kidal et à Tessalit. « Nos troupes contrôlent la ville, mais des militaires maliens et russes sont toujours retranchés dans leur camp », affirmait au Monde, dans l’après-midi, Mohamed Elmaouloud Ramadane, le porte-parole du FLA, ajoutant que de « nombreux » soldats maliens avaient été faits prisonniers. Sur les réseaux sociaux circulaient plusieurs vidéos de combattants rebelles circulant dans la ville à bord de pick-up et de blindés récupérés à leurs ennemis dans de précédents combats.

« Faire diversion »

Bien qu’elle soit de moindre ampleur que l’offensive menée conjointement par le FLA et le GSIM, à la fin du mois d’avril, cette nouvelle vague d’attaques accentue encore la pression qui pèse sur le général Assimi Goïta et sur ses partenaires russes. La perte d’Anéfis, en particulier, serait un nouveau coup dur pour la junte de Bamako. Nœud stratégique permettant aux rebelles du FLA de sanctuariser la région de Kidal, dont la plupart de ses chefs sont originaires, cette ville est aussi un verrou sur la route descendant vers Gao et Tombouctou, les deux plus importantes agglomérations du nord du Mali, clairement désignées comme de prochaines cibles par les combattants indépendantistes. « Si la prise d’Anéfis se confirme, Gao [située à 240 kilomètres au sud] sera en danger », estime un bon connaisseur de la zone proche des rebelles.

D’après un membre du FLA, l’attaque menée contre le camp militaire de Gao par le GSIM visait à « faire diversion » et à empêcher tout renfort vers Anéfis. C’est également le groupe djihadiste qui a attaqué Konna, une base de l’armée près de Sévaré, et la prison de Kéniéroba, où sont emprisonnés certains de ses combattants. D’une capacité de 2 500 places, ce centre pénitentiaire, ouvert en 2019 pour désengorger la maison d’arrêt centrale de Bamako, est le plus grand du pays. Samedi, la situation y était encore incertaine, mais certaines sources maliennes évoquaient des libérations de prisonniers.

Dans un communiqué, l’armée malienne a affirmé que les différentes « attaques [avaient] été vigoureusement repoussées » et que « la situation [était] totalement sous contrôle ». Selon son bilan provisoire, 26 « terroristes » ainsi que certains de leurs véhicules ont été « neutralisés » et un soldat malien a été tué. « Nous savions qu’ils préparaient une nouvelle offensive. En conséquence, cette fois, il n’y a pas eu le même effet de surprise qu’à la fin d’avril. Il faut maintenant se préparer à la suite, car il y en aura forcément une », confie un officier malien.

De son côté, Africa Corps a fait savoir que ses « unités (…), en coordination avec l’armée malienne, [menaient] avec succès des opérations de combat pour repousser l’assaut contre ces villes paisibles ». Sur ses réseaux sociaux, le contingent militaire russe a, par ailleurs, diffusé des photos de « terroristes tués » dans les combats de samedi.

[Source : Le Monde]