Au Japon, Sanae Takaichi sur le point de remporter largement son pari des législatives anticipées

Les sondages donnent le Parti libéral-démocrate (PLD) de la première ministre japonaise vainqueur des élections législatives du 8 février.

Fév 8, 2026 - 14:43
Au Japon, Sanae Takaichi sur le point de remporter largement son pari des législatives anticipées
La Première ministre japonaise et présidente du Parti libéral démocrate (PLD) au pouvoir, Sanae Takaichi, salue la foule lors d’un meeting électoral avant les élections anticipées du 8 février, à Tokyo, le 7 février 2026. KIM KYUNG-HOON / REUTERS

Elue grâce à un accord de coalition fragile, rendu nécessaire par plusieurs défaites du Parti libéral-démocrate (PLD), la première ministre japonaise, Sanae Takaichi, avait fait le pari de dissoudre la Chambre basse le 23 janvier. Forte du soutien de près de 70 % des électeurs – notamment chez les jeunes et les femmes, fans de son style, son stylo rose et son sac de cuir noir Hamano –, habile à devancer les autres partis sur les sujets importants et à éluder des questions piégeuses, la dirigeante est sur le point de permettre à sa formation de retrouver la majorité absolue, perdue lors des législatives de 2024 et des sénatoriales de 2025. A l’inverse, inaudible et divisée, l’opposition est menacée de déroute.

Le PLD pourrait obtenir 261 sièges, contre 198 dans l’Assemblée sortante et bien plus que la majorité simple de 233 sièges, selon un sondage réalisé du 3 au 5 février par le quotidien Nihon Keizai. Bien qu’annoncé en recul, son partenaire de coalition, Ishin, le Parti japonais de l’innovation (PIJ), pourrait assurer au couple PLD-PIJ la majorité des deux tiers.

Peu avant l’échéance, Mme Takaichi a pu bénéficier du soutien du président américain, Donald Trump. « La première ministre Takaichi mérite une reconnaissance particulière pour le travail qu’elle et sa coalition accomplissent », a écrit sur les réseaux sociaux, le 5 février, le président américain qui a invité Mme Takaichi à Washington le 19 mars.

Personnalisation du pouvoir

Arrivée au pouvoir en octobre 2025, après la démission de Shigeru Ishiba (2024-2025), devant composer avec un Parlement où le PLD n’est plus majoritaire, la première ministre a joué à plein la carte de la personnalisation du pouvoir, en annonçant au moment de la dissolution « demander directement aux électeurs de juger s’ils souhaitent [lui]confier, à [elle], Sanae Takaichi, la gouvernance de ce pays ». Le vote se déroule moins de deux ans après le précédent scrutin législatif, au terme d’une campagne éclair de moins de trois semaines.

Ni l’image fragilisée du PLD ni la décision de mettre en avant des personnalités compromises dans des scandales ne semblent devoir nuire à l’opération. La « dame de fer » nippone aux 2,6 millions d’abonnés sur X, où elle fait l’objet de détournements flatteurs, a su imposer son rythme et ses thématiques dans une campagne dominée par les débats concernant la taxe sur les produits alimentaires, l’endettement, la faiblesse du yen et le rapport aux étrangers. Dès le début de la campagne, elle a évoqué la suppression de la taxe sur la consommation, devançant l’opposition qui voulait en faire sa mesure phare.

L’annonce fin janvier de mesures pour mieux encadrer le séjour des étrangers a coupé l’herbe sous le pied des formations xénophobes comme le Sanseito. Mme Takaichi a minimisé l’impact du yen faible en arguant que cette conjoncture « est bonne pour les exportations » et le poids de la dette en soulignant l’importance des réserves nippones.

Dans le même temps, la cheffe de gouvernement est apparue discrète sur les sujets clivants. Une analyse de ses discours de campagne réalisée par le quotidien de centre gauche Asahi révèle que 65 % de ses interventions ont porté sur la politique économique, notamment les plans de relance budgétaire pour améliorer le quotidien des Japonais.

La diplomatie, notamment la fermeté envers la Chine, et la sécurité n’ont représenté que 3 % du temps de parole. Elle a évoqué son intention de réviser les textes définissant la politique de défense du Japon, mais n’est pas revenue sur son projet, évoqué en novembre 2025, d’assouplir les restrictions à l’exportation d’armes létales, une décision sensible dans un Japon attaché au pacifisme. Elle n’est pas non plus revenue sur la promesse de son gouvernement de « rédiger et d’adopter rapidement » une loi de lutte contre l’espionnage qui fait craindre une atteinte aux libertés. De même, elle n’a mentionné qu’une fois sa proposition du 26 janvier de criminaliser la profanation du drapeau japonais – « nécessaire pour protéger l’honneur du Japon ».

« Si elle met en avant ses propres aspirations, elle sera critiquée. Le plus important est de maintenir une cote de popularité élevée », a expliqué un membre de son équipe à l’Asahi.

Elle a aussi su éviter quelques pièges. Les révélations de l’hebdomadaire Bunshun d’éventuels liens avec un membre de l’ex-Eglise de l’unification (mieux connue comme la secte Moon) ne semblent pas l’avoir affectée, de même que son refus, à la dernière minute, de participer à un débat attendu le 1er février sur la chaîne publique NHK avec l’ensemble des dirigeants de partis.

Corollaire du succès promis au PLD, le scrutin du 8 février pourrait signer l’échec du rapprochement entre le Parti démocrate constitutionnel (PDC, principale formation d’opposition) et le parti Komei – ancien partenaire du PLD – au sein d’une Alliance centriste pour la réforme. Les sondages lui prédisent une perte de près de la moitié des sièges de l’Assemblée sortante.

« Un véritable “vent Takaichi” souffle »

La nouvelle structure annoncée fin janvier paie ainsi le flou de son programme qui avait amené d’autres formations à refuser de la rejoindre. « Sans positionnements politiques clairs, l’Alliance risque de devenir une étiquette dénuée de substance », a jugé Yuichiro Tamaki, président du Parti démocrate populaire (PDP). « L’Alliance manque d’un leader fort et a échoué à convaincre les indécis », renchérit le journaliste politique, Kazuhiro Aoyama.

Le Sanseito, petite formation nationaliste et hostile aux étrangers qui avait créé la surprise aux sénatoriales de juillet 2025, visait 30 sièges lors du vote du 8 février. L’effet Takaichi modère ses ambitions. « Lors des sénatoriales, nous avons bénéficié d’un “bonus Ishiba” [du fait de l’impopulaire Shigeru Ishiba]. Cette fois, un véritable “vent Takaichi” souffle », a reconnu le dirigeant de la formation, Sohei Kamiya.

« Mme Takaichi séduit les jeunes, les conservateurs et les zones urbaines. Elle n’a pas fait naître un nouveau PLD. Mais elle a réussi à projeter quelque chose de nouveau, à montrer qu’un leader avait émergé du parti », analyse Takuma Oohamazaki, président de JAG Japan, entreprise de consultants électoraux.

[Source: Le Monde]