Burkina Faso : la rupture des relations diplomatiques avec la France, une décision soudaine aux lourdes conséquences

Le capitaine Ibrahim Traoré a annoncé, vendredi 26 juin, la rupture des relations bilatérales avec Paris. Les 2 500 ressortissants français résidant dans le pays ne pourront plus compter sur les services de l’ambassade et du consulat, qui doivent rapatrier leurs agents.

Juil 1, 2026 - 11:30
Juil 1, 2026 - 11:30
Burkina Faso : la rupture des relations diplomatiques avec la France, une décision soudaine aux lourdes conséquences
Le capitaine Ibrahim Traoré, président du Burkina Faso, à Ouagadougou, le 15 octobre 2022. OLYMPIA DE MAISMONT / AFP

La Corée du Nord et l’Afghanistan étaient jusqu’à présent les seuls pays du monde à ne pas avoir de relations diplomatiques avec la France. A leurs côtés, il y a désormais le Burkina Faso. La junte du capitaine Ibrahim Traoré a annoncé, vendredi 26 juin, la rupture de ses liens avec Paris en raison de son « activisme incessant » contre ses « intérêts » et de ses « ambitions néocoloniales affichées ». Selon plusieurs sources françaises, cette décision a été prise en raison de l’adoption, le 18 juin, par le Parlement européen, d’une résolution dénonçant la « répression de l’espace civique et des libertés fondamentales » dans le pays sahélien. Un texte porté par l’eurodéputé (Les Républicains) et général français Christophe Gomart, ancien directeur du renseignement militaire.

Depuis que le capitaine Traoré a pris le pouvoir à Ouagadougou par un putsch, en septembre 2022, ses relations avec l’ancienne puissance coloniale sont exécrables. Le chef de la junte, qui a instauré une « révolution progressiste et populaire » et réprime sévèrement toute opposition, mène une politique souverainiste et hostile à la France, qu’il accuse ouvertement de complot à son égard. Après avoir demandé le renvoi de l’ambassadeur français, fin décembre 2022, il a contraint au départ les quelque 400 membres des forces spéciales basées dans son pays, en février 2023.

Jusque-là, seules l’Egypte, la Syrie et la Jordanie ont, un temps, rompu leurs relations avec la France – après la crise de Suez, en 1956 –, suivies par la Tunisie (1961), la Guinée (1965-1975), et le Rwanda (2006-2009). Un geste rare, donc, auquel les responsables français ne s’attendaient pas, malgré les fortes tensions avec le Burkina Faso. Pour preuve, vendredi, jour de la convocation au ministère des affaires étrangères burkinabé du chargé d’affaires français – qui remplace l’ambassadeur depuis son départ de Ouagadougou, en janvier 2023 – pour lui notifier cette décision radicale. Le Quai d’Orsay était en cours de recrutement de son adjoint.

A l’issue de cette audience, le gouvernement burkinabé a diffusé son communiqué annonçant publiquement la rupture de ses relations avec la France. Selon les informations du Monde, les militaires au pouvoir ont donné aux autorités françaises un délai de sept jours, à compter du 26 juin, pour fermer leur ambassade et leur consulat à Ouagadougou. Par réciprocité, ces dernières entendent faire de même avec les représentations burkinabées à Paris. Ce calendrier est toutefois jugé trop court par les diplomates en poste dans les deux pays. Lundi, lors de la convocation du chargé d’affaires burkinabé au Quai d’Orsay, le directeur de cabinet du ministre des affaires étrangères a ainsi plaidé pour l’obtention d’un délai supplémentaire.

Biens immobiliers sur place

Outre le chargé d’affaires français, une vingtaine de personnes (des agents diplomatiques, administratifs et quelques gendarmes) travaillent à l’ambassade de France et au consulat à Ouagadougou. Une des priorités est donc d’organiser leur rapatriement. « Il faut aussi s’assurer qu’on ne laisse rien de sensible derrière nous et donc détruire des documents et du matériel », ajoute une source diplomatique française. Après l’arrestation de quatre de ses agents par la junte du capitaine Traoré en décembre 2023 – ils avaient été libérés en décembre 2024 –, la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) en place à l’ambassade de France avait déjà nettoyé et démantelé son « poste », avant le rapatriement en urgence de ses derniers membres.

La fermeture des ambassades et des consulats dans les deux pays est aussi synonyme d’interruption de leurs services administratifs, avec des conséquences directes pour leurs différents usagers français, burkinabés ou encore étrangers. Dans les faits, la délivrance de visas français aux citoyens burkinabés à Ouagadougou a déjà été suspendue pour une durée indéterminée.

Quant aux quelque 2 500 ressortissants français résidant au Burkina Faso, pour la majorité binationaux, ils ne pourront plus compter sur les services de leur ambassade. « Un des enjeux est de vite trouver un pays ami, a priori membre de l’Union européenne, qui dispose d’une chancellerie au Burkina Faso et accepte de représenter nos intérêts, comme la facilitation de certaines démarches administratives pour nos compatriotes ou la sauvegarde de nos biens immobiliers sur place », poursuit la source française précitée.

La France est en effet propriétaire de l’ambassade, vaste enceinte sécurisée en plein centre-ville de Ouagadougou, sur laquelle la junte aurait des vues, mais aussi de la résidence cossue de l’ambassadeur et de plusieurs maisons avoisinantes. Il faut donc assurer leur surveillance et leur entretien. Reste le cas du lycée français Saint-Exupéry de Ouagadougou, un des établissements scolaires les plus réputés de la capitale qui est lié par convention à l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger. D’après une source diplomatique burkinabée, il n’est pour l’instant « pas concerné » par la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays.

[Source: Le Monde]